Dancenorth invité du December Dance 18

Dans le cadre de cette douzième édition du December Dance Festival de Bruges, qui cette année s’intitule „Dancing Down Under“ et dédie une grande partie de sa programmation aux chorégraphes australiens et néo-zélandais, le plus grand festival de Belgique nous présente un panel éclectique de chorégraphes : Lucy Guerin, Anouk van Dijk, Sidi Larbi Cherkaoui, Serge Aimé Coulibaly, Melanie Lane, etc. S’il fallait n’en citer qu’un, ce pourrait être Kyle Page et sa compagnie australienne Dancenorth (Townsville)…

Attractor, Gideon Obarzanek & Lucy Guerin © Gus Kemp.


Attractor
s’ouvre sur une scène épurée. Au centre, le célèbre duo indonésien heavy metal Senyawa, composé de Rully Shabara et Wukir Suryadi. Notez que ce dernier a créé son propre instrument dénommé « bambuwukir », sorte de cithare en bambou, aussi tonitruant que mélodieux. Quant à Shabara, il oscille entre ululements et gémissements. Huit danseur.ses viennent s’asseoir autour d’eux…

Chorégraphié par Gideon Obarzanek et Lucy Guerin, Attractor a été créé en février 2017 à Melbourne dans le cadre du premier AsiaTOPA (Asia Triennial of Performing Arts). Une pièce au caractère participatif qui voit une vingtaine de spectateurs se joindre aux danseurs sur scène. Une unique heure de répétition en amont de la représentation et un très court briefing : les voilà partis à la recherche d’émotions fortes, évoluant aux côtés des interprètes, sans intimidation aucune. Des apprentis-danseurs étonnants de discrétion ou d’exubérance. La pièce ne gagnerait-elle toutefois pas à réduire la prestation des spectateurs ? Elle est un brin longue à mon goût et n’aurait nullement perdu en intensité si elle avait fait 10 ou 15 minutes de moins.

Attractor, Gideon Obarzanek & Lucy Guerin © Gus Kemp

Entre transe et danse, rituel et instinct, Attractor est une performance physique, brute, à l’univers sensoriel tout particulier. Un pot-pourri d’énergies et d’électrons libres. Une danse souple et fluide qui transpire d’émotions lourdes. Un chaos organisé, parfait, hanté à l’unisson par une pulsation primitive, animale, tribale. Les danseurs luttent, s’imbriquent et se dispersent. Les bras s’enroulent, les mains s’expriment, les colonnes se courbent. Les corps crispés se relâchent comme attirés par le sol, comme ancrés dans la terre. Mention spéciale à Samantha Hines qui nous offre un solo aux frontières de la folie, où le mouvement frénétique s’allie à une grâce électrisante pour laisser s’exprimer des mains, des coudes et des genoux tremblants, possédés. Tout son être, révulsé, fascine.

Les ensembles, d’une précision saisissante, envahissent l’espace par leur caractère fusionnel. Les lignes s’enchevêtrent pour toujours revenir former un organisme circulaire, énigmatique. On est indéniablement happé par l’impact de la forme qui, alliée à une dynamique toute particulière, ne cesse de captiver. Une œuvre puissante, poignante, tout en images et allégories, qui souligne la force créatrice de Dancenorth et l’éloquence de ses interprètes. Une compagnie à suivre de très près!  Info de taille : Attractor devrait être à nouveau programmé à Utrecht aux Pays-Bas en mai prochain…

 

OÙ ET QUAND ?
Stasschouwburg Brugge
7 décembre 2018

Crédits Image de Une : Attractor, Gideon Obarzanek & Lucy Guerin © Gregory Lorenzutti

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