AFTER – Johanna Levy, Il s’est passé quelque chose

Quelque chose s’est passé ce 19 mars au Théâtre Berthelot à Montreuil. Dans le cadre du Festival Les Incandescences on a découvert la nouvelle création de Johanna Levy qui navigue avec une incroyable virtuosité entre danse, cirque et théâtre et décloisonne les genres au service de son histoire.

After1 ©Arthur Le Fol

Dans une atmosphère post-apocalyptique, la voix d’une jeune femme s’élève dans les airs et ressasse, ressasse, ressasse. Il s’est passé quelque chose sans que cela soit nommé et rien ne semble répondre à sa solitude. Rien, jusqu’à l’apparition d’une forme beaucoup plus vive. Elle virevolte, se débats, se calme puis réessaie, et s’y reprend tant et si bien qu’elle découvre lentement les lieux du drame.
Ce sont les ruines du monde et c’est l’histoire d’un groupe d’amis qui s’y sont retrouvés.

After2 ©Arthur Le Fol

Ce qu’il y a de particulièrement touchant c’est que Johanna Levy réussit à nous raconter son histoire sans jamais se montrer purement narrative. Elle aura préféré créer des personnages à ses danseurs, tous parfaitement lisibles (et parfaitement interprétés) qui nous entraînent dans ce monde avec eux. La chef de bande, Coline Siberchicot, qui semble tout diriger calmement. Un couple, Gaétan Jamard et Stefania Rossetti, qui nous emmènent dans une ballade en skate et patins à roulettes atemporelle dont l’ambiance rappellera les plus beaux moments de Drive. Lui protège le groupe quand elle joue la grande gueule. Le bon copain c’est Jérémy Deglise, et enfin la plus fragile du groupe interprétée par Marie Barbottin, celle qui ne semble pas vouloir faire face à la réalité, la refuse, et se réfugie dans ses rêveries.


On a alors l’impression d’assister non plus à un spectacle, mais d’être réellement embarqué dans une autre réalité. En cela il faut absolument remarquer également la qualité du travail des collaborateurs de la chorégraphe. Si la mise en scène est irréprochable, elle est parfaitement servie par la création lumière, la création et la mise en scène sonore, ainsi que les décors, costumes et accessoires, bref tout ce qui participe aussi à la création d’un univers. La cohésion de tous ces éléments et leur maîtrise est du niveau de ce que l’on retrouve chez les plus grands chorégraphes actuels, de Wim Vandekeybus à James Thiérée.
En définitive, le seul regret que l’on ait c’est que la création n’ait pas bénéficié d’une production a la hauteur de la qualité du travail effectué. Aussi, on rêverait de la retrouver dans un plus bel écrin, un très grand plateau, un décors encore plus travaillé, avec peut-être des musiciens lives.
Que les programmateurs reconnaissent le talent de Johanna Levy et de son équipe pour leur donner ces moyens, c’est tout le mal qu’on lui souhaite.

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