Devenir professeur de danse : le diplôme d’Etat

Que vous soyez danseur classique, jazz ou contemporain, il vous viendra peut-être un jour, l’envie d’enseigner votre passion.

Selon la loi française de 1989, nul ne peut enseigner la danse sans un diplôme d’Etat ou une dispense en raison d’une expérience de renommée – (sont concernés les artistes chorégraphiques justifiant d’une activité professionnelle d’au moins trois ans en compagnie nationale ou internationale).

Le diplôme d’Etat se compose de quatre modules qui doivent être validés séparément.

 

En premier lieu, il vous faudra passer ce que l’on appelle : l’examen d’aptitude technique, dans la discipline que vous souhaitez enseigner, à savoir classique, jazz ou contemporain.

Dans un deuxième temps vous devrez valider vos unités de valeurs d’anatomie, musique et d’histoire de la danse, et pour finir, le dernier module qui est certainement un des plus important et conséquent : l’unité de pédagogie.

 

Pour passer ces différentes épreuves, plusieurs possibilités s’offrent à vous. La première est d’essayer de passer ces examens en candidat libre, mais très peu de candidats s’y tentent. Le niveau particulièrement élevé et les exigences poussées dans chaque domaine, demandent un travail et un suivi qu’il est difficile d’accomplir seul. Toutefois, certains tentent cette voie-là et y arrivent avec plus ou moins de succès.

 

Il existe sinon, des écoles agréées par le Ministère de la Culture, proposant une formation à ces différents modules. Il s’agit d’écoles privées, situées à Paris mais aussi en province, ou encore des écoles publiques sous la houlette du ministère, nommées les Centres de Formation à l’Enseignement de la Danse et de la Musique (CEFEDEM).

Le Centre National de la Danse de Lyon et celui de Pantin offrent aussi la possibilité de suivre la formation en accéléré. Mais pour y entrer il faut également justifier d’un parcours d’artiste chorégraphique et d’un certain nombre suffisant de cachets d’intermittents du spectacles.

 

Vous vous demandez alors peut-être s’il y a une différence entre les centres privés et les formations publiques ? La réponse est oui !

 

Si le contenu et l’examen pour lequel ces centres vous préparent est le même; le prix, lui, est en général beaucoup (beaucoup-beaucoup) plus élevé dans les écoles privés (puisqu’ils n’ont en général pas ou peu de subventions de l’Etat). Dans les centres publics, les élèves ont également la chance d’avoir des disciplines complémentaires aux trois modules, ce qui ne peut qu’enrichir le parcours de formation et vous préparer au mieux à votre futur métier !

 

Alors, voyons maintenant dans le détail le contenu de chaque épreuve !

 

Tout d’abord commençons par le commencement : l’examen d’aptitude technique !

C’est le passage obligé pour pouvoir rentrer en formation. Si vous ne validez pas cette épreuve, vous ne pourrez pas aller plus loin !

Cet examen se compose en trois parties :

1) La démonstration d’une variation imposée, chorégraphiée par un/une chorégraphe de renom et validée par le Ministère de la Culture.

 

Suite à votre inscription, vous recevrez un DVD du ministère où vous trouverez les deux variations qu’on vous propose de danser. Sur les deux, vous en choisirez une que vous présenterez. …celle qui, selon vous, vous mettra le plus en valeur !

Soit vous décryptez la variation sur le DVD ou soit vous choisissez de faire un stage – payant – pour vous y préparer.

 

2) Vous présentez ensuite une variation libre, chorégraphie dont vous êtes l’auteur.

Vous choisissez la musique, les pas, le thème. Cette variation doit être complémentaire à ce que vous avez déjà montrée dans la variation imposée. C’est votre signature, quelque chose qui vous appartient, mais gardez toujours en tête que vous la présentez à un examen bien précis!

Ensuite on vous demandera d’improviser, sur un thème déterminé par le jury. Suite à vos deux premiers passages, le jury aura déjà fait un premier bilan du danseur que vous êtes  – et il choisira un thème en fonction de ce qu’il n’a pas encore vu de vous ou de ce qu’il considère ne pas être encore totalement acquis dans votre danse.

 

3) La dernière partie est l’entretien.

Les sujets abordés peuvent être assez vastes, sur vos connaissances dans le domaine de la danse (historique ou actuelle), sur les chorégraphes que vous aimez, les spectacles que vous avez vu récemment, mais aussi votre motivation à vous lancer dans l’enseignement. La discussion peut aussi s’orienter sur votre parcours ou sur la préparation de l’examen : comment vous avez construit la variation libre par exemple…

 

Selon votre lieu de résidence, vous serez convoqués à l’examen à Marseille, Bordeaux, Nanterre ou Rouen. Vous recevrez une réponse positive ou négative sur simple coup de fil quelques jours après votre passage.

