Le riche parcours de Maya Matilda Carroll

On vous avait présenté Maya Matilda il y a déjà trois ans et l’on a profité d’un de ses séjours en France, invitée pour donner une semaine de cours au CCN de Rilleux-la- pape, pour faire le point avec elle sur son parcours d’artiste. Formée en gaga, elle s’engage ensuite dans un travail de composition instantanée en suivant les cours de Julyen Hamilton pendant six ans avant de performer sur scène avec lui. Elle fonde sa compagnie The Instrument avec le musicien Roy Carroll, dont les compositions accompagnent ses propres créations.

Nous lui avons demandé de nous raconter librement son parcours qui vous est livré en anglais et en français

You have been an independent choreographer for the last 13 years. How did your methods develop over time?

Depuis 13 ans vous êtes une chorégraphe indépendante, comment vos méthodes ont-elles évolué pendant cette période ?

 While House (2014), The Instrument photo Uri Lipsker
While House (2014) photo Uri Lipsker

When I moved to Berlin in 2004, I was at an exciting point of shaping a choreographic language. It felt good to spend time with form, movement quality, images I wished to illustrate with the body. In the first two years I created mostly duets. It was very meaningful to interact with choreography; with and through another person. People’s interpretation of movement I created was the best way to learn about myself.

Over time the work evolved and opened to more and more possibilities, and collaborations. In 2006 I met my partner, musician and composer Roy Carroll who has been a significant influence, and my collaborator in The Instrument since 2011.

All the people and artists I have worked with over the years informed and enriched the work. Methods expanded and developed with every piece and then shared and processed further through teaching. Making pieces and leading classes and workshops have always been connected to each other in my work. My movement materials, whether improvised or set, develop mostly from being in the same room with other movers. Dance making in my case, wants to meet other people. It is how I love creating, thinking, crafting. Personal and emotional experiences play a role in that social craft and the way they are moderated or enhanced in performative states always fascinated me.

Interpretation is essential, I don’t see choreography as a strict figuration. It is a way of articulating, both mentally and physically. I sometimes think of it as a container / conductor, a room that you enter, or even an environment. What matters most to me is how the dancer pours her / himself in, and finds a connection to rich imagery of their own. If something stands in the way of your imagination, the choreography can be questioned.

Lorsque je suis arrivée à Berlin en 2004, j’étais dans la recherche excitante de mettre en forme un langage chorégraphique. Cela me semblait bien de passer du temps avec la forme, la qualité du mouvement, les images que je souhaitais illustrer avec le corps. Pendant les deux premières années, j’ai surtout créé des duos. J’étais très attentive à ce que la chorégraphie soit faite en interaction avec et à travers une autre personne. L’interprétation par d’autres du mouvement que je créais a été la meilleure façon d’apprendre sur moi-même.

Au fil du temps, le travail a évolué et s’est ouvert à de plus en plus de possibilités et de collaborations. En 2006, j’ai rencontré mon partenaire, le musicien et compositeur Roy Carroll qui a eu une influence significative et qui est mon collaborateur pour The Instrument depuis 2011.

Toutes les personnes et artistes avec qui j’ai travaillé depuis des années ont informé et enrichi le travail. Les méthodes se sont étendues et développées à chaque création puis ont été partagées et utilisées ensuite lors de l’enseignement. Créer des pièces et donner des cours et des ateliers ont toujours été connectés dans mon travail. Mes mouvements qu’ils soient improvisés ou prédéterminés, se développent surtout parce que je suis dans le même espace que d’autres danseurs. Faire de la danse dans mon cas réclame la rencontre d’autres personnes. C’est ainsi que j’aime créer, penser, fabriquer. Les expériences personnelles et émotionnelles jouent un rôle dans ce travail et j’ai toujours été fascinée par la façon dont elles peuvent être modérées ou améliorées par les états liés à la performance.

L’interprétation est essentielle, je ne conçois pas la chorégraphie comme une figuration stricte. C’est une façon d’articuler physique et mental. J’y pense parfois comme à un conteneur/conducteur, une pièce où vous entrez ou même un environnement. Ce qui compte le plus pour moi, c’est la façon dont le danseur s’y déverse et entre en  connexion avec la richesse de son propre imaginaire. Si quelque chose s’oppose à votre imagination la chorégraphie peut être mise en question.

How and when did your work become involved / concerned with instant composition? 

Comment et quand votre travail a-t-il été impliqué / concerné par la composition instantanée?

 from The Needle  (2011)
The Needle (2014),  The Instrument tous droits réservés.

