Robot de Blanca Li

7

nan

Blanca Li a souvent des propositions surprenantes, troublant les frontières entre les genres, passant du Flamenco à la danse contemporaine matinée de Hip Hop, elle développe des univers très personnels.

Robot, Blanca Li ©Laurent Philippe
Robot, Blanca Li ©Laurent Philippe

Robot, créé en juillet 2013 pour le festival de Montpellier danse ne déroge pas à la règle. Spectacle enthousiasmant, joyeux, ludique, expérimental dans sa conception et totalement écrit dans sa réalisation.

Robot, c’est le regard interrogatif de Blanca Li sur un monde habité, animé, par les machines et la transformation de notre propre rapport au monde dans ce contexte. La présence des machines nous rend-t-elle moins humains, nous apporte-t-elle des solutions inédites, la zone d’influence entre humains et machines est-elle faite d’interactions, d’échange émotionnels, de nouvelles capacités créatrices ? Toutes ces questions semblent posées dans ce spectacle foisonnant.

Robot, Blanca Li©Laurent Philippe
Robot, Blanca Li©Laurent Philippe

Huit danseurs sur scène, associés à une demi-douzaine de robots NAO (Aldebaran Robotics), ainsi qu’aux automates musicaux des japonais du collectif Maywa Denki et en coulisse les ingénieurs qui programment les petits NAO.

Robot commence comme un film de science-fiction avec projection d’images sur le corps d’un danseur dont toute la structure devient visible : squelette, système sanguin, muscles pour se muer sous nos yeux en homme-machine dont on peut s’amuser à retrouver les références aux robots connus, au fil des transformations.

Robot, Blanca Li ©Laurent Philippe
Robot, Blanca Li ©Laurent Philippe

On est ensuite plongé dans un univers d’usine déjantée qui rappelle la modernité incontrôlée des Temps modernes de Chaplin, univers où l’humain par nécessité de rationalité économique se robotise peu à peu dans la répétition gestuelle nécessaire à toute production standardisée. Puis les automates musicaux occupent le plateau et de façon paradoxale crée une ambiance d’une poésie incroyable ou la musique, l’humour, la beauté des machines remplacent des humains qui ont oublié leurs émotions.

Robot, Blanca Li©Laurent Philippe
Robot, Blanca Li©Laurent Philippe

Enfin, on assiste à la collaboration entre les danseurs et les émouvants petits NAO. Très beau duo, entre un danseur et son robot, qui pourrait être un petit enfant fragile et maladroit mais avide de reproduire ce que son modèle lui propose, moment jubilatoire et décalé lorsqu’un NAO, vêtu d’une robe à paillette et d’un boa de plumes rose chante Besame mucho, entouré d’un quatuor de danseuses façon chorus girls.

On apprécie aussi la qualité des danseurs qui se livrent à un véritable marathon chorégraphique d’une heure trente non stop, dans un intense engagement physique. On vibre avec eux, on tremble parfois tant l’encombrement du plateau les oblige à des prouesses de vigilance et de technicité et l’on partage leur enthousiasme joyeux.

Robot, Blanca Li©Laurent Philippe
Robot, Blanca Li©Laurent Philippe

Robot, nous réconcilie avec les machines, partenaires de danse, de poésie, utiles dans nos vies, Blanca Li nous montre qu’on ne doit pas en avoir peur mais jouer de et avec leur présence. C’est aussi la première fois que cette technologie fascinante fait partie intégrante d’un spectacle de danse avec des humains à proprement parler.

Ce n’est pas un hasard que le robot choisi soit NAO, car il s’agit d’un modèle « humanoïde », doué d’un sens de l’équilibre assez évolué, pour se mouvoir sur deux jambes (et non sur des roulettes ou autres). De plus, ses articulations nombreuses permettent des gestes très élaborés. D’ailleurs, il est souvent programmé pour danser, ce qu’il fait le mieux (et pas servir le café, passer l’aspirateur, aider les personnes âgées, etc.). Enfin, petite poussée chauviniste, ce robot parmi les plus évolués à l’heure actuelle, est conçu par une entreprise française, Aldebaran Robotics.

Par le passé, les robots à vocation grand public (pas seulement NAO, mais aussi PaPeRo de NEC, ASIMO de Honda, les Toyota Partner, EMIEW de Hitachi, AIBO de Sony, pour ne citer que les plus connus) ont eu l’occasion de réaliser des démonstrations de leur grand technicité.

Ces présentations (parfois musicales) font le bonheur du public lors de grands évènements, tels l’Exposition Universelle au Japon en 2005, ou lors des fameuses Robocup (compétition de football de robot). Soulignons que leur intégration dans un spectacle est un réel exploit technique. Si sur scène, ils laissent une impression de synchronisation naturelle dans les enchaînements, il ne faut pas oublier la somme phénoménale de travail que cette pièce représente, aussi bien de la part des techniciens, des danseurs et ingénieurs/artistes concepteurs de ces instruments.

Un grand spectacle pour tout public !

Robot! (extraits) Compagnie Blanca Li from Blanca Li on Vimeo.

 

Spectacle vu au festival de Vaison-Danses 2014 au Théâtre Antique.

 

Pour en savoir plus sur le spectacle et le calendrier des tournées

Un film sur Robot! sortira au mois d’octobre 2014 : en savoir plus

 

Image de Une, Robot de Blanca Li, crédit photo Laurent Philippe.

Written By
More from Véronique

Stage pré-rentrée association Noun

Nous faisons le relais ci-dessous d’un stage de pré-rentrée proposée par Sylvie...
Read More