Format/La JEtéE : une équipe, un projet, un lieu

Pour se rendre à la JEtéE il faut d’abord traverser un territoire, pas une de ces plaines faciles qui laissent l’esprit flotter dans une douceur tranquille, non ici, gorges, falaises, rivières écumantes de rapides et sinuosité des routes gardent le voyageur en éveil. Et l’on est étonné de découvrir au bout du périple, un lieu improbable au look kitsch vintage adossé à la montagne entre thermes et maisons de village, ancien cinéma et dancing, renaissant de ses cendres grâce à l’énergie, le pari un peu fou et la volonté inentamable d’une équipe particulière regroupée autour de la danseuse Sophie Gérard. Les quatre de Format travaillent dans une synergie et une entente enviables : pas de transmission hiérarchique, une écoute et un partage des compétences. Sophie Gérard, danseuse, pédagogue et initiatrice du projet tire de son expérience l’envie de développer un lieu d’art et de ressources chorégraphiques sur le territoire ardéchois, Nelly Vial s’attache à la promotion de la danse contemporaine, Pascal Chassan utilise ses compétences techniques de scénographe et de créateur lumière et Gaëlle Jeannard s’appuie sur son implantation dans le réseau culturel ardéchois pour développer son travail d’administratrice, de médiatrice et de relais auprès d’artistes ou de nombreuses structures culturelles.

Territoire, Sophie Gérard, crédit photo Fredo Pijnaken.
Territoire, Sophie Gérard, crédit photo Fredo Pijnaken.

Pour en savoir plus, entretien convivial à la JEtéE

Qu’est-ce qui a déclenché ce projet ?

Le désir de répondre à des manquements que j’ai pu observer dans le métier, et qui m’ont conduit à me dire que l’on pouvait peut-être proposer des alternatives à ce qui existait ou pas : comment les productions s’organisent par rapport au temps de répétition, quel espace génère-t-on pour les artistes ? Et donc le projet est parti de plusieurs questions : avoir du temps, de l’espace, et de comment travailler la relation immédiate entre l’artiste qui cherche et le public. C’est moins la question des moyens que la qualité de la relation avec les artistes qui est opérante : ce qu’on fait et comment on le fait avec les gens. Le projet s’est élargi en se structurant, avec une rapidité de construction venant sans doute du fait que l’on répondait à une nécessité et à une urgence et que la première édition de notre festival a été un vrai succès. Aujourd’hui, on bénéficie d’un lieu mis à disposition, d’une reconnaissance à travers le festival, de demandes d’artistes qui nous sollicitent pour des résidences et la question est désormais de savoir comment nous protégeons les idées que nous défendons dans cet interface entre le politique, le territorial, l’artistique, le public et nous-mêmes. Comment nous faisons cohabiter ces différents espaces sans s’y perdre.

Festival Format 2013, crédit photo Grégoire Edouard.
Festival Format 2013, crédit photo Grégoire Edouard.

Est-ce que la question du festival est venue rapidement  un peu comme un nœud de cristallisation de votre projet ?

Le Festival est cette passerelle qui rend lisible, visible tout le travail conduit à l’année et qui permet de travailler avec qualité la relation avec le public, les artistes et nos partenaires. C’est un moment festif, fédérateur au-delà du travail de réflexion que l’on peut mener sur l’année, sur les questions d’accompagnement, de transmission ou de diffusion de la culture chorégraphique. Il correspond à notre posture qui s’intéresse plus à la démarche qu’à l’objet il est l’aboutissement du travail mené avec les artistes en résidence. Les artistes font des efforts énormes pour participer au festival, ils savent que l’on n’a pas beaucoup de moyens et ils s’engagent auprès de nous dans ce contexte-là. Le festival est aussi proposé aux gens qui vivent ici à l’année et pas seulement tourné vers l’extérieur c’est un des volets de la dynamique culturelle qu’on essaie de défendre : programmation ouverte sur des univers esthétiques très différents, politique tarifaire réfléchie pour attirer un maximum de monde et créer un public autour de la danse. On développe aussi une politique d’irrigation du territoire par des danses en itinérance dans les villages en préalable au festival ce qui permet de répondre en partie au cloisonnement géographique.

Happy des écoles de Meyras, mai 2014, photo cccdanse.
Happy des écoles de Meyras, mai 2014, photo cccdanse.

À travers votre projet la question de la transmission de la culture chorégraphique semble centrale comment la travaillez-vous ?

