Youri Vámos s’invite pour une unique représentation à Berlin

Romeo & Julia de Youri Vámos, 20 ans après sa première à la Deutsche Oper de Berlin, revient fouler les planches d’une scène berlinoise, l’Admiralspalast. Le ballet du chorégraphe hongrois (ancien directeur des Ballets de Düsseldorf/Duisburg, Dortmund, Bonn et Bâle) fut sa première pièce créée pour le Ballett am Rhein. Interprétée ici par le Ballet Györ (dirigé par János Kiss depuis 1991), la tragédie shakespearienne y est transposée dans les années 20 où les clans rivaux mafieux, Capulet vs. Montaigu, s’apparentent plus à des Al Capone : un joli clin d’œil à l’époque du compositeur Sergueï Prokofiev dont la partition demeure d’une audace sans faille (mais la production est fort malheureusement non accompagnée par un orchestre live !).

Romeo & Julia, Youri Vámos © Ballet Györ, Orosz Sándor

Cette invitation est placée sous l’initiative de deux danseurs du Staatsballett de Berlin, Alexander Shpak et Alexander Abdukarimov, soucieux de cultiver la diversité chorégraphique au sein de la danse classique, un art qui pour beaucoup ne se développerait plus… Et, à l’ère de la prise de fonction de Johannes Öhmann et Sasha Waltz à la direction du Staatsballett de Berlin, la demande est grande, selon les deux danseurs de la compagnie berlinoise, « tant Berlin demeure une capitale aux mille facettes et publics.« 

Il est ingénieux de leur part d’avoir pensé à Youri Vámos tant sa sensibilité pour la mise en scène et la musicalité, son souci d’alléger le mélodrame et son penchant pour épurer les classiques sans aucunement perdre de leur consistance constituent les atouts majeurs  du chorégraphe. Prolifique, Vámos aime toujours autant explorer les psychologies des  générations de danseurs qu’il voit défiler, approfondir leurs expressivités, souligner les nuances du genre humain. Le Ballet Györ, compagnie aguerrie qui a déjà travaillé avec de grands noms (entre autres Ben van Cauwenbergh, Cayetano Soto, Christopher Bruce, Gustavo Ramirez Sansano…), s’enivre de cette production qui allie narration accomplie et chorégraphie exigeante. Vámos oscille entre pas de deux lyriques et ensembles enjoués (voire fantasques dans le second acte, au cours de la scène de rue, lorsque Mercutio, divin Szanyi Tamás, dégaine des bananes pour chercher ironiquement Tybalt !).

Romeo & Julia, Youri Vámos © Ballet Györ, Orosz Sándor

Si la scène des masques, remastérisée en scène des vestes, laisse un peu sur sa faim au travers d’un vocabulaire quelque peu scolaire, la scène du bal enthousiasme par son ambiance raffinée où les corps s’entrelacent aux rythmes d’une tango-marche rigide et sensuelle. Les costumes et décors de Michael Scott, sobres, élégants et épurés, ajoutent une pointe de solennel à l’instant, encadré d’arcades qui se parent de temps à autre de rideaux vaporeux, blancs ou rouges selon la gravité de la scène.

Daichi Uematsu interprète Roméo avec justesse et fougue. Le jeune danseur japonais a trouvé le parfait dosage pour ajuster sa merveilleuse technique et ses bras puissants au rôle sans que cela fasse too much. À ses côtés, Melinda Berzéki incarne une Juliette insouciante, peut-être trop à mon goût. Virevoltante et gracieuse, elle n’arrive toutefois pas à faire évoluer son rôle en une femme transie d’amour. On regrettera également que l’unique danseuse sur pointes de la soirée ne soit pas si solide et qu’elle n’ait pas plus soigné son travail de bas de jambes… Un couple qui aurait donc mérité d’être plus abouti. Le corps de ballet, vif à souhait, tire quant à lui profit de la faiblesse du duo central. Le langage vamosien lui va en effet comme un gant, bercé entre cadences et dissonances poignantes.

Romeo & Julia Trailer

OÙ ET QUAND ?

Admiralspalast Berlin, 9 juin 2018

Crédits Image de Une : © Orosz Sándor.

 

 

 

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