Aloalii Tapu et son Haka pulsion

8

nan

Vous l’aviez peut-être déjà applaudi dans Golden Stars on Blue, une pièce signée également Christoph Winkler, qui interrogeait les déviances et compromis de l’Europe à travers ses symboles. L’atypique danseur néo-zélandais Aloalii Tapu revient dans Urban Soul Café pour un solo autobiographique où il est cette fois question d’identité, de mélange des cultures et d’interprétations introspectives.

Christoph Winkler aime guider ses interprètes pour qu’ils développent une vision propre, brute de leur danse. Patient et généreux, le chorégraphe berlinois a su canaliser les différents caractères d’Aloalii Tapu pour réaliser une œuvre véritablement authentique : tout est dit, spontanément, et le public y croit, se sent tout de suite concerné. Sur fond de décor minimaliste et un brin disco (rideau et short argentés), la pièce relie par le corps et le mouvement l’histoire d’Aloalii Tapu, racontée par la danse, le chant ou le texte. Elle soulève de nombreuses interrogations : comment peut-on danser comme un blanc alors qu’on est néo-zélandais, comment s’opère l’apport d’une personne vis-à-vis de sa culture d’adoption ? Aucune comparaison, mais juste un aperçu des deux : Aloalii Tapu a grandi avec ses histoires (évoquées par ses parents et amis via des vidéos), et elles en croisent aujourd’hui d’autres, ici.

Urban Soul Café, Aloalii Tapu © frischefotos.de
Urban Soul Café,
Aloalii Tapu © frischefotos.de

 

Deux événements ont forgé le jeune danseur : il a participé en 2003 au Sacre du printemps revisité par Royston Maldoom pour 250 jeunes berlinois de 25 nationalités différentes, et dirigé par Simon Rattle à la Philharmonie de Berlin (qui deviendra le film documentaire Rhythm Is It!), et après avoir vu Café Müller de Pina Bausch (dont le portrait encadré ne quittera pas la scène et viendra même saluer, aux côtés du soliste, en fin de spectacle), Aloalii Tapu s’est décidé à poursuivre sa voie dans la danse contemporaine. Car comme le soulignait Bausch, la danse peut « ouvrir un espace mental par le corps ».

En dépit des gestes très violents du Haka par exemple, Aloalii Tapu mêle ses halètements corporels au lyrisme de la musique, de sa voix qui transporte et trouble. Le danseur crée son espace sonore et sensoriel personnel, son propre café : le Urban Soul Café. Ainsi, les Goldberg Variationen de Steve Paxton se voient revisitées en un solo intimidant et hectique, à mi chemin entre hip hop et danse moderne, qui souligne un haut du corps frétillant et un buste sculpté au couteau. L’expression du visage oscille entre séduction nonchalante et possession poignante : un génial groove intérieur, rythmé par Taylor Swift et Justin Bieber !

Urban Soul Café, Aloalii Tapu © frischefotos.de
Urban Soul Café, Aloalii Tapu © frischefotos.de

Cette performance pop de 60 minutes révèle la personnalité d’un danseur dont on va être sûrement amené à se souvenir : Aloalii Tapu, c’est un éternel sourire aux lèvres, allié à un corps bouillonnant, trépignant d’expressions. Urban Soul Café permet de le découvrir et d’explorer cette explosion de sentiments simples, qui transpirent souvent d’humour, comme lorsque le danseur se souvient des chorégraphies de son enfance, entre le bruit des machines à laver et des feuilles mortes virevoltant autour de lui. Grâce à Christoph Winkler, sa madeleine de Proust devient scénographie : Aloalii Tapu ramène des machines et des feuilles sur scène, en souvenir du bon vieux temps… Et c’est drôle parce que c’est vrai !

Urban Soul Café Teaser from Christoph Winkler on Vimeo.

OÙ ET QUAND

Du 17 au 20 mars, Ballhaus Ost Berlin

 

Crédits Image de Une : © Gerhard Ludwig

Written By
More from Lea

Braunschweig réadapte Zeche Eins

Le Kulturstiftung des Bundes (Fondation Culturelle de l’État Fédéral), grâce au projet...
Read More