Tanz im August / Tanznacht #2016 : explorations sensorielles entêtantes

Dans Relative Collider (que l’on pourrait traduire par « accélérateurs de particules relationnelles »), présentée le 25 août dans le cadre de TANZ IM AUGUST, Liz Santoro et Pierre Godard élargissent le champ de la perception en mettant en lumière ce qui est échangé entre les uns et les autres. Une performance qui examine le rapport de tension entre spectateurs et interprètes, et qui monte en puissance jusqu’à devenir (relativement) incontrôlable.

 

Relative Collider, Le principe d'incertitude ©  Ian Douglas
Relative Collider, Le principe d’incertitude © Ian Douglas

 

Liz Santoro, Cynthia Koppe et Stephen Thompson entrent en scène. Pierre Godard s’installe aux commandes de son ordinateur. Le métronome ne cessera de battre la mesure pendant 40 minutes. Tic-tac, tic-tac : les trois protagonistes, comme robotisés, tapotent en rythme le plancher de leurs talons. Au menu : exécution d’une combinaison de mouvements, basés sur les mains ou les pieds, et répétés avec une extrême précision. Ces motifs attirent notre attention qui ne sait plus où se poser tant la gestuelle, élaborée tel un instrument de mesure, se transforme en conducteurs d’énergie. Et Liz Santoro de souligner : « Le niveau auquel le système nerveux d’un interprète est intensifié dans une performance est incroyable et très particulier. Tout cela parce qu’il y a des gens qui en sont les témoins. »

Liz Santoro (diplômée d’Harvard en danse et neurosciences) et Pierre Godard (ingénieur de formation) travaillent ensemble depuis 2009. Ils ont créé leur compagnie Le principe d’incertitude en 2011. Avec Relative Collider, le duo a cherché le point de contact entre le mouvement et le texte. Selon Godard, l’un des enjeux importants de leur travail est « de trouver de nouveaux moyens pour travailler la danse (le mouvement) et le théâtre (le texte) d’une manière à ce que ces activités soient virtuellement identiques. »

Relative Collider, Le principe d'incertitude © Ian Douglas
Relative Collider, Le principe d’incertitude © Ian Douglas

 

À travers la danse, Liz Santoro tente de comprendre ce qu’elle voit. Voilà pourquoi, pour la danseuse, « le métronome, les variations sur l’unisson, tous les éléments structurels ne cherchent qu’à donner à voir ce qui autrement ne serait pas visible. » Une virtuosité corporelle et mentale qui sollicite beaucoup d’attention de la part des interprètes, mais Relative Collider mérite-t-elle la nôtre ? Allergique aux chiffres depuis mon plus jeune âge, il m’est délicat d’accéder à cette exploration sensorielle. Dynamique, énigmatique, Relative Collider transpire d’aridité, et ce malgré la présence scénique d’artistes honnêtes et exigeants.

Celui qui tombe, Yoann Bourgeois © Dajana Lothert

 

Le 26 août, Yoann Bourgeois nous a emmenés dans l’univers fantasmagorique de six artistes circassiens, qui pendant une heure tentent de garder leur équilibre sur une plateforme mouvante. Celui qui tombe donne indéniablement le vertige, au sens propre comme figuré. Une pièce « prise de risque dans l’invention d’une nouvelle forme de théâtralité, ouverte à tous les possibles ». Mais encore une fois, la curatrice du festival Virve Sutinen nous propose une exploration au-delà de la danse. Et aussi génialissime puisse-t-elle être, le genre est tout autre. Peut-être manque-je d’ouverture d’esprit ? Il n’empêche que le festival se prénomme bien TANZ IM AUGUST (« Danse en août ») et non ZIRKUS  IM AUGUST (« Cirque en août ») ou encore THEATER  IM AUGUST (« Théâtre en août ») !

En coopération avec TANZ IM AUGUST, la neuvième édition de la TANZNACHT, placée sous la direction de la dramaturge Silke Bake, revient à la Tanzfabrik de Berlin. Une nuit prolongée sur trois jours, du 27 au 29 août, qui réunit les tendances actuelles de la danse contemporaine berlinoise, entre danse et langage, acteur et spectateur, art et écologie. Au programme : performances, installations, lectures et de nombreux chorégraphes et collectifs comme Alexandre Achour, deufert&plischke, Clément Layes, Thomas Lehmen, Ligia Lewis, Colette Sadler, Peter Pleyer, Jeremy Wade, etc.

Le dernier jour de la TANZNACHT, j’ai pu voir To Meet, la dernière création d’Alice Chauchat qui a invité Louise Trueheart à l’accompagner sur scène. Un binôme bien rodé qui part à la recherche de l’insondable. Affublées de capes aériennes, les deux danseuses évoluent dans l’espace tels des chaperons rouges perdus dans leurs pensées. Leur danse les aide à réfléchir, à s’évader. Louise dicte à Alice l’enchaînement de pas qu’elle exécute et perfectionne. Elles parlent aussi, s’écoutent, apprennent l’une de l’autre. Puis, Alice agrippe Louise et les deux danseuses se récitent mutuellement des poèmes de leurs enfances :  « Être ange est étrange, dit un ange » Une pièce ludique, poétique, où le sous-entendu est roi mais qui laisse bien peu de place à la danse, même si le mouvement est là.

Tanznacht, walk+talk berlin
Tanznacht, walk+talk berlin

Puis, en second spectacle, Maria F. Scaroni et Kat Válastur nous présentent deux solos, walk+talk, entre la lecture et la performance. Maria F. Scaroni débute par une impro vivifiante comme si elle souhaitait expulser tout ce qu’elle a au fond d’elle. Sa danse transpire d’une force incantatoire jusqu’au moment où elle baisse son pantalon en nous expliquant, en anglais, ce que signifie cette expression italienne. Elle aime se rouler nue sur le sol. Elle aime encore plus être une freelancer, sorte de combattante libre… Ses textes n’ont ni queue ni tête. Selon moi, elle se noye dans ses réflexions. Mais le public berlinois rit. Dubitative, je me contente d’appécier la plastique de cette danseuse énigmatique qui finit par se transformer en toupie humaine, en hurlant : « This is crazy! »   En second solo, la chorégraphe grecque (NDLR, qui a aussi été invitée à créer une œuvre pour DANCE ON ENSEMBLE dans le cadre de TANZ IM AUGUST #2016) nous plonge dans une recherche chorégraphique en partant d’un texte (également en anglais !) dont je perds très vite le fil. Kat Válastur a quelquechose d’inhumain, de robotisé : elle cligne des yeux, fait des bruits étranges, récite son texte la tête à l’envers… Ce solo paranormal remet en question la nature du corps, de la danse et de l’espace dans « l’ici et maintenant ». Le mouvement n’illustre pas son propos, mais l’un engendre l’autre. Ce qui nous semble habituel ne l’est plus, la dynamique du corps prend une toute autre dimension, mystérieuse.

Trailer du festival TANZ IM AUGUST sur YouTube
Trailer de Relative Collider sur YouTube

 

OÙ ET QUAND

TANZ IM AUGUST. Hebbel am Ufer, Akademie der Künste, Haus der Berliner Festspiele, Radialsystem V, Sophiensaele, Volksbühne. Du 12 août au 4 septembre.
TANZNACHT. Tanzfabrik Berlin. Du 27 au 29 août.

Crédits Image de Une :  © Tanznacht Berlin #2016

 

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