Louise Lecavalier me file le blues

C’est le festival Séquence Danse au CentQuatre à Paris, et voilà le retour attendu de la grande muse d’Édouard Lock, une des plus grandes interprètes de la danse contemporaine, Louise Lecavalier, qui nous présente son spectacle So Blue.

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Après l’avoir vu danser pour Lalala Human Steps, Tedd Robinson ou encore Crystal Pite, et surtout après sa venue très remarquée au Théâtre de la Ville avec Children de Nigel Charnock et A Few Minutes of Lock on entre dans la salle avec un a priori extrêmement positif… qui sera malheureusement déçu.

En effet, So Blue voudrait nous inviter à la transe, mais celle-ci peine à dépasser le corps de son interprète principale, la faute non seulement à une matière chorégraphique souvent pauvre qui nous donne à voir une sorte de solo de rave party organisé, mais également à une interprétation souvent renfermée sur elle-même. Loin de lui rendre service, on subit une bande son aux sonorités électro cheap, peu inspirée et particulièrement monotone sur les 50 minutes que dure le spectacle. Le système de sonorisation du CentQuatre n’est pas non plus hors de cause, à moins qu’il ne réponde ici qu’à la demande de l’équipe technique de la compagnie, et peine à offrir au public cette sensation de pression acoustique qui serait nécessaire pour se sentir plus impliqué dans ce qu’on voit. En lieu est place, le son se perd et se délite au sein de la cage de scène pour finalement nous atteindre mollement sans manquer pourtant de nous fatiguer. Enfin, la création lumière prend le parti de souvent tout dévoiler, et n’aide toujours pas l’interprète à émerger de la scène en proposant de surcroît un découpage qui rend immédiatement prévisibles les quelques bonnes variations dynamiques de l’interprète plutôt que de les accompagner en temps et en heure.

Louise Lecavalier et Frédéric Tavernini
Louise Lecavalier et Frédéric Tavernini

Puis entre en scène Frédéric Tavernini, impressionnant quelques semaines plus tôt chez Dave St-Pierre ou encore chez Danièle Desnoyers et remarqué l’année dernière dans le Gravel Works de son compatriote. On espère que le spectacle va se lancer avec son arrivée et on déchante rapidement lorsqu’on le voit à son tour emprunter un air léthargique et absent, fermant fréquemment les yeux pour s’enfermer dans sa pratique, dans un rôle à l’opposé de la générosité habituelle de tout ce qui nous arrive du Québec.

Heureusement une seconde entrée en scène de ce partenaire nous réconcilie en quelques secondes avec les deux interprètes dont on attendait tant. On retrouve des danseurs qui souhaitent partager leur pratique, transmettre un mouvement, lorsqu’ils s’engagent dans un pas de deux hypnotique. Il est évidemment bien difficile de ne pas danser ensemble lorsque l’on se retrouve dans un pas de deux et de ne pas se montrer à l’écoute dans les portés qui initient cette séquence, mais cette ouverture vas bien au-delà et l’on sent les interprètes investir enfin toute la scène et nous attirer à eux. De quoi nous décevoir d’autant plus du parti pris quelque peu solipsiste de l’essentiel du spectacle.

Enfin pour nous quitter, une nouvelle ambiance s’installe…

…pendant 20 secondes puis s’étiole dans un fade out qui nous laisse pantois. Mais pourquoi donc nous inviter dans cet espace neuf pour le laisser mourir aussi sec sans saveur ?

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En définitive, on sort un peu énervé et extrêmement déçu et ce surtout parce que le spectacle laisse entrevoir un énorme potentiel qui s’avère abimé par tout ce qui accompagne la danse, musique et lumière, ainsi que par les choix de facilité de la composition chorégraphique. On aura tout de même toujours hâte de retrouver ces interprètes en scène, en espérant qu’ils soient mieux accompagnés pour leurs créations futures.

Ce spectacle était présenté dans le cadre du Festival Séquence Danse au Cent Quatre jusqu’au 16 mars : plus d’info ici.

So Blue sera le 8 mars au CCN de Roubaix.

Photos de Une : Louise Lecavalier dans So Blue @le 104

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