“Belle d’hier” de Phia Ménard

Phia Menard, photo de Gia To - http://giatophotography.com

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Nous avons eu l’occasion d’assister à la répétition générale de la nouvelle création de Phia Ménard, Belle d’Hier. C’était à Montpellier-Danse dans la salle magnifique de l’Opéra Comédie, une création pour l’édition 2015 du Festival.

« Un jour, ma fille, tu seras une princesse et tu rencontreras le prince charmant. »

Phia Ménard : “Avec Belle d’Hier, je m’attaque à la transformation d’un mythe. Je pose mon regard sur cette phrase transmise de générations en générations : « Un jour, ma fille, tu seras une princesse et tu rencontreras le prince charmant. ». Aussi anodine que puisse paraître cette petite phrase, elle n’en est pas moins l’ébauche du mythe hétéro-patriarcal qui voudrait que la femme soit sauvée de ce monde par l’arrivée de l’homme !”

Phia Menard, photo de Gia To - http://giatophotography.com

Phia ajoute : “Je suis d’une génération nourrie de révolutions inachevées. Celle d’une libération de l’être plus que d’une revendication de son égalité. Je suis une femme en devenir et je pense l’être jusqu’à la fin. Je m’approprie chaque jour de nouveaux codes pour les tester, les digérer et les reproduire pour faire disparaître les doutes quant à mon identité. Je joue le jeu pour comprendre et sûrement y trouver l’apaisement d’une place. Peut-on avoir pour volonté de devenir dupe ? Je ne le pense pas, peut-être acceptons nous d’être dupé par romantisme ?”

Phia Menard, photo de Gia To - http://giatophotography.com

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C’est donc sur ces propos que nous découvrons ce spectacle pour le moins déconcertant. Le premier tableau nous plonge dans un monde irréel, avec l’installation sur scène de véritables chambres froides d’où sortent les protagonistes. Cinq personnes protégées de combinaisons antigel, déménagent des statues frigorifiées, faites de tissus et de bâches. Elles s’attèlent à leur tâche minutieusement, lentement, très lentement. Ensuite, nous attendons.

Nous attendons que ces statues fondent avec la température ambiante. Nous apprenons donc là, la patience. Au bout d’un certain temps, les intervenantes commencent à défaire les statues avec un tuyau d’arrosage. De là s’enclenche une course folle pour ranger toutes ces bâches, les plier, les pendre. Puis vient la corvée de lessive, avec les seaux, les bâtons, les essorages et l’étendage.

Phia Menard, photo de Gia To - http://giatophotography.com

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Un peu comme dans Les Temps modernes de Chaplin, la frénésie du travail et la répétition des tâches sont rythmées par une bande-son stressante, à la limite de l’oppressant.

Les “Belles” mettent du coeur à l’ouvrage, jonglent et se balancent les serviettes. Elles ne lésinent pas sur les efforts pour asperger la scène, et se jettent dans l’eau glacée quand il le faut. Pour protéger le public, un cristal est rapidement baissé pour éviter d’éclabousser les premiers rangs, mais aussi pour contenir les effets fumigènes.

Avec Belle d’Hier, Phia Ménard cherche à déconstruire le mythe du Prince Charmant, symbolisé par ces statues frigorifiées. Les princesses, même habillées en petites robes sages, n’ont rien de figures naïves et virginales. Dans les tâches ménagères, elles prennent grand plaisir à maltraiter les représentations du Prince. Elles prennent leur destin en main, et ne comptent pas s’appuyer sur une présence masculine. Au final, quand la corvée est enfin terminée, elles enlèvent carrément leur apparat de princesse.

Provocant, déconcertant, il est clair que Phia Menard a cogité une oeuvre qui ne laissera pas indifférent. On peut applaudir l’audace, mais tout autant détester ce parti pris.

Malgré la réflexion féministe, il sera difficile pour les passionnés de danse d’y trouver leur compte.

TOURNEE A VENIR

DU 3 AU 9 OCTOBRE 2015 : THÉÂTRE DE LA VILLE PARIS

DU 3 AU 6 NOVEMBRE 2015 : LE LIEU UNIQUE, SCÈNE NATIONALE DE NANTES

18 & 19 NOVEMBRE 2015 : LE THÉÂTRE, SCÈNE NATIONALE DE SAINT-NAZAIRE

24 & 25 NOVEMBRE 2015 : ESPACE MALRAUX, SCÈNE NATIONALE DE CHAMBÉRY

3 & 4 DÉCEMBRE 2015 : LE CRATÈRE, SCÈNE NATIONALE D’ALÈS

13 & 14 JANVIER 2016 : LE CARRÉ, SCÈNE NATIONALE DE CHÂTEAU-GONTIER

21 & 22 JANVIER 2016 : THÉÂTRE DE CORNOUAILLE, SCÈNE NATIONALE DE QUIMPER

3, 4 & 5 FÉVRIER 2016 : LA CRIÉE, SCÈNE NATIONALE DE MARSEILLE

10 & 11 MARS 2016 : LES QUICONCES-L’ESPALTHÉÂTRES, LE MANS À L’ESPAL

16 & 17 MARS 2016 : LE GRAND R, SCÈNE NATIONALE DE LA ROCHE-SUR-YON

25 & 26 MARS 2016 : LA BRÊCHE, PÔLE NATIONAL DES ARTS DU CIRQUE DE BASSE NORMANDIE/CHERBOURG

31 MARS & 1ER AVRIL 2016 : LA COMÉDIE DE CAEN, HÉROUVILLE SAINT CLAIR

27, 28 & 29 AVRIL 2016 : LE MAILLON, THÉÂTRE DE STRASBOURG

11 & 12 MAI 2016 : LE QUAI, FORUM DES ARTS VIVANTS ANGERS

19 & 20 MAI 2016 : THÉÂTRE LES TREIZE ARCHES, BRIVE-LA-GAILLARDE

26 MAI 2016 : THÉÂTRE D’ORLÉANS

DISTRIBUTION

Idée originale et scénographie : Phia Ménard
Dramaturgie et mise en scène : Phia Ménard et Jean-Luc Beaujault
Création et interprétation : Isabelle Bats, Cécile Cozzolino, Géraldine Pochon, Marlène Rostaing, Jeanne Vallauri
Composition sonore et régie son : Ivan Roussel
Création lumière et régie lumière : Alice Rüest
Création robes et costumes : Fabrice Ilia Leroy
Régie générale et plateau : Pierre Blanchet
Régie plateau : Mateo Provost
Régie des glaces : Rodolphe Thibaud
Construction décor et accessoires : Philippe Ragot assisté de Angela Kornie
Photographies : Jean-Luc Beaujault
Administration, diffusion : Claire Massonnet
Chargées de production : Honorine Meunier et Clarisse Mérot
Chargé de communication : Adrien Poulard

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