« Le Concours de Danse », sortie le 12 décembre

« Le Concours de danse » (First Position) est un film documentaire de Bess Kargman qui suit 6 (très) jeunes finalistes du Young America Grand Prix, un concours de renommée internationale pour la danse. Déjà récompensé au San Fransisco Doc Fest, au Dallas Film Festival et bien d’autres, nominé au Sundance et à Vancouver, ce film est un véritable plongeon dans le monde féroce et beau d’un des plus grands concours de danse.

« Les enfants qui poursuivent une carrière de danseurs renoncent à une grande partie de leur enfance », Michele, mère d’Aron.

Jules Jarvis Fogarty, 10 ans, Aran Bell, 11 ans, Gaya Bommer Yemini, 11 ans, Miko Fogarty,  12 ans, Michaela DePrince, 14 ans, Joan Sebastian Zamora, 16 ans, et Rebecca Houseknecht, 17 ans sont tous finalistes du YAGP. Depuis qu’ils savent marcher, ils dansent. Animés par une passion sans limite et une force déconcertante, ils ont gravi les échelons d’un concours sans pitié.

Un travail d’équipe?

L’intérêt principal de ce film réside en ce qu’il nous emmène « backstage » : dans le quotidien des compétiteurs. La réalisatrice croque des moments forts de l’entourage des jeunes danseurs : parents, frères et soeurs, entraîneurs,  tous sont mobilisés et impliqués presque autant que les compétiteurs eux-mêmes.

La famille d’abord, qui s’organise entièrement pour soutenir une potentielle carrière. Le père d’Aron, militaire, s’engage au Koweit pour éviter à son fils de devoir déménager loin de son école de danse. La mère de Miko et JJ ne veut pas écouter ses amis qui lui disent qu’elle s’implique trop dans la carrière de ses enfants. Elle finit par ne vivre que pour celle-ci; quand elle apprend que son fils n’aime finalement pas la danse classique, elle s’écroule. Leur père lui, déclare : « Je n’ai pas à me sentir coupable d’être entrepreneur et de ne pas avoir de temps pour mes enfants : ils travaillent encore plus dur que moi ».

Les professeurs de danse (voire professeurs particuliers, quand les parents en ont les moyens) « sculptent » littéralement leurs poulains à l’image qu’ils souhaitent, même s’il faut transformer « l’aigle » Michaela, la jeune danseuse black, si musclée, en doux « cygne blanc ». Cela passe par une pression permanente, comme en témoigne une scène très courte, mais pourtant clé : l’entraîneur de Joan-Sébastien et son protégé montrent leurs coups-de-pieds à la caméra. Un amusé mais cinglant : « Le mien est mieux » sort de la bouche du mentor. Implacable.

Pression physique, pression psychologique.

Beaucoup d’entres nous, adultes, ne pourrions pas supporter une telle pression, psychologique mais aussi physique. Fatigue, entraînement incessant, blessures douloureuses, n’empêchent pas les jeunes talents de persévérer, toujours retourner sur scène.

Les parents, qui investissent leurs vies, n’oublient pas de le faire savoir à leurs progénitures. Au dîner, les parents de Rebecca énumèrent les dépenses effectuées pour elle, en concluant : « On espère que ça va servir à quelque chose ». Au bout de la table, Rebecca ne bronche pas, et sourit, gênée.

Toujours sourire, jamais craquer : même après une chute sur scène, mais après des échecs, les jeunes danseurs ne témoignent jamais de faiblesse, remontent sur leurs pointes et se relancent. C’est bien ce qui les caractérisent : jeunes, souples et malléables (au sens propre comme au figuré), ils doivent aussi prouver être en acier trempé.

Le public de danse ne sera pas surpris que le superbe des représentations demande une rigueur extrême, mais l’habitude de voir des adultes sur scène fait oublier que celle-ci commence si tôt dans la vie des danseurs qui nous émerveillent. Même les explosions de joie des gagnants du concours qui closent le film, ne parviennent pas à effacer le goût amer qu’a le fait de connaître le prix à payer pour vivre de sa passion.

 

« Le Concours de danse », même s’il tire parfois des ficelles un peu faciles pour émouvoir ses spectateurs, reste un bon documentaire. Tout en s’adressant au « grand public », il nous plonge dans une réalité peu connue, sans craindre de montrer la difficulté et la violence que peuvent avoir les concours de danse.

 

Bande-annonce :

 

Le moment « larmoyant » :

Michaela, une des finalistes, est une enfant adoptée, née au Sierra Leone, pays détruit par les guerres civiles. La beauté de l’histoire nous vaut un passage mélancolique au piano (ça aurait pu être des violons).

Le moment « chou » :

Quand le frère de Miko, « JJ », 10 ans, raconte qu’il est meilleur en « sourire » qu’en technique, et qu’on a droit à la vidéo d’archive de son gala de l’école où il arbore un superbe costume en satin vert.

Le moment « oh c’est dur » :

Rebecca, 17 ans, effectue parfaitement son enchaînement de triple-pirouettes en répétition, mais trébuche quand elle est sur scène, dans son joli tutu bleu. Sa mère, dans le public, s’arrache les cheveux, le jury fait la moue. La tension est palpable.

Le moment « un peu de bonté dans ce monde de brute » :

Quand Gaya 11 ans, et son ami Aran, qui lui a fait découvrir et aimer la danse classique, s’amusent à imiter des vieillards qui saluent. On peut être amoureux et passionnés, à 11 ans ! Un plaisir de les voir remporter les demi-finales.

Le moment « cliché quand tu nous tiens » :

Dans la chambre de Rebecca, plus rose que l’intérieur d’un coeur de Bisounours : elle raconte que son surnom à l’école, c’est « Barbie », parce qu’elle est blonde, qu’elle peut se plier dans tous les sens, et qu’elle aime le rose. Elle a choisi la danse parce qu’elle peut s’exprimer, contrairement à quand elle parle.

Le moment « Waouh » :

Ou plutôt, « LES » moments : à chaque performance des jeunes danseurs, on retient son souffle, tant le talent de ces jeunes artistes est ahurissant.

Le moment « suspense » :

Quand on croit que notre chouchou n’est pas sur le podium, et qu’en fait… Je vous laisse voir le film pour connaître la fin !

 

« Le Concours de Danse », en salles le 12 décembre.

Le site officiel : ici.

Gagnez des places sur le site de la FFD ou sur le blog Danses avec la plume.

Pour aller plus loin : le dossier de « The Dancing Plague » sur la compétition.

Bonne séance !

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