Tanztage Potsdam : une édition aux accents québécois

Depuis 1991, Potsdam accueille chaque année en mai les étoiles montantes de la danse contemporaine internationale. Pour cette 27e édition, les Tanztage ont dédié leur programme au Canada, qui commémore cette année les 150 ans de sa création en tant qu’état, en invitant la crème de la crème montréalaise : Caroline Laurin-Beaucage, Marie Chouinard, Frédérick Gravel, Daina Ashbee et le RUBBERBANDance Group pour deux représentations patchwork, explorant l’hybridité de l’œuvre du chorégraphe en chef de la compagnie, Victor Quijada. Est-ce toutefois perspicace de sortir toutes ces pièces diverses et variées de leur contexte ? N’aurait-il pas mieux valu opter pour un dosage plus modéré ?

 

RUBBERBANDANCE VICS MIX © Bill Hebert
RUBBERBANDANCE VICS MIX © Bill Hebert

 

Le choix est osé mais aussi trop disparate ! Quijada, peu connu en Europe, a souhaité présenter l’étendue de son œuvre en un seul et unique programme composé de trois parties de 30 minutes chacune. La première, Commissions Suite,intègre des extraits de pièces récentes comme Physikal Linguistiks (2010) et Second Coming – Boys Dance (2013). Un langage d’une précision inouïe, mélange de danses urbaine, contemporaine et classique. Les corps des quatre danseurs et trois danseuses sont puissants et gracieux, trapus et élancés. Ils s’approchent, s’entremêlent, s’empoignent. Les corps à corps s’enchaînent sur une cadence d’enfer. La gestuelle, solide et fluide, transpire de tensions dans les bustes, d’amplitude dans les sauts, d’aisance dans les pirouettes. Puis soudain un des danseurs fait interrompre la musique et communique en direct avec la technique. Il se crée un dialogue de sourds qui a le mérite de désacraliser la scène et de détendre l’atmosphère, comme quand les Boys (non sans rappeler ceux de West Side Story), échauffés, quittent la scène en passant par la salle et non par les coulisses.

La seconde partie, amalgame de pièces plus anciennes comme Secret Service (2002) ou Mi Verano (2003) est plus indigeste. Les pas s’enchaînent et se répètent en ensemble, en trio ou duo. Aux halètements corporels se mêlent Prokofiev (Roméo et Juliette) ou Vivaldi (Les quatre Saisons). L’interprétation manque de subtilité, surtout dans les ensembles, même si l’accentuation des mouvements, elle, demeure pénétrante. La danse n’est perçue que comme un show : elle perd en délicatesse, en images. Meilleur exemple : The Traviattle, créée en 2003, une pièce cocasse rythmée par Verdi et dont l’ingéniosité chorégraphique demeure bien maigre.

RUBBERBANDANCE VICS MIX © Bill Hebert
RUBBERBANDANCE VICS MIX © Bill Hebert

 

Soft Watching the First Implosion (2005) sur le Concerto pour violon en la mineur de Vivaldi, programmé en troisième partie, est un duo/trio savoureusement plus nuancé qui joint et disperse les lignes, compose et décompose les corps emplis d’une énergie voluptueuse. Les danseurs s’y déploient tout en apesanteur. Second Coming – Magic Trio (2013) explore un comique de répétition à travers trois danseurs qui se chamaillent leur entrée. Cela met finalement un peu (trop) de temps à démarrer vraiment mais le travail de superposition/compilation des trois variations réciproques est captivant : le sonore (signé Jasper Gahunia) et le sensoriel ne font plus qu’un. Last but not least, Punto Ciego – Square Section (2008) émoustille nos sens et consciences en transcendant par la grâce chacun de ses pas et mouvements, entre symétrie et leitmotiv. Charismatique, marqué, le langage de Victor Quijada est alors voué à une imbrication géométrique, une interdépendance à l’autre, formant dans l’espace une horizontalité pleinement esthétique qui peuvent rappeler les duos furtifs de Petite Mort de Jiří Kylián…
Finalement, un programme composé de ces deux dernières pièces jouées dans leur intégralité aurait sans doute été plus pertinent.

RUBBERBANDance Group, Victor Quijada / Vic’s Mix from Agence Station bleue on Vimeo.

OÙ ET QUAND ?

POTSDAMER TANZTAGE 2017, RUBBERBANDance Group. Les 24 et 25 mai 2017

Crédits Image de Une : RUBBERBANDANCE VICS MIX © Bill Hebert

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