« XX-Riots » de Modjgan Hashemian, Poignantes corrélations dans l’action

XX Riots, Modjgan Hashemian © Wagner Carvalho

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L’œuvre de la chorégraphe iranienne Modjgan Hashemian s’évertue à retracer des scènes du quotidien, dénonçant les incohérences d’un état totalitaire ou les inégalités hommes/femmes, comme c’est le cas dans sa dernière pièce, XX-Riots. L’art comme revendication, voilà pour elle un thème en harmonie complète avec l’actualité. Le Ballhaus Naunynstrasse à Berlin (Kreuzberg), petit théâtre grandement engagé, fait partie de la Freie Szene, cette scène indépendante qui défend l’incroyable diversité des productions berlinoises. Une scène off qui se distingue ainsi de la culture officielle et établie (et peut-être trop subventionnée), représentée par les grands établissements nationaux…

XX-Riots, Modjgan Hashemian © Ute Langkafel

« La douleur est un sentiment que l’on apprend à supporter. Si tu ne peux parler de tes sentiments à personne, alors expose-les au sac de sable. » Hashemian donne à XX-Riots un caractère de défoulement, que cinq danseuses explorent à travers divers clichés et images. Première scène et effet optique réussi : le plateau prend les allures d’un ring qui se reflète dans des miroirs suspendus. Des photos de boxeuses berlinoises, de femmes ninjas iraniennes et de catcheuses boliviennes dénommées les « Cholitas », se succèdent. Des femmes fortes, indépendantes, tout du moins extérieurement. Qu’en est-il de leur état d’âme ? Les danseuses, reflets de ces combattantes, tentent de s’extraire du ring, composé de longs bandeaux blancs en élastique. Elles s’en enroulent et s’en démêlent, s’en recouvrent et s’en découvrent. Elles les esquivent aussi, comme si les bandeaux étaient devenus des rayons laser. Puis, elles s’en échappent pour s’échauffer à la corde à sauter et s’affronter au rythme de leurs manches en bois…

Le sport et l’art seraient-il des vecteurs d’expression implicites ? Peut-être, mais il existe pourtant une différence entre la danse et le sport de combat : la boxeuse, par exemple, va développer son propre rythme pour déstabiliser son adversaire alors que la danseuse, elle, cherchera à être en harmonie avec le tempo de sa partenaire. En quête de parallèles, Hashemian métamorphose ces relations plus ou moins conflictuelles pour en composer une seule et même partition chorégraphiée, très physique. Qui en sortira gagnante ? La plus frêle (Lysandre Coutu-Sauvé), poitrine dénudée, qui sera stigmatisée au rouge (à lèvres) ? Ou la plus forte (Judith Nagel), qui exposera avec fierté ses tablettes de chocolat et ses pectoraux ? À vous de choisir mais chacune d’entre elles entrent en scène comme sur un ring, décidées à en découdre.

Les cinq battantes s’approchent, s’agrippent, s’empoignent. Sur une cadence d’enfer, le corps à corps, parfois au ralenti, demeure brutal, les chutes s’enchaînent. Avec humour, Hashemian transfigure les mimiques de ces danseuses ninjas, qui se livrent, entre autres, une bataille infernale… de chatouilles ! Puis, allongées, elles évoluent de façon à ce que leurs mouvements se réverbèrent sur le miroir, comme si elles escaladaient un mur, de haut en bas, ou comme si elles se réincarnaient en formes de jeux vidéo à la Tetris.

XX-Riots, Modjgan Hashemian © Ute Langkafel

Peu importe l’action, la trame militante de XX-Riots s’imbrique dans la réalité de la femme et dans l’histoire du féminisme. Une lutte universelle, synthétisée en une heure top chrono, au cours de laquelle les danseuses auront perdu des tonnes de calories. Vous aurez gagné une soirée tout en originalité, et en même temps appris à ne jamais cesser de respecter le combat d’une femme : Go – Break – Go!

XX-RIOTS de Modjgan Hashemian, avec Lysandre Coutu-Sauvé, Simone Detig, Filimatou Lim, Judith Nagel, Antonia Zagel.
Ballhaus Naunynstrasse, du 6 au 10 octobre

Crédits Image de Une :

XX Riots, Modjgan Hashemian © Wagner Carvalho

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