Birds sur la branche, les drôles d’oiseaux de Sylvie Guillermin.

Nous vous l’avions annoncée ici et nous avons assisté à la première de la nouvelle création de la cie Sylvie Guillermin, Birds sur la branche donnée à Grenoble, sous chapiteau en novembre dernier. Un lieu propice à accueillir ce nouveau spectacle hybride, puisqu’il s’agit autant de danse que de cirque ou de musique.

Birds sur la branche, Cie Sylvie Guillermin (c) Jean-Pierre Maurin.

Birds sur la branche est annoncé par la chorégraphe comme un hommage au saxophoniste Charlie Parker, mais au-delà de la figure évoquée par un saxophone sur le plateau, il s’agit plus de rendre mémoire et d’une certaine façon justice à la communauté afro-américaine à travers le destin fulgurant et tragique du musicien. Destin qui reprend des thèmes chers à Sylvie Guillermin : l’exil, l’exclusion, la solitude, les destins fracassés. La vie de Charlie Parker semble cristalliser toutes ces thématiques tant, ce musicien de génie, fut habité de démons comme l’alcool, la drogue ou les femmes, addictions qui finiront par le détruire comme l’a fort bien montré le biopic, Bird que Clint Eastwood lui consacre en 1988. Le choix de rendre hommage au musicien à travers une pièce chorégraphiée est un pari osé car il fallait éviter les pièges de l’illustration ou de la dénonciation.

Rien de tout cela ici, Birds sur la branche est un hommage poétique, vibrant et intelligent.

Birds sur la branche, Cie Sylvie Guillermin (c) Jean-Pierre Maurin.

Mettant à profit des archives photographiques, un montage vidéo vient contextualiser l’époque. Dès les premiers moments du spectacle des images d’hommes, de femmes et d’enfants, anonymes ou célèbres, montés en boucle nous rappellent aussi la violence faite à cette communauté dans l’Amérique blanche des années 40 et 50. Violence qui se déroule aussi au plateau où une jeune femme de couleur est petit à petit encerclée par les autres danseurs et comme encagée par les photos qui grillagent alors l’espace scénique le transformant en une sorte de prison virtuelle, espace hostile comme la société de l’époque. De même l’utilisation des sangles, où les corps sont suspendus rappelle les scènes de lynchage, on pense bien sûr à Strange fruit et la voix de Billie Holliday s’invite dans nos têtes se superposant à celle du spectacle jouée en live par l’excellent Arash Sarkechik qui réinterprète des standards de Charlie Parker notamment.

Birds sur la branche, Cie Sylvie Guillermin (c) Jean-Pierre Maurin.

L’utilisation du mât mobile crée aussi un sentiment d’instabilité, de prise de risque ou d’ivresse selon la façon dont le circassien en use, douces oscillations comme méditatives, ou grand balancier qui balaie le plateau comme pour échapper au danger réel ou imaginaire. Mouvement pendulaire comme un battement de cœur ou d’ailes, les oiseaux de Charlie s’égaient aussi parfois gaiement sur la scène, seuls ou en groupe au rythme du be bop, la gaîté des soirées de tournée investit alors le plateau dans les sauts des danseurs, l’envol et le tourbillon des jupes.

Birds sur la branche, Cie Sylvie Guillermin (c) Jean-Pierre Maurin.

Dans ce spectacle, les limites se brouillent, le musicien et les circassiens dansent, les danseuses se suspendent et tous chantent en une scène qui raconte comment la musique peut souder une communauté. On ne peut que saluer les performances des interprètes et le travail d’articulation mené pour que les limites entre les différents champs se lissent sans qu’ils perdent leur identité.

Birds sur la branche, Cie Sylvie Guillermin (c) Jean-Pierre Maurin.

Un beau travail de groupe dont la maîtrise technique permet le surgissement poétique comme dans ce tableau où tous viennent sur percher sur un mat horizontal, qu’ils soient de paradis ou proches de l’enfer ces Birds sur la branche sont virtuoses et émouvants.

Birds sur la branche, Cie Sylvie Guillermin (c) Jean-Pierre Maurin.

Birds sur la Branche

Direction artistique Sylvie Guillermin Musique et interprétation Arash Sarkechik Interprétation Lilou Magali Robert, Lola Kervroëdan, Rachid Ouahman, Younes Essafy Scénographie lumière Manuel Bernard Décor et costumes Catherine Bechetoille Régie générale et son Pierre Lanoue Vidéo Julien Huraux Photographies Jean-Pierre Maurin Administration Roberta Giulio Diffusion Anna Colombo. Production : Association Poétiques Industries / Cie Sylvie Guillermin. En coproduction avec : École Nationale De Cirque Shems’y (Salé-Maroc), EPCC Le Grande Angle (Voiron), Théâtre Des Franciscains (Béziers), CDC Le Pacifique (Grenoble), Le Pot au Noir (Saint-Paul-lès-Monestier), Le Prunier Sauvage (Grenoble) Avec le soutien de : Région Auvergne-Rhône-Alpes, Département de l’Isère, Ville de Grenoble, Institut Français, SPEDIDAM, ADAMI

Birds sur la branche, Cie Sylvie Guillermin (c) Jean-Pierre Maurin.

En tournée

Vendredi 30 mars 2018 à 14h (scolaire) et 20h30, Le Pot au noir, Saint-Paul-les-Monestier 

Mercredi 4 avril 2018 à 20h et jeudi 5 avril 2018 à 10h (scolaire), Le Grand Angle, Voiron

Vendredi 6 avril 2018 à 14h15 (scolaire) et samedi 7 avril 2018 à 19h, L’Heure Bleue, Saint-Martin-D’Hères

Lundi 13 août 2018 à 21h, Tremplin Sport Formation, Campus de la Brunerie, Voiron

Vendredi 31 août et samedi 1er septembre 2018École nationale de cirque Shems’y, biennale Karacena, Salé, Maroc

Pour en savoir plus sur la compagnie Sylvie Guillermin c’est ici !

Images de Une visuel de Birds sur la branche crédit photo Jean-Pierre Maurin.

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