Tanz im August, ça continue !

Tanz im August a programmé en première mondiale la toute dernière pièce du chorégraphe Serge Aimé Coulibaly, C la vie, co-produite en Allemagne par Tanz im August/HAU Hebbel am Ufer Berlin et Kampnagel Hamburg. Le danseur et chorégraphe burkinabé, formé au sein de la compagnie Feeren et également passé aux Ballets C de la B, nous prouve encore combien sa danse demeure un vivier à émotions et énergies, follement débordantes.

Comme une réponse-bouclier à l’actualité de son pays d’origine, cette pièce célèbre la joie de vivre, l’amitié et le rapport à l’autre. Sept époustouflant.es danseur.ses, délicatement sensibles, tout aussi éclectiques que complémentaires, envahissent l’espace sonore et sensoriel, en explorant diverses formes de rituels et traditions comme le carnaval ou le Wara de la région de Senoufo. C la vie est jalonné par des cycles de vie pour déboucher sur une sorte de transe libératrice qui porte aux nues notre monde actuel. Une ode à la vie qui a pour principal moteur de rassembler, en ne se souciant nullement des hiérarchies et adversités pour y arriver.

C la vie, Serge Aimé Coulibaly ℗ Sophie Deiss


À l’inverse de pièces activistes telles que Une Nuit à Ouagadougou ou Kalakuta Republik, Serge Aimé Coulibaly délaisse le texte et la vidéo pour ne faire corps qu’avec le mouvement incessant et frétillant, virtuose et audacieux, aussi percutant que la musique d’Yvan Talbot et la voix de Dobet Gnahoré.

Plus qu’une œuvre, C la Vie est une réflexion sur le vivre ensemble, et il faut avoir conscience que la danse est un outil qui sert à maintenir l’altruisme. Mais de manière sous-jacente, on peut y voir aussi un appel à se mobiliser, à résister, à toujours espérer. Une sorte de « lutte entre l’espoir et le désespoir, entre la lucidité et la ferveur », comme aimait le souligner Aimé Césaire.

La pièce Hmadcha est née du besoin d’exprimer, de transpirer un instinct de vie malgré l’épuisement. L’épidémie du Covid 19 a accentué la nécessité de réinventer des mondes dans lesquels la danse, peut-être plus que tout autre art, jamais n’abandonne, tant que le mouvement n’est pas vide. Une production qui se veut « salvatrice » pour le monde de la danse, selon son chorégraphe Taoufiq Izeddiou.serge aimé coulibaly

Hmadcha, Taoufiq Izeddiou ℗ Agnès Mellon

Hmadcha, premier volet d’une trilogie (dont le second, Hors du monde, fut présenté au Festival de Marseille et le dernier – qui comptera des danseuses – sera programmé à Montpellier Danse l’an prochain…), est inspiré par les célébrations spirituelles de la confrérie soufie, fondée par Sidi Ali Ben Hamdouche à la fin du XVIIe siècle à Meknès, au Maroc. Izeddiou ne voit pas son œuvre chorégraphique comme un pur documentaire mais plutôt comme « un travail d’inspiration, une étude sociologique ». Et peut-on d’ailleurs parler de danse contemporaine ? Le chorégraphe préfère dire qu’il crée « une danse d’aujourd’hui ».

Huit danseurs, fluets et corpulents, juvéniles ou plus matures, vont les uns après les autres entrer en scène, sur un plateau immaculé d’un tapis blanc. Leurs pieds s’agitent au rythme des battements du cœur, leurs bustes s’ondulent, leurs corps explorent l’espace en suivant des lignes bien précises. En chemin, le geste va s’élever au ciel pour devenir circulaire, en quête de la transe, de spiritualités. Un patchwork d’individualités qui se soudent et se dissoudent mais jamais ne tombent dans l’individualisme. Hmadcha prend alors des allures d’expérimentation dont on ne connait pas les aboutissants, car on a, de toute manière, trop peu de temps pour cela.

Élément majeur du décor, un mur de clarté est placé côté jardin : Izeddiou a voulu comprendre ce que signifiait cette contrainte pour ses interprètes qui ont répété dans un studio face à un mur également. Une contrainte perçue pour l’un comme un père, pour l’autre comme un pouvoir. Serait-ce un inconnu qui nous voit sans que cela ne soit réciproque ? Faire face à l’invisible a incontestablement quelque chose de palpitant, d’attirant.

La danse d’Izeddiou a cette douce force de transpercer, de donner à voir des âmes. Quand il entre en scène pour scander un texte en arabe, sans traduction mais telle une introduction au final percutant, on comprend parfaitement ce qu’il veut dire quand il souligne que « la magie de la danse c’est de ne pas limiter les imaginaires ». Du haut niveau, à tout point de vue.

OÙ ET QUAND ?
Radialsystem, le 17 août 2023, C la vie de Serge Aimé Coulibaly
Radialsystem, le 22 août 2023, Hmadcha de Taoufiq Izeddiou

Crédits Image de Une : C la vie, Serge Aimé CoulibalyArnout Andre de la Porte

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