Une journée aux Plateaux de la Briqueterie, plateforme danse internationale

Volmir Cordeiro, Rue © Marc Domage

À Vitry-sur-Seine, Les Plateaux annoncent la rentrée de saison en déroulant le temps d’un week-end prolongé (deux jours et une soirée) une plateforme internationale, où de jeunes compagnies présentent leur travail au côté d’artistes plus confirmés. Cette année, on circule de La Briqueterie au voisin Théâtre Jean Vilar à la découverte de quinze créations piochées à l’échelle européenne, qui investissent aussi bien les parvis, les jardins que les grands plateaux. Coup d’œil parmi certaines propositions de la seconde journée.

 

Jonas & Lander, Adorabilis © FabianAndresCambero

Jonas&Lander – Adorabilis
Performance baroque pour trois interprètes, Adorabilis est un ovni plutôt réjouissant. C’est une partie d’échecs qui se joue sur un plateau éclairé comme un damier noir et blanc. Trois personnages interprètes y gesticulent jusqu’à épuisement entre les cases. On a affaire à des pantins grimaçants, qui empruntent volontiers au grotesque, récitent des aphorismes à tour de rôle, se cognent, se déplacent en trottinant, tournent en rond dans ce dispositif qui peut par moment prendre l’allure d’un jeu cruel. Le vocabulaire gestuel est précis, articulé et articulaire. Le duo portugais Jonas&Lander qui signe la chorégraphie, ici accompagné de Duarte Valadares compose une plongée dans un monde saturé de lumière crue, de musique qui tape fort, théâtre d’une certaine exubérance mise en scène avec maîtrise. Lander Patrick, moitié du duo, est également interprète des pièces de Marlene Monteiro Freitas et l’on retrouve un art de la pantomime échevelée présent par ailleurs dans les œuvres de la chorégraphe cap-verdienne.

 

Jonas & Lander, Adorabilis © Paulo Pacheco.

Vêtus de bas roses, de leggings aux motifs noir et blanc, torses nus et mantilles sur la tête, le trio cultive un côté créature hybride, aux mines tantôt réjouies tantôt tragiques. Adorabilis joue ainsi entre plusieurs registres, navigue entre un sample de Nicki Minaj qui devient un top pour commencer une action et des bribes de Stravinsky ou Wagner. Sans opérer de hiérarchie entre les références, les trois comparses déclenchent un maelstrom d’actions ininterrompues, martyrisent un bocal de poissons rouges, agitent du champagne sous un grand œil inquisiteur projeté en fond de scène. Cette pièce ambitieuse (1h) souffre par moment de longueurs mais parvient à retrouver du souffle avant de nous perdre tout à fait. Une performance en forme de shaker géant, où l’absurde triomphe finalement.

Louis Barreau, BOLERO BOLERO BOLERO ©EmilyBonnet5

Louis Barreau – Bolero Bolero Bolero
Dans un costume coordonné jaune d’œuf, Louis Barreau entame en solo sa version du Boléro sur le parvis extérieur de la Briqueterie. Il s’engage doucement dans un déploiement du geste progressif, révèle par séquences répétées et déclinées les mouvements essentiels de cette œuvre majeure qui s’en trouve ici comme dégraissée jusqu’à l’os. C’est un Boléro par le moins, comme une ritournelle en construction dont les motifs se déplient à chaque mesure. 
Formé en tant que chorégraphe, danseur et musicien le jeune Louis Barreau signe ici son premier solo. Le titre sonne comme une rengaine, comme s’il avait prévu le coup, encore un boléro ?! Il prend alors le parti d’aller vers le moindre régime, d’aller contre l’idée de climax obligatoire lorsque l’on s’attend à une relecture de la pièce sur la partition implacable de Ravel. Jusqu’à sauter sur place sans emphase lors du grand final, dans un mouvement singulier. Louis Barreau danse avec une belle présence, l’entreprise est intéressante mais l’impression d’un manque demeure en sortant. Il y a quelque chose de plat dans ce déplié, à attribuer peut-être au principe même de vouloir déjouer nos attentes, qui nous laisse avec le sentiment d’un soufflé retombé.

