La danse est parmi nous ! Interview du photographe Jordan Matter

Jordan Matter Photography - Dancers among us

Imaginez un monde où l’on traverse les passages piétons en grands jetés, où l’on fait du shopping en arabesques, ou encore où l’on fait des pirouettes sous la douche. Ce monde, Jordan Matter l’a photographié, et en a fait un livre : Dancers among us (« La danse est parmi nous »). Best-seller depuis sa sortie il y a 2 mois, il émerveille par son audace et son originalité. Il a accepté de répondre aux questions de C’est Comme Ca qu’on Danse depuis son appartement New Yorkais grâce à la merveille de la technologie qu’est Skype.

Jordan Matter

 

Qui êtes-vous Jordan Matter ?

 

JM : Le jour, je suis photographe, à New York. Et puis, il y a quelques années j’ai eu l’idée de photographier des danseurs, en regardant mon fils Hudson jouer avec son petit autobus en bois. Il témoignait tellement d’enthousiasme, que je voulais trouver un moyen de transmettre cette énergie grâce à mes photos. J’ai donc demandé à des danseurs d’ « améliorer » des moments du quotidien, c’est comme ça que Dancers among us est né.

Pourquoi avez-vous choisi des danseurs ?

JM : Parce que les danseurs utilisent leurs corps pour raconter des histoires. Leurs capacités physiques leurs permettent d’effectuer des mouvements qui émerveillent, ce qui offre de très grandes opportunités photographiques.

Jordan Matter

 

Quand avez-vous été atteint du virus de la photographie ?

JM : Assez tard en fait, alors que j’étais au sommet d’une montagne, et que j’essayais de photographier le paysage, sans succès… En redescendant, je me suis dit que je devrais prendre un cours de photo. Quand j’ai vu mes premiers tirages, j’ai eu une révélation.

Avez-vous eu la même révélation avec la danse ?

JM : Ca a été la même chose la première fois que j’ai photographié des danseurs. J’ai découvert la danse en commençant mon projet de livre ; j’avais été engagé comme photographe par la compagnie de Paul Taylor, comme portraitiste. C’est avec ses danseurs que j’ai commencé la série Dancers among us.

Quelles émotions essayez vous de transmettre dans vos photographies ?

JM : J’aimerais que les gens trouvent du bonheur dans leurs vies quotidiennes. La plupart du temps, mes photos font sourire, elles rendent heureux. Ce qui est surprenant, c’est que même les enfants réagissent de cette manière. Mais un des sept chapitres du livre est consacré au deuil. Finalement, le message que j’essaye de transmettre est que chacun saisisse chaque moment de sa vie. Il y a toujours de la beauté autour de nous, il suffit de la regarder.

Jordan Matter

Pensez-vous que le succès de votre livre ait un rapport avec le succès des flashmobs, ces regroupements de danse qui apparaissent soudainement, dans la rue ?

JM : Effectivement, la danse est une pratique universelle, nous l’avons tous un peu à l’intérieur de nous. Elle a aussi quelque chose de collectif. A chaque shooting, les passants s’arrêtaient pour nous regarder, s’amuser, et parfois même participer.

Est-ce que vous trouvez plus difficile de prendre des photos de danseurs dans des contextes plus « traditionnels », comme… un studio de danse, par exemple ?

JM : Je trouve que beaucoup de photographes l’ont fait avant moi, je préfère me concentrer sur ce que je sais faire !

Jordan Matter

Quelle serait votre photo de rêve ?

JM : Cela va paraître si simple… Ma photo de rêve serait de capter le moment le plus intime entre mes enfants. Pour moi la photo est quelque chose de très personnel, je ne cherche pas à représenter le monde. Or mes enfants, et ma femme, sont ceux qui me sont le plus intime, c’est pourquoi les photographier est, pour moi, la photo parfaite.

Juste en dessous, il y a la danse bien sûr !

Vous avez aussi exploré l’intimité dans une série précédente, dans laquelle vous avez pris en photos des poitrines de femmes qui posaient en public. Y a-t-il une continuité dans votre travail sur Dancers among us ?

JM : L’approche était similaire, la série « Uncovered » portait sur la vie quotidienne. Le corps de la femme, la perception qu’elles en ont, est un sujet très lourd dans nos sociétés. Mon travail consistait en faire poser ces femmes en public, et les faire parler de leurs regards sur leurs propres corps.

Chez CCCD, nous apprécions votre esprit connecté : vous avez un blog, vous avez trouvé vos danseurs sur Twitter. Est-ce que, comme nous, vous aimez faire danser le web, plutôt que le faire surfer ?

JM : Complètement, rien de tout ça ne serait arrivé sans les médias sociaux ! C’est le succès de mes premières photos sur internet qui a fait le succès de mon livre.

Jordan Matter

 

Maintenant que vous travaillez avec des danseurs, vous devez connaître certains mots français, non ?

JM : Oh yes ! « Arabesque »… En fait, étant donné que je n’ai jamais pris un cours de danse, je manque terriblement de vocabulaire. Je dis « sur les orteils » au lieu de « sur pointes », par exemple. Aujourd’hui, je m’améliore, mais j’aurais du mal à définir chaque terme

A quand le voyage à Paris ?

JM : Je viens d’être contacté par un festival qui souhaite faire une exposition en 2014. Pendant que je serai là, je chercherai très certainement des danseurs pour continuer ma série !

Interview de Jordan Matter par Rachel, pour C’est Comme Ca qu’on Danse, décembre 2012.

 
 

En savoir plus : http://www.dancersamongus.com/

Crédits photos : Jordan Matter Photography

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