On sait peu de quoi on parle quand on parle de danse contemporaine, on manque d’un socle commun et le projet de Format c’est aussi de se poser la question des références que l’on met en partage. Comment parler des différents courants qui ont traversé et construits la danse depuis le début du siècle, comment parler de la corporéïté, de la liaison danse-musique, des rapports de la danse avec le champ de l’art contemporain, des liens que les chorégraphies actuelles entretiennent avec des œuvres du patrimoine, etc. ? Répondre à ces questions en proposant des références communes et en constituant un fonds nous paraît important pour construire une culture chorégraphique partagée que ce soit par les jeunes en formation, les danseurs en résidence ou le public qui vient assister aux spectacles. Il ne s’agit pas de dire ce qu’il faut faire mais de proposer des passerelles qui permettent ensuite de s’enrichir  et de mettre en mouvement sa pensée à propos de l’écriture chorégraphique actuelle dans toute sa diversité. C’est aussi notre responsabilité citoyenne, à nous qui recevons de l’argent public, de développer des outils pour recréer un espace d’émancipation autour de la culture et on souhaite le faire à travers un centre de documentation. L’idée n’est pas de créer un centre de documentation générale mais plutôt de répertorier ce qui se joue ici, de laisser une trace de ce qu’on vit, (expositions, paroles d’artistes à travers des émissions de radio, archivage de textes, etc.) ça rejoint la traçabilité de notre démarche. On essaie de créer de l’archive autour des projets des artistes qu’on reçoit comme celui d’Enora Rivière qui va capter la parole des habitants autour de la danse, le mois prochain. Tout cela va aussi dans le sens du suivi du travail mené avec les artistes. Pour autant, nous sommes très vigilants à ne pas faire de la sensibilisation du public « didactique ». Nous voulons rester des facilitateurs de lien entre l’œuvre de l’artiste et un public mais aussi maintenir une distance critique. La façon dont nous envisageons notre rôle ne peut se faire qu’à une petite échelle, il ne s’agit pas pour nous de promouvoir un artiste ou une œuvre mais de travailler à garder une pensée active que ce se soit pour nous ou pour le public face à ce qui est donné à voir. Et nous sommes dans une démarche d’effacement et non pas de guidage.

(re)flux – cie épiderme – festival Format Ardèche #3 – Jaujac (07) from Nicolas HUBERT on Vimeo.

Vous faites donc totalement confiance aux artistes que vous recevez

Oui, et d’ailleurs on prend des risques, en général, on ne sait pas ce qui va se passer lors des sorties de résidence par exemple. On accueille les artistes sur des projets, de la rencontre, de la discussion,  ce sont eux qui choisissent de venir ici. La sélection se fait autour de disponibilités et parce qu’on se rencontre sur la démarche de Format, les artistes ne viennent pas ici de façon anodine. On prend le temps de se choisir réellement sur du projet  qui va nous intéresser réciproquement.

Sortie de résidence, Théâtre Pouk, Marie Papon et Rikka Kosola, mai 2014, photo cccdanse.
Sortie de résidence, Théâtre Pouk, Marie Papon et Rikka Kosola, mai 2014, photo cccdanse.

 Format témoigne des questions qui restent actives pour vous en tant qu’artiste chorégraphique

Oui, le confort des années 80, la création des centres chorégraphiques et l’hégémonie de l’auteur chorégraphe ont laissé pas mal de danseurs sur le carreau qui ne se voulaient pas chorégraphes mais dont on ne reconnaissait pas d’autres compétences et qui pour continuer à danser devaient se déclarer chorégraphes. La France pourrait s’inspirer de certaines structures européennes  comme Ponderosa qui fonctionnent dans une totale collégialité, sans hiérarchie entre chorégraphe, danseurs, pédagogues ce qui permet de gommer cette fragmentation entre nous afin de pouvoir échanger, se rencontrer et permettre à la pensée de rester active, mobile et non sclérosée. Garder une souplesse d’action par rapport aux institutions afin de préserver une indépendance artistique.

Sortie de résidence, performance du Théâtre Pouk, Rikka Kosola, mai 2014, photo cccdanse.
Sortie de résidence, performance du Théâtre Pouk, Rikka Kosola, mai 2014, photo cccdanse.

Ce dimanche-là, un peu pour annoncer le festival à venir du 26 juin au 5 juillet, la journée est consacrée à la danse, un Happy fait avec les classes des enfants du village, une promenade chorégraphique menant à la sortie de résidence du Théâtre Pouk de Marie Papon et Rikka Kosola suivi par un bal moderne. Convivialité, rencontre, partage entre les artistes et leur public sont bien au rendez-vous, prouvant que le projet répond à un vrai besoin !

 

Pour en savoir plus Format-La JETéE

Contact et infos pratiques

Image de Une, La JETéE, le lieu de Format à Neyrac-les-Bains, photo Studio L’Oiseau vert.

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