Improvisation in performance began to fascinate me in 2009, especially through the work of Allen’s Line under the direction of Julyen Hamilton. It was striking to watch the choreography that was created in each present moment, the way the performers listened to each other and the atmosphere that surrounded the piece. Following Hamilton’s solo works and teaching for years and knowing I just had to stretch myself beyond the familiar, I invited him to perform with me in 2011. That was my first full evening, structure-free, score-free improvised performance. (with Julyen and myself dancing, Roy Carroll on loudspeakers, and Miles Perkin on double bass). I will never forget that evening. I felt like a volcanic burst of energy, memory, emotion, overwhelmed by how all four of us were charged on stage, provoked, even manic, sensitive and precise in actions. Successfully surviving this experience – artistically speaking, opened a new pathway in my life.

In the year that followed, I kept working with choreographic sequences I would teach at the second half of my class. Group unison excited me (and still does) as well as the information passing on from one to many which touches a deep groove of nearly a tribal connection. The combination had to feed everyone in class, even if they weren’t professional. When I looked at them dancing, I used to feel high, as if I was watching a dance company created in an instant. It felt like the choreography celebrated a connection between people. It was powerful to behold.

A change gradually happened when I became more aware that the first improvisation- based section in my class carried very similar manifestation to the group-unison. The more comfortable I was with improvising the more permission I had and gave to others, to be the authors of their own steps, rhythm and movement vocabulary. I slowly realized I was able to facilitate people to generate their own work, – to make dances. In summer 2013 while teaching at ImpulsTanz in Vienna I just dropped the combination. It wasn’t needed any longer, adding it would be superficial. When I returned home, I knew there wasn’t anyway back to the old formula. It was a beginning of yet another journey, growing out of a habit I felt very attached to, entering a phase that demanded so much more maturity. In days you could feel insecure, vulnerable; set choreography helped survive and overcome. Now I am more exposed than ever, sometimes confused, searching for a new language again. I had to trust the experience (past and present) and learn to enjoy the sharing even more.

The same process happened in my pieces, and the way I directed my work. It is an ongoing process, I don’t wish it to end.

L’improvisation lors de performance a commencée à me fasciner en 2009, particulièrement à travers le travail d’Allen’s line sous la direction de Julyen Hamilton. Il était frappant de voir la chorégraphie se créer sous nos yeux, la façon dont les performeurs s’écoutaient et l’atmosphère qui nimbait la pièce. Ayant suivi le travail de solo d’Hamilton et ayant enseigné pendant des années, je savais que je me devais de sortir de ma zone de confort et je l’invitais donc à performer avec moi en 2011. C’était ma toute première soirée, sans structure, une performance entièrement improvisée. (Avec Julyen et moi dansant, Roy Carroll sur les haut-parleurs, et Miles Perkin à la contrebasse). Je n’oublierai jamais ce soir-là. Je sentais comme une explosion volcanique d’énergie, de mémoire, d’émotion, submergée par la façon dont nous étions tous les quatre en charge de ce qui se passait sur scène, sensibles et précis presque maniaques dans les actions provoquées. Survivre avec succès à cette expérience – artistiquement parlant, a ouvert un nouvelle voie dans ma vie.

The Instrument / The Needle from The Instrument on Vimeo.

L’année suivante j’ai continué à travailler avec des séquences chorégraphiées que je transmettais pendant la deuxième partie de mon cours. Je trouvais excitant de faire travailler un groupe à l’unisson (c’est encore le cas) ainsi que voir l’information passer de l’un aux autres qui instaure un sillon profond presque de l’ordre d’une connexion tribale. Cette combinaison devait nourrir tout le monde en classe, même les non professionnels. Quand je les regardais danser, je me sentais bien, comme si je regardais une compagnie de danse se créer en un instant. Comme si la chorégraphie célébrait un lien entre les gens. C’était puissant à voir.

Un changement s’est produit graduellement quand je suis devenue plus consciente que la première partie de mon cours basée sur l’improvisation provoquait un sentiment très semblable à celui du travail de groupe. Plus je me sentais à l’aise avec l’improvisation, plus je m’en donnais la permission et plus je pouvais autoriser les autres à être les auteurs de leurs propres étapes, de leur rythme et de leur vocabulaire de mouvements. J’ai lentement réalisé que je pouvais aider les gens à générer leur propre travail, – pour faire des danses. En été 2013 alors que j’enseignais à ImpulsTanz à Vienne, j’ai simplement abandonné la combinaison. Elle n’était plus nécessaire, elle était devenue superficielle. Quand je suis retournée chez moi, je savais qu’il n’y avait aucune possibilité de retour à l’ancienne formule. C’était le commencement d’un autre voyage, sortir d’une habitude à laquelle je me sentais très attachée, en entrant dans une phase qui exigeait beaucoup plus de maturité. Certains jours, vous pouvez vous sentir inquiet, vulnérable ; la chorégraphie peut alors vous  aider à survivre et à surmonter cela. Maintenant, je suis plus exposée que jamais, parfois confuse, à la recherche d’un nouveau langage. Je dois faire confiance à l’expérience (passée et présente) et apprendre à profiter encore plus de ce qui est  partagé.

Le même processus s’est produit pour mes pièces, et pour la manière dont j’ai dirigé mon travail. C’est un processus continu, je ne souhaite pas qu’il se termine.

How do you see your work as a dance maker today?

Comment voyez-vous votre travail en tant que danseuse aujourd’hui?

Night Glass Day Mirror (2016) photo: Cristina Marx
Night Glass Day Mirror (2016) photo: Cristina Marx

At the moment I am very interested in the synthesis between instant composition and set materials. In recent projects I created there were large improvised sections as well as pre-composed movements. I witnessed the transition between improvisation to set choreography becoming invisible. It happened when the dancers were able to handle the directions I gave by becoming fully responsible for their role in the work. It didn’t only involve movement qualities and tasks – there are stories, characters, relationships and a lot of fantasy in my work. The challenge is to understand how to bridge between states and what to tell yourself in the right moment, so each way of carrying precision, narrative, composition; stays alive, and lives inside the piece.

Nowadays I am doing my best to take time and spend extended periods with research. The world around me often feels in a terrible rush. I want to spend time perfecting the ideas I have (not to be perfect- to make a distinction) and observe states of transformation in my work.

Pour le moment, je suis très intéressé par la synthèse entre la composition instantanée et la matière écrite. Dans les projets récents que j’ai créés il y avait de grandes sections improvisées ainsi que des mouvements pré-composés. J’ai assisté au fait que la transition entre l’improvisation et la chorégraphie écrite devenait invisible. Cela est arrivé quand les danseurs ont été en mesure de gérer les orientations que j’ai données en devenant pleinement responsables de leur rôle dans le travail. Il ne s’agissait pas seulement de qualités de mouvement et de tâches – il y a des histoires, des personnages, des relations et beaucoup de fantaisie dans mon travail. Le défi est de comprendre comment faire le pont entre les états que l’on traverse et ce qu’il faut se dire au moment opportun, afin que chaque façon de porter la précision, le récit, la composition ; demeure vivante, et vive à l’intérieur de la pièce.

Aujourd’hui, je fais de mon mieux pour prendre le temps et passer de longues périodes en recherche. Je sens souvent le monde autour de moi dans une ruée terrible. Je veux passer du temps à perfectionner les idées que j’ai (ne pas être parfaite – il faut faire la distinction) et observer les états de transformation dans mon travail.

Maya continue de transmettre et de partager son énergie et ses connaissances lors de nombreux workshops qu’elle propose un peu partout en Europe et notamment à Berlin où elle vit.

Voici ses prochaines performances et cours pour les chanceux qui vivent à Berlin ou qui ont l’occasion d’y aller !

Performing/ Performances

Mar/mars 9, 10, 11, 12 | Berlin | 19h Night Glass Day Mirror Idea/direction/performance : Maya M. Carroll and Roy Carroll, Dock11 Kastanienallee 79, 10435 Berlin

The Instrument | Night Glass Day Mirror from The Instrument on Vimeo.

June/juin 17+18 | Berlin new work presented as part of Projekt 3D – Poesie- more information soon Akademie der Künste Hanseatenweg 10, 10557 Berlin-Tiergarten

July/juillet 23 | Berlin  new work presented at Soun D ance Festival Dock11 Kastanienallee 79, 10435 Berlin

Eyes on Mars (2015), The Instrument, photoCristina Marx
Eyes on Mars (2015) photo Cristina Marx

Teaching/cours

Feb/février 27 – Mar/mars 3 | Berlin | 10h-12h open classes  Tanzfabrik Berlin, Möckernstr. 68, 10965 Berlin

March/mars 18+19 | Freiburg | 11h-14h workshop: Embodying Musicality contact for registration

April/avril 18-21 | Berlin | 14:30h-18h spring workshop: Dance Composition and Aliveness Tanzfabrik Berlin Möckernstr. 68, 10965 Berlin

May/mai 8 – 12 | Berlin | 10h-12h open classes  Tanzfabrik Berlin Möckernstr. 68, 10965 Berlin

June/juin 6 – 9 | Berlin | 12h-13.45h open classes Marameo Wallstraße 32, 10179 Berlin

Aug/août 1-5 | Co. Longford, Ireland  workshop: Embodying Musicality Shawbrook Legan, Co Longford, Ireland

Aug/août 21-25 | Berlin | 18:30-20h Summer Special Marameo Wallstraße 32, 10179 Berlin

Vous pouvez suivre la totalité de son travail  sur son site The Instrument 

Image de Uneportrait from Blur, a research collaboration with Michael Thieke, Biliana Voutchkova, Roy Carroll and Sarah Marguier (2013) tous droits réservés.

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