Vincent Mantsoé : Bloody Gauta, l’or sous la sueur !

Vincent Mantsoé est chorégraphe, Sud-Africain, vivant en France depuis quelques années. Il a fait escale au CDC-Pacifique de Grenoble, le temps d’une résidence de trois semaines pendant lesquelles il a animé un stage, travaillé à sa nouvelle création  Bloody Gauta  dont il a présenté une version non achevée mais déjà très complète.

Bloody Gauta, Vincent Mantsoé, photo Pascale Beroujon.

Le Koba comme principe de travail

Travailler avec Vincent Mantsoé, c’est partager son énergie et celle de ses danseurs, accepter de transpirer, et d’être déstabilisé par d’autres rythmes, d’autres propositions chorégraphiques voire d’entrer dans un état proche de la transe. Sa danse est un mélange de danse traditionnelle et de danse contemporaine, qu’il maîtrise parfaitement. La base de son travail c’est le Koba, le plié qui permet d’établir une relation privilégiée avec le sol, d’utiliser son énergie, de rebondir et de ne rien perdre du mouvement même à grande vitesse.

Fils et petit fils de shaman, Vincent Mantsoé est totalement habité par sa danse et quand on partage des moments de travail avec lui, on ressent parfois cette impression d’être hors de son propre corps. Le mouvement devient rythme et se nourrit lui-même comme un cycle magique.

Bloody Gauta ou le combat du mineur

Cette expérience physique, Vincent Mantsoé la donne à voir dans sa dernière création Bloody Gauta  qui parle du travail des mineurs sud-africains. Chercher l’or et les diamants dans les entrailles de la terre, c’est un combat qui épuise les corps et casse les esprits.

Bloody Gauta, Vincent Mantsoé, photo Pascale Beroujon.

Dans cette pièce que le chorégraphe ne veut pas politique mais simple description d’un vécu humain, le mouvement continu a été le choix de base de la chorégraphie. Mouvements quasi incessants dès lors que les mineurs descendent au fond, atmosphère oppressante, fragilité de l’homme dans un espace dur, hostile, résistant dans tous les sens du terme.

Le chorégraphe parle des mineurs avec une grande humanité, un grand respect sans jamais tomber dans le pathos. Ses mineurs sont des guerriers au travail, les mouvements d’ensemble ressemblent à des haka revisitées, le groupe soutient l’individu.

Individu renvoyé à sa solitude lors de solos époustouflants, qui expriment la solitude du mineur face à la roche ou à ses compagnons d’infortune, parce que ces hommes viennent de lieux très différents et ne parlent même pas la même langue. Et pourtant, c’est aussi au fond de la mine qu’une communauté de travail peut naître. Le mineur sent toujours la présence des autres, de même que les danseurs, en solo ou en chœur, fonctionnent comme un orchestre. Vincent Mantsoé parle de symphonie des corps.

Un spectacle comme une expérience à vivre

Quand on assiste à ce spectacle on souffre, on transpire, on suffoque, on passe par des états de corps qui nous échappent, on s’émerveille de la force des danseurs, de la tension rythmique et du flux d’énergie continue, on est à la fois transporté et épuisé par le combat mené. Mais on sort de là, plus riche parce que l’or et les diamants c’est sur scène qu’on les a trouvé.

Vincent Mantsoé/Cie Noa : San

Un spectacle qui n’a été donné qu’une fois à Aurillac avant que le chorégraphe et sa compagnie s’envole vers l’Afrique du Sud où il sera diffusé  au printemps prochain ainsi qu’au  Zimbabwe et en Nabimie, il faudra attendre l’automne 2014 pour son retour en France.

Bloody Gauta, Vincent Mantsoé, photo Pascale Beroujon.

Pour en savoir plus et suivre le travail de Vincent Mantsoé, rendez-vous sur le site de la compagnie Noa.

Photo de Une, Bloody Gauta, Vincent Mantsoé, cie Noa, photo de Pascale Beroujon, tous droits réservés.

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