Le Ballet de Berlin en deuil

Ce n’était plus un secret pour personne : Nacho Duato ne pouvait rester aux commandes du Staatsballett de Berlin. L’intendant n’a pas su s’intégrer à Berlin. La presse ne le chérit guère, et en effet son bilan est mitigé. Le répertoire du Staatsballett ne s’est en partie enrichi que de pièces du chorégraphe espagnol, déjà créées avant sa prise de fonctions à Berlin. Duato n’aura offert qu’une création à la compagnie. Des pièces noires, graves, au langage éloquent mais redondant. Indéniablement mégalo, Duato aura toutefois eu le mérite d’ouvrir (dans la limite du possible) la compagnie à de nouvelles formes, comme la danse gaga d’Ohad Naharin notamment. Il aura manqué à Duato l’élan de grands changements, encore aurait-il fallu lui en laisser le temps. Quatre saisons, c’est bien court…

Sasha Waltz  ©  Sebastian Bolesch
Sasha Waltz © Sebastian Bolesch

Mais le devenir de la compagnie berlinoise s’annonce encore plus noir que tout le répertoire duatesque… Mercredi 7 septembre, le Maire de Berlin, Michael Müller, a révélé les noms des deux nouveaux directeurs de l’institution : la chorégraphe Sasha Waltz et le danseur Johannes Öhman (illustre inconnu… et directeur du Royal Swedish Ballet) seront aux commandes du Staatsballett Berlin à compter de 2019. Détail de taille, rappelons que Waltz n’y connait rien en danse classique (voilà pourquoi elle a besoin du « prétexte » Öhman en pseudo connaisseur du genre… Simple copinage !). Aussi célèbre puisse-t-elle être, la chorégraphe n’a jamais essayé d’approcher le Staatsballett et aucune de ses pièces n’est au répertoire de la compagnie. Soulignons enfin la grandeur d’âme de cette artiste qui, non satisfaite de ne plus recevoir autant de subventions qu’auparavant, avait abandonné Berlin en 2013 comme une vulgaire chaussette. Cette charmante personne a souligné à la conférence de presse d’hier qu’elle s’engageait à garder les 89 danseurs formant la compagnie et qu’il n’y aura aucune interférence entre le Staatsballett et sa compagnie, la Sasha Waltz & Guests, qu’elle continuera à diriger.

Mais personne n’est dupe. Jusque 2019, le Staatsballett risque d’être dans un état végétatif. Qui aura envie de collaborer avec une compagnie avortée ? Quelles tournées seront toujours possibles ? Quel chorégraphe, quel soliste voudront encore venir danser à Berlin ? Bercée par une ambiance de dégoût, d’abandon, la compagnie, par philosophie, va s’écrémer, d’elle-même. Les danseur(ses), qui ont délaissé le Ballet de Munich et son nouveau directeur Igor Zelensky pour venir « se réfugier » à Berlin, vont repartir vers d’autres contrées, sans même avoir eu le temps de poser leurs valises. Du côté des anciens, le soliste Marian Walter a d’ores et déjà annoncé sur son compte twitter qu’il ne resterait pas au sein de la compagnie sous la co-direction Waltz/Öhman. L’Étoile Iana Salenko, son épouse, devrait naturellement en faire autant. L’un de ses principaux partenaires, Dinu Tamazlacaru, également. Sans étoiles, plus de ciel à regarder…

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Les danseur(ses), frustrés, n’auraient pas été concertés et aucun bruit n’aurait couru. D’après une source du Staatsballett, l’affaire est politique, des élections municipales ayant lieu dans 10 jours : « Le Staatsballett a été utilisé comme un outil pour gagner une élection, le choix de Mr Müller et de ses acolytes est purement basé sur une éthique de registre politique. Les dirigeants de Berlin semblent n’avoir aucune connaissance du monde du ballet, ce qui est logique puisqu’ils ne nous rendent jamais visite, et qu’ils revendraient même leurs places sur E-Bay ! Mr Müller a agi en pur égoïste sans prendre en conséquence les effets secondaires d’une telle annonce précipitée. »

En faisant ce choix lamentable, en catimini, Michael Müller et Tim Renner (élu chargé à la culture) prouvent leur désintérêt notoire pour cet art. Quand je pense que les musiciens de la Philharmonie de Berlin, il y a peu, ont bien évidemment été concertés et qu’ils ont mis des mois à élire, eux-mêmes, leur nouveau dirigeant ! La danse est vraiment le parent pauvre de l’art… Froid calcul politique ou méconnaissance irrespectueuse ? On ne vous excusera pas.

A voir la pétition du Staatsballett 

Crédits Image de Une : Static Time © Fernando Marcos

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