Je marche donc je suis

L’Autrichienne Renate Graziadei et le Suisse Arthur Stäldi, chorégraphes et fondateurs du collectif berlinois LaborGras (créé en 2000), nous ont présenté leur toute dernière pièce dans le cadre du Performing Arts Festival, au Radialsystem V, dans l’antre de la chorégraphe Sasha Waltz. Une performance en perpétuel mouvement, tout en volatilité, et dont le nom rappelle une célèbre citation cartésienne…

Ambulo ergo sum, LaborGras © Phil Dera
Ambulo ergo sum, LaborGras © Phil Dera.

 

Après Retour et Transition, le collectif LaborGras réaffirme sa volonté de retourner aux bases du pouvoir expressif de la danse contemporaine, et ainsi, de lier la danse à son public. Cinq danseuses, aux morphologies et personnalités très variées, donnent corps à cet instant furtif, cet entre-deux temporel qui nous fait passer d’un moment à un autre, d’une attitude à une autre. Surprenantes, amusantes, les danseuses soulignent l’importance qu’elles portent à ce passage et à sa signification, entre hésitation et incertitude, entre adieu et curiosité. Quelques secondes qui peuvent changer une vie. Ainsi, la danse rend perceptible la phase qui peut être inhérente à une transformation soudaine. Et pour rythmer cette marche, Phoebe Killdeer, Ole Wulfers, Julien Decoret et Mathieu Gayout, nous ont concocté une partition intrigante, éclectique, entre musique western et électro, et interprétée en live !

Ambulo ergo sum enrichit le processus d’analyse temporelle initié depuis 2013. Renate Graziadei (élue meilleure danseuse de l’année 2010 par le magazine tanz) module la réalité à travers chacun de ses pas et mouvements, entre symétrie et leitmotiv. Charismatique, marquée, sa danse est vouée à une imbrication géométrique, une interdépendance à l’autre, formant dans l’espace une horizontalité très esthétique. Éloquente, Graziadei empoigne le spectateur comme pour mieux ouvrir le champ des possibles et rendre sa chorégraphie accessible, perceptible, pour qu’on puisse s’identifier à elle.

 

Ambulo ergo sum / LaborGras  ©  Phil Dera
Ambulo ergo sum, Maria Giualia Serantoni / LaborGras © Phil Dera.

 

On a l’impression que la technique n‘intéresse guère les membres de LaborGras. Ce qu’elles affectionnent par-dessus tout, c’est bel et bien l’espace, la posture, l’expression. Elles élaborent leur propre univers sensoriel. Ainsi défilent-elles en pantalons noirs et tuniques colorées, telles des mannequins à un défilé de mode : contenues, aguicheuses, sereines… Arianna Rodeghiero, surtout, sort du lot par sa prestance scénique : la danseuse joint et disperse les lignes avec aisance. Plus singulier, le lent duo de Rosalind Masson et Johanna Kasperowitsch casse savoureusement les ensembles dont la symétrie est peut-être parfois trop redondante…

Une performance authentique qui dénote par sa fraîcheur et sa limpidité : tout y est dit, spontanément.

Ambulo ergo sum Teaser from LaborGras on YouTube


OÙ ET QUAND

AMBULO ERGO SUM / LaborGras, 28 et 29 mai, Radialsystem V Berlin

Crédits Image de Une : © Florence Freitag.

 

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