 

Jordi Gali, Pavillon Fuller © Arrangements Provisoire

Jordi Galí – Pavillon Fuller
Comme une courte parenthèse poétique, un groupe d’amateurs et d’étudiants en architecture monte devant nos yeux et sous le regard bienveillant de Jordi Galí l’ossature de Pavillon Fuller, dernière création du catalan. Comme une équipe de marins embarqués sur le même bateau, ils tirent sur les cordes, se regardent, communiquent en silence et en douceur pour monter ensemble la structure, squelette de tasseaux de bois amarrés par des cordages. C’est peu et c’est beaucoup, c’est délicat et impressionnant. Les ailerons du pavillon ainsi dressés semblent tenir comme par magie. Il convoque l’image des immenses voiles légers de la danseuse et chorégraphe Loïe Fuller, eux-mêmes armés de baguettes de bois. Mais le clin d’œil est double, on apprend aussi que ce pavillon s’adresse à l’architecte Richard Buckminster Fuller, un des pères fondateurs de la tenségrité, le principe physique qui fait tenir l’ensemble debout par un jeu de forces qui s’équilibrent. Une belle métaphore à l’image du travail de Jordi Galí, qui rassemble autour de l’éphémère et fait évènement tout en délicatesse.

 

Benjamin Bertrand, Rafales Menagerie © Carla Marboeuf et Daniel MacMahon



Benjamin Bertrand – Rafales
Si la scénographie et l’ambiance saisissent d’emblée – atmosphère enfumée, tapis miroir, ventilateur en marche qui donne vie à une bâche plastique gonflée tel un spectre animé, Rafales déçoit sur la longueur. Arrivant à la suite d’Orages, solo où le danseur chorégraphe explore sa naissance sous X, ce duo dansé au côté de la danseuse Léonore Zurflüh peine à nous emmener tout à fait quelque part. Dans cette relation duale qui débute gémellaire, toute en mouvements ondulatoires effectués en miroir, la danse s’écrit comme une tentative de communion, de fusion entre les deux interprètes. L’air, le souffle circule entre eux, les rapproche ou les sépare, au son des nappes sonores distillées par Florent Colautti. Une impression de longueur s’installe pour durer et la dramaturgie opaque dissout à force le bel enrobage qui avait commencé par faire effet, pour laisser place à une incertitude quant à l’objet présenté.

Volmir Cordeiro, Rue © Marc Domage

Volmir Cordeiro – Rue
Bonne surprise de ces Plateaux, l’invitation à sortir dans la rue de Vomir Cordeiro. Sur le parvis du Théâtre Jean Vilar le chorégraphe brésilien nous invite à le suivre. En masse mouvante sur la place, nous évoluons donc au gré de son improvisation parlée et dansée, entraînés dans son sillage comme par un courant. Branché sur plusieurs canaux, Volmir Cordeiro est réceptif à l’énergie et aux présences qui l’entourent sans avoir de point de focale unique. Il navigue entre ciel et terre, concret et abstrait, imaginaire et temps présent. Par sa présence magnétique, sa façon unique de bouger son corps immense, tout en verticalité, il se fait la corde sensible d’un monde de la rue peuplé entre autre de ce qui est en marge, délaissé, fou, abandonné. Sans jamais imiter il fait ainsi passer sentiments, émotions, humour et revendications comme des éclats qui surgissent par ricochets, dans un déroulé qui va tambour battant. Accompagné par le musicien Washington Timbó aux percussions, Rue livre un vibrant et intense moment partagé par ceux qui sont là, enfants du quartier, spectateurs de la journée ou passant par hasard. Crée à l’origine en 2016 pour la Cour Marly du Musée du Louvre, la pièce prend toute sa puissance à l’endroit même à laquelle elle se frotte. Et se place comme un acte nécessaire de circulation dans l’espace public qui redevient par ce geste pluriel, complexe.

 

Les Plateaux, plateforme danse internationale, 25ème édition du 28 au 30 septembre 2017, à La Briqueterie et au Théâtre Jean Vilar à Vitry-sur-Seine.

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