Un Staatsballett perruqué

Une soirée et deux premières au Staatsballett de Berlin : voilà qui a le mérite de mobiliser les troupes ! Le public, farouchement hétéroclite, a succombé aux charmes de Lib, créé par le déjanté Suédois Alexander Ekman, et de Strong, conçu par une Sharon Eyal, au sommet de son art, mais dont le langage ne se renouvellera donc jamais…

Lib, Alexander Ekman © Jubal Battisti


Entre mamies choucroutées et hipsters barbus, la soirée s’annonce originale. Avant que la pièce d’Ekman ne débute, un homme déambule au bras d’une charmante jeune femme dans le foyer de la Staatsoper, coiffé d’une perruque démesurée lui obstruant qui plus est la vue. Un amuse-gueule extravagant qui met l’eau à la bouche… Les quatre solistes entrent en scène, Ksenia Ovsyanick d’abord, suivie par Aurora Dickie, Polina Semionova et Elisa Carrillo Cabrera. Lib est sensé « libérer». Je ne vois pas trop de quoi tant le propos est inexistant mais, ce qui est sûr, c’est que ces corps en sous-vêtements chair, loin de s’alléger, vont s’alourdir de combinaisons poilues à la Chewbacca, signées Charlie Le Mindu : bye bye Berlin, bienvenue à Tatooine ! Ekman se tape un délire comme il sait si bien… les rater !

Au début, les quatre solistes, austères, enchaînent des mouvements dénués d’expression, d’intention. Comme si elles étaient sans vie, arborant néanmoins les pointes aux pieds. Les lignes, rigides et symétriques, rappellent un banal exercice de pilates. Soudain, un gouru poilu, incarné par Johnny McMillan, fait son apparition. On passe alors d’une scène aseptisée à un terrain de jeu fantasmagorique où les danseur.ses tourbillonnent aux rythmes des Stones, de John Lennon et des Talking Heads. Ils finiront par s’asseoir sur le rebord de la scène, pas peu fiers de leur prestation. Public en délire. C’est pourtant bel et bien affligeant. Certain diront : « Voilà un nouveau genre ! » Je répondrais : « Voilà une nouvelle arnaque ! » Et l’on n’ose imaginer combien cela a dû coûter au Staatsballett…

Strong, Sharon Eyal © Jubal Battisti

En seconde partie, l’Israélienne Sharon Eyal nous offre avec Strong un travail beaucoup plus abouti. Une création bien sombre qui n’est pas sans rappeler une autre œuvre entrée au répertoire de la compagnie la saison dernière, Half Life. Ici, dix-sept danseur.ses androïdes et anguleux évoluent mécaniquement au son de la techno binaire de Ori Lichtik, aux frontières de la transe. Duos, trios et ensembles se succèdent (intéressant pour découvrir quelques belles personnalités comme celle de Danielle Muir par exemple), oscillant entre des placements en diagonale ou amassés, en demi-cercles ou en V. Les hauts du corps se cambrent, les visages se déforment. Les lignes se dispersent et se rejoignent Enivrant, épuisant mais surtout abusivement redondant. Des mouvements continus, épileptiques, hypnotiques : Eyal a le don de répéter inlassablement les mêmes combinaisons de pas, à en devenir dingue ! Des faisceaux lumineux ajoutent une surenchère optique au caractère d’ores et déjá sophistiqué de la pièce. Tout est là : c’est éloquent, captivant mais cela n’a vraiment rien d’innovant. Bien (trop) dans l’ère du temps.

OÙ ET QUAND

12 décembre, Staatsoper Oper Berlin

Crédits Image de Une : Lib, Alexander Ekman © Jubal Battisti

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