DBDDBB, une pièce énigmatique à l’image de son titre

© Frédéric Iovino
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Le chorégraphe américain Daniel Linehan présentait sa nouvelle pièce intitulée DBDDBB le 3, 4 et 5 novembre 2015 à l’Opéra de Lille (on vous en parlait ici). À partir d’une simple marche et de poèmes du courant artistique Dada, cinq danseurs entretiennent une relation intime entre la voix et le mouvement.

Dans DBDDBB, la voix des danseurs prédomine le mouvement. Elle implique des effets de résonance dans leur corps et influe le cours d’un mouvement. C’est elle qui porte la pièce. Les danseurs maitrisent leur voix et jouent avec. Malgré l’effort exigé aux corps de réaliser plusieurs choses à la fois, les danseurs manient avec brio le chant et la danse.

La voix, l’unique instrument sur scène.

Pour l’entendre pleinement, vous l’aurez compris, la voix est l’unique instrument sur scène. L’addition des voix des cinq danseurs dégage un réel rythme dont les danseurs se servent pour façonner une danse pleine de nuances. Ils s’ « auto-instrumentent ». Audacieux !

Comment arrivent-ils à proposer en un même temps une chorégraphie et une partition vocale ? Anneleen Keppens, une danseuse de la compagnie, dont le physique épouse parfaitement le style De Keersmaeker – grande et fine, cheveux coupés à la garçonne et qui en plus d’être diplômée de PARTS est danseuse dans Drumming, la pièce maitresse de De Keersmaeker – répond lors de la rencontre artistique organisée après le spectacle du 4 novembre « Vous savez, on répète des mouvements toute la journée. Les paroles, c’est le même exercice, ni plus ni moins difficile ».

© Frédéric Iovino
© Frédéric Iovino

 

Une rythmique qui amuse et questionne le public.

Pour se construire, la pièce DBDDBB s’est nourrie de poèmes sonores du Dadaïsme. Au début de la création, le chorégraphe cherchait des textes, des matériaux produisant des effets rythmiques dans la voix plutôt qu’une réelle signification des mots. La succession de consonnes piochées dans les poèmes sert de réel support pour la danse.

Cette impossibilité à prononcer de manière correcte le titre indique la ligne de travail de la pièce : Essayer d’inventer une langue nouvelle. Selon Daniel Linehan, « DBDDBB est l’amorce d’une langue possible ». Le groupe s’approprie une langue fictive, ce qui lui  permet ainsi une meilleure communication interne.

De la chorégraphie aux costumes, en passant par la scénographie : tout a un sens.

DBDDBB est une pièce complète, exigeant à la fois du danseur une maîtrise parfaite de son corps et une connaissance des autres danseurs du groupe. Pour Daniel Linhean, la notion de collectif est très importante, tant elle permet d’exprimer une énergie commune, tant elle est libératrice pour le danseur lui-même. DBDDBB est l’acheminement d’une longue réflexion. Le chorégraphe a pensé à tout :  la scénographie et les costumes occupent une place importante, au même titre que la chorégraphie.

L’objet scénographique imaginé par Daniel Linehan se compose d’une structure métallique. De nombreux tubes d’aluminium de différentes tailles sont accrochés à la structure. À ces tubes, on observe des chaussures en résine rose semi transparente. Ces tubes sont parfois sollicités par les danseurs qui l’effleurent ou qui jouent avec. Ils marquent alors leur propre rythme, parfois en écho ou en contraste avec les danseurs.

Pour parler des costumes, Daniel Linehan parle de langage vestimentaire. À la manière du langage corporel développé dans cette pièce, l’idée était d’imaginer de nouvelles choses, de créer un langage propre aux vêtements qui prennent alors des formes atypiques.

Ce jeune chorégraphe de 33 ans est promis à un très bel avenir…

 

Crédits Image de Une : © Frédéric Iovino

 

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