Les gens d’à côté, ces étrangers…

On avait annoncé ce projet mené par Bouba Landrille Tchouda, chorégraphe de la Cie Malka, son engagement et son investissement sur les territoires et auprès d’amateurs depuis des années, a trouvé une reconnaissance et un soutien pour Les Gens d’à côté qui contrairement aux projets menés habituellement avec des amateurs aura été programmé 4 fois dans des lieux dédiés de l’agglomération grenobloise.

Les gens d’à côté, Vies violences volet 2, Bouba Landrille Tchouda, Cie Malka (c) Fabrice Hernandez.

Travaillant sur le concept de violence ordinaire, le chorégraphe a construit sa pièce avec le groupe de participants qui ont apporté leur propre matière, mots, gestes, prises vidéo, chaque fois retravaillée par des professionnels. Au final, une pièce à la belle cohérence.

Un plateau occupé par un container blanc et une figure assise face à lui comme sur un rivage face à la mer… le container devient écran et s’anime d’images en noir et blanc, d’abord énigmatiques et qui deviennent un vol d’oiseaux migrateurs tandis qu’une voix off parle de ces oiseaux, toujours entre partir et revenir…revenir et partir, une oscillation de vie comme le flux et le reflux des vagues qui animent l’écran à leur tour.

Les gens d’à côté, Vies violences volet 2, Bouba Landrille Tchouda, Cie Malka (c) Fabrice Hernandez.

La pièce de Bouba résonne avec une cruelle actualité, celle du sort des migrants mais plus largement c’est la question de la violence sociale et de la peur de l’autre qui sont ici posées. Le container, pièce majeure de la scénographie, devient porte d’entrée et de sortie, lieu d’enfermement, lieu refuge ou radeau de la méduse d’où il faut fuir malgré les risques, il est aussi cœur vibrant nimbé de rouge qui pulse sur  les beats de la musique, il s’ouvre comme la boite de Pandore et est refermé par l’intervention des techniciens comme pour cacher ce qu’on ne saurait voir, leur présence au plateau fait surgir un autre ordre comme si la réalité nous rattrapait toujours et met en scène une autre violence. La boite vit comme un personnage à part entière et même si l’on a déjà vu ce type de dispositif au plateau, il est utilisé ici de façon totalement juste et cohérente.

Les gens d’à côté, Vies violences volet 2, Bouba Landrille Tchouda, Cie Malka (c) Fabrice Hernandez.

Autour de lui, des  personnages affolés pris dans des courses folles, se repoussent au lieu de s’entraider, s’envoyant à terre plutôt que de tendre la main, des confrontations naissent de l’enfermement et de la promiscuité. Ils apprennent aussi, par nécessité, à s’entraider, un dos devient l’appui manquant d’un pied suspendu pour atteindre le sol et se sauver, un couple finit par partager une forme de tendresse malgré ses différences et lors de moments de grâce le groupe trouve un unisson, forme de danse collective qui exprime son énergie et sa force.

Les gens d’à côté, Vies violences volet 2, Bouba Landrille Tchouda, Cie Malka (c) Fabrice Hernandez. 

Et c’est effectivement la force du chorégraphe que d’avoir su utiliser la matière des participants et leurs différents niveaux d’expertise. Du simple amateur, au circassien et  à la danseuse professionnelle chacun trouve sa place, la chorégraphie vit de ces gestuelles et corporalités assumées, aucune complaisance mais une exigence qui requiert l’investissement de tous. Le résultat est impressionnant, la pièce fonctionne, les différents domaines (textes, vidéo, chorégraphie, lumière) ne se parasitent pas mais se nourrissent. Saluons les interprètes qui réalisent une prestation de qualité tout aussi professionnelle que les équipes techniques qui les accueillent sur chaque plateau.

Où et quand ?

Les Gens d’à côté – Vies violences volet 2. Projet chorégraphique pour quinze amateurs

Avec Jean Abou Samra, Pierre Adda, Léa Da Silva, Justine Duc-Plachettaz, Uma Dudek, Léa faber, Eléa Guilloteau, Martin Hortemel, Jena Izeroukane, Clara M’Bon Donamaz, Jules Neyret, Annelise Pizot, Jonathan Schillings, Annah Tomassoni, Alice valentin.

Direction artistique et chorégraphique Bouba Landrille Tchouda. Assistantes à la chorégraphie Lyli Gauthier, Audrey Nion. Dramaturgie Guy Boley. Réalisation vidéo Mohamed Athamna, Montage sonore Bouba Landrille Tchouda. Lumières Fabrice Crouzet. Costumes Claude Murgia.

Les gens d’à côté, Vies violences volet 2, Bouba Landrille Tchouda, Cie Malka (c) Fabrice Hernandez.

Dernière chance le  samedi 16 juin à 20h au Théâtre municipal de Grenoble

En savoir plus sur la Cie Malka c’est ici !

Image de Une, Vies violences-volet 2 Les Gens d’à côté, Bouba Landrille Tchouda, Cie Malka crédit photo Fabrice Hernandez.

 

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