Tanz im August, troisième semaine

La troisième semaine du festival berlinois Tanz im August a continué d’attirer les foules sous une chaleur semi-tropicale. Au menu du programme : un délirant Body Concert de la Ambiguous Dance Company et un étrange OneTwoThreeOneTwo d’Albert Quesada…

On sait peu de choses sur la Ambiguous Dance Company, compagnie qui a été fondé en 2008 à Séoul par Bo-Ram Kim, chorégraphe issu de la scène hip-hop et breakdance mais aussi aficionado de k-pop. Sur le papier, on se demande vraiment ce qui a pris à la directrice Virve Sutinen (accoutumée à inviter plutôt des compagnies et chorégraphes donnant généralement plus dans la performance expérimentale impénétrable…) pour être tombée sous le charme d’un tel vocabulaire que beaucoup de ses acolytes ont dû trouver bien simpliste. Ceux-là auront oublié le fondemental de la danse : le divertissement, si possible intelligent. Car l’un n’exclue pas l’autre. N’en déplaise aux ayatollahs de la performance (peusdo) cérébrale, j’ai été ravie de pouvoir apprécier une soixantaine de minutes d’un genre de show ultra dansé, moment rarissime s’il en est au cœur de la programmation de Tanz im August. Surtout : un peu de diversité n’a jamais fait de mal, loin de là !

Ambiguous Dance Company, Body Concert © Sebastian Marcovici

« On devrait toujours mener nos vies comme si on dansait. » Cette citation de Bo-Ram Kim résume son approche chorégraphique qui n’a que faire du mélodrame. Il danse donc il est. Et il danse de tout : danse classique, danse moderne, danse postmoderne, danse contemporaine, hip hop, show dance… C’est excentrique, mécanique, sans perdre en expressivité et en émotion pures. Enclins au stop motion, les sept danseur.ses, affublé.es de bonnets de bain noir, de lunettes de natation, de costumes noirs et de chemises blanches (sans omettre ces raffinées chaussettes vert grenouille !), évoluent au rythme de la musique, inlassablement, tout en simplicité. Ils la suivent de manière mathématique, à la croche près. Il y a un effet comique à admirer ces êtres insolites, puristes, composer la trame de Body Concert, dénuée de psychologie et de narration. À quoi bon ? On passe de Lascia ch’io pianga de Haendel aux Variations Goldberg de Bach sans réflexion aucune si ce n’est de danser ou encore de faire un poirier. Idem sur les tubes pop, entre glissades et pirouettes.

Le mouvement n’en demeure pas moins impressionnant, élaboré, frais, élégant, ample, amusant, hilarant, poignant. C’est pastiche mais sans tomber dans la parodie. Mention spéciale au morceau-rappel qui suit les applaudissements : dans un style encore et toujours divers et varié, chaque danseur.se longe de son corps les sons et tons d’un chant traditionnel coréen. Un final on ne peut plus astucieux qui se clôt par des saluts au cours desquels les interprètes descendront dans le public pour l’occasion ! Un bémol : que la découverte de la Ambiguous Dance Company n’ait pu se faire sur la grande scène du Haus der Berliner Festspiele, actuellement en rénovation… et que les trois maisons d’opéras berlinoises n’aient pas daigné accueillir exceptionnellement le festival.

Albert Quesada & Zoltán Vakulya, OneTwoThreeOneTwo © Dajana Lothert

Albert Quesada, en même temps mais sur la scène du HAU3, présentait OneTwoThreeOneTwo, titre rappelant les séquences rythmiques fondamentales du flamenco : 123 123 12 12 12. Une réflexion sur cet art ancestral savoureusement codifié et son pouvoir d’attraction toujours actuel, composée d’un danseur (lui-même) et d’une danseuse (Katie Vickers). Le chorégraphe catalan a étudié à P.A.R.T.S. (Bruxelles) et au Hogeschool voor de Kunsten (Amsterdam). Depuis 2009, il danse pour la compagnie ZOO/Thomas Hauert (Accords, You’ve Changed, In Vivo Danse, Mono, Inaudible). Dans OneTwoThreeOneTwo, Quesada explore la nature profonde de la danse flamenca, interroge ses rythmiques, chants et gestuels au milieu d’une arène carrée, entourée de spectacteurs. Cela renforce la proximité… mais aussi l’observation d’une improvisation brouillon. Les deux corps des interprètes s’élancent dans une longue série de spirales, les corps s’enroulent et se déroulent, les lignes se font et se défont. Un air de redondance se fait toutefois très vite sentir…

OÙ ET QUAND ?
Hebbel am Ufer et diverses salles berlinoises, du 9 au 31 août 2019

Crédits Image de Une : Ambiguous Dance Company, Body Concert © Dajana Lothert

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