 

Source : Université Lille 3

 

Félicitation à tous les reçus !

Nous entrons à présent en formation pour le D.E. !

 

La préparation se fait « traditionnellement » sur deux ans. La première année vous sert à valider les trois unités de valeur : anatomie-physiologie, musique et histoire de la danse. La deuxième année, vous préparerez la pédagogie.

 

1. Première année

 

L’histoire de la danse : le programme s’étend du Moyen-Age, jusqu’à nos jours, dans les disciplines classique, jazz et contemporaine.

Vous étudierez le fondement de chaque technique; les danseurs et chorégraphes; les spectacles qui ont marqué chaque époque. Il s’agit de comprendre l’évolution de chaque discipline, de son fondement jusqu’à ce qu’elle est aujourd’hui. Il vous faudra apprendre beaucoup mais surtout comprendre et faire les liens entre les évènements et les œuvres, les chorégraphes  de chaque époque.

L’épreuve consiste en une dissertation. Vous choisissez un sujet sur trois sujets au choix (un par discipline)  – coefficient 3.

Puis vous répondez à un questionnaire sur l’ensemble du programme – coefficient 2.

 

Au CND de Pantin

La musique : le programme est très dense également.

L’aventure commence plus ou moins au Moyen-Age, jusqu’à nos jours, en musique classique, jazz et contemporaine.

Vous apprendrez à connaître différents genres musicaux, les caractéristiques de chaque époque, les différents auteurs, les instruments, etc.

Vous étudierez en profondeur trois œuvres, classique, jazz et contemporaine, définies à l’avance par le Ministère de la Culture.

Quand je l’ai passé, il s’agissait de Pucinella de Stravinsky, City Life de Steve Reich et Pithecanthropus Erectus de Charles Mingus.

Parallèlement à tous cela, vous apprendrez le solfège: lire une partition rythmique, avec ses dynamiques.

 

Vient le jour tant appréhendé de l’épreuve – qui se passe entièrement à l’oral.

 

Vous tirerez au sort un extrait d’une des trois œuvres imposées que vous présenterez au jury (biographie de l’auteur, explication sur l’ensemble de l’œuvre et sur le morceau en particulier), puis vous tirerez au hasard une œuvre inconnue que vous allez devoir décrire (instruments, techniques de jeux, dynamiques…).

Vous devrez également danser dessus – en sachant que ce n’est pas forcément de la musique jazz pour les danseurs jazz, de la musique classique pour les classiques et de la musique contemporaine pour les contents-por-rien !

Vous essaierez de dater l’œuvre et de déduire quel en est l’auteur.

Ensuite, vous tirerez au sort une partition rythmique que vous devrez déchiffrer et lire devant le jury.

Puis vient la partie que l’on nomme la mémorisation.

Un des musiciens du jury vous jouera une phrase mélodique  au piano, puis une phrase rythmique. Vous avez trois écoutes, puis vous devrez la chanter et chanter-danser devant eux, sur la phrase mélodique, puis sur la phrase rythmique.

Cette épreuve est donc très conséquente, et la partie mémorisation n’est pas une mince affaire car les extraits sont souvent longs.

 

Pour l’unité de valeur anatomie-physiologie, vous apprendrez le fonctionnement du corps humain d’un point de vue osseux et musculaire. Vous apprendrez en détails le mécanisme de chaque articulation avec les noms des os, ligaments, et muscles, ainsi que les points de vigilance à avoir, contextualisés dans la pratique de la danse évidemment, ceci dans un but de prévention au niveau de l’enseignement.

Monter sur le dos des élèves pour les assouplir est donc à bannir de vos esprits !!! (Dieu merci !).

Pour la partie physiologie, vous apprendrez, entre autres, le fonctionnement du cœur, du système nerveux, l’ATP…

L’examen final est également un oral.

Vous tirez au sort sur trois sujets : un sujet anatomie/physiologie que vous présenterez devant un jury, et que vous relierez avec votre pratique de la danse. Vous serez accompagné pour cela de votre cher Oscar – le squelette et de quelques os pour aider à la visualisation lors de vos explications.

Vous connaitrez vos résultats fin juin. Les plus travailleurs auront les trois U.V. du premier coup – grand soulagement, puisque cela permet d’entrer en pédagogie un peu plus sereinement. Les autres devront retenