Le sombre Flux de Yan Raballand, Cie Contrepoint

Flux, Yan Raballand, Cie Contrepoint

Dans le cadre de ces accueils privilégiés organisés par La Rampe d’Echirolles qui offrent un avant-propos animé par l’historienne de la danse Florence Poudru et un bord de plateau qui permet de rencontrer les artistes à l’issue de la représentation, nous avons pu assister à Flux, dernière création de Yan Raballand chorégraphe de la compagnie Contrepoint.

L’ADN de la compagnie est contenu dans son nom puisque depuis sa création (2012) Yan Raballand ne cesse de chercher et de construire autour de cette notion de contrepoint, entretenant un rapport étroit entre musicalité, écriture chorégraphique et relation aux interprètes. Pour Flux, qui a été répété et créé à La Rampe, le chorégraphe met en scène 8 danseurs, tous formés lors de promotions différentes au CNSMD de Lyon dont il est lui-même issu. Les 8 danseurs sont accompagnés par un dispositif de 6 projecteurs automatiques dont les réglages sont l’œuvre de David Debrinay, un fidèle de Yan Raballand alors que la création musicale de Wilfrid Haberey signe sa première collaboration avec la compagnie.

Flux, Yan Raballand, Cie Contrepoint (c) Olivier Bonnet.

Flux comme son nom l’indique entraîne le spectateur dans une coulée dansée qui n’a de cesse, les changements s’opèrent autour de la notion de thème et variation qui travaille jusqu’à l’épuisement certaines phrases de base. Variations de vitesse, de la lenteur extrême à la course, variation du nombre de danseurs au plateau de un à huit en passant par toutes les combinaisons possibles, variations dans les jeux de lumières particulièrement sophistiqués et qui créent une véritable dramaturgie jusqu’à inscrire au sol des bandes alternées conduisant les déplacements des danseurs. Le tout dans une ambiance musicale qui change au cours de la pièce, le contrepoint ici s’inscrivant moins entre gestes et musique que gestes et lumière.

Le plateau est sombre et seule une douche de lumière vient éclairer par intermittence une danseuse de noir vêtue et qui répète en boucle la même phrase chorégraphique que l’éclairage transforme et découpe en autant de fragments singuliers. Le ton du spectacle est donné, sombre. Une sévère austérité se dégage du plateau, gestuelle précise, impeccablement réalisée par les interprètes, déplacements répondant à une mécanique d’horlogerie, on pense aux grands aînés, Cunningham, Lucinda Childs et plus proche Anne Teresa de Keersmaeker tant on retrouve dans l’écriture de Flux, l’épure, la rigueur du mouvement, la neutralité des visages, et les procédés de déphasage, accumulation ou soustraction, unisson et décalage, une mathématique d’écriture qui nous renvoie à la post-modern dance où la composition régnait en maître.

L’apparition d’une robe rouge puis dans un deuxième temps le troc des costumes noirs pour de la couleur apporte une bouffée d’air frais tardive et on espère que soudain les choses vont se décaler, déjanter grâce aussi à une autre ambiance musicale…les changements sont timides et hormis deux belles envolées sautées réceptionnées à plein bras, la couleur de la danse ne change guère.

J’avoue rester perplexe face à ce spectacle, je m’y suis quelque peu ennuyée, notamment dans la première partie, même si j’ai apprécié la parfaite rigueur d’écriture, et le dialogue entre gestuelle et lumière. Je suis plus réticente sur la bande son parfois agressive pour l’oreille. Surtout, et ce malgré la qualité des interprètes, tous remarquables, j’ai trouvé le spectacle daté, je me suis demandée comment un si jeune chorégraphe pouvait produire une écriture, certes parfaitement maîtrisée mais qui reste aussi sagement inscrite dans celle de ses aînés. Filiation indéniable voire citation par moment, on regrette toutefois l’ingéniosité créative de Kraff ou celle poétique des Habits neufs du roi. Reste l’élégance du geste et une précision d’écriture indéniable.

Flux

Chorégraphie  Yan Raballand. Interprètes  Evguénia Chtchelkova, Jean-Camille Goimard, Aurélien Le Glaunec, Baptiste Menard, Emilie Szikora, Denis Terrasse, Marie Viennot, Chloé Zamboni. Lumières David Debrinay. Musique Wilfrid Haberey.

Vu le jeudi 18 octobre à La Rampe d’Echirolles, création.

27 novembre 2018, Yzeurespace, Yzeure (03)

En savoir plus sur la compagnie Contrepoint c’est ici !

Image de Une, Flux, Yan Raballand, Cie Contrepoint crédit photo Olivier Bonnet et Thibaut Gaigneux tous droits réservés.

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