“Les yeux dans les yeux”, Fontaine-Cottreau : de l’art de regarder la danse

Spinoza et le regard. Vous avez deux heures.

Pas besoin de copies doubles ici, et Madame Rousseau, acariâtre professeur de philo, peut disposer. Cette fois-ci, le cours sera dansé, incarné par Geisha Fontaine et filmé par Pierre Cottreau, qui accordent cinéma et danse dans leur nouvelle création Les yeux dans les yeux.

Introduction
Pour réveiller un regard, quoi de mieux qu’un lent effeuillage ? La danse est lancinante. Le kimono glisse à terre, égaré par des gestes hypnotiques. Un masque tombe pour laisser apparaître un crâne nu. Le regard chauffé à blanc, dur d’acier, de Geisha Fontaine s’étonne: “Sait-on ce qu’on regarde ?“. La problématique est posée.

Première partie – De l’optique
Nous sommes en quête d’un manuscrit. Celui du Traité de l’Arc-en-ciel, écrit par Baruch Spinoza, le célèbre philosophe. Il y a plusieurs siècles, il l’a envoyé aux éminences nippones, qui l’ont perdu au “last stop“, ce Japon où tout s’égare pour y rester.
Mais un train parcourt l’archipel nippon. De courbettes infinies en sourires timides, le précieux ouvrage est retrouvé. En mandarin ancien. Peu importe. Le cours de philosophie peut commencer.

Deuxième partie – Le prisme du Japon
De sa voix dorée par les accents du soleil, Geisha Fontaine pose une question, celle de Spinoza. “Le regard modifie-t-il ce que l’on regarde ?”. Elle s’alarme: “Que devient la puissance d’action de la fleur dans le regard cynique ?

Sur l’écran, observés par la caméra de Pierre Cottreau, les Japonais livrent des réponses. Ils écartent leurs jambes. Y glissent leur tête renversée. Le paysage bascule. Voici l’objet regardé chamboulé par notre action de regarder. Un Japonais fixe la caméra, il rougit. Nous rougissons.

Geisha Fontaine reprend: “Regardez-moi danser. Vous dansez !” La rétine du spectateur enregistre les mouvements; ils lui échappent; le spectacle devient vivant. “Voir, c’est faire“, s’exclame la danseuse philosophe.

Troisième partie – Le cadeau
Oui, mais le regard n’invente-t-il pas non plus? Face au doux papier de soie qui entoure un cadeau encore inconnu, notre regard espère, explique Geisha Fontaine. Et si notre regard était la seule véritable force créatrice? Et si c’était lui qui dansait? Les questions de Spinoza hantent la danse depuis toujours – mais ce soir, Geisha Fontaine et Pierre Cottreau ont réussi à nous les offrir.

Conclusion
Madame Rousseau, professeur de philo, a bien de soucis à se faire.

Les yeux dans les yeux, par Pierre Cottreau et Geisha Fontaine. Au Centre National de la Danse, du 20 février au 22 février 2013. De 11€ à 18€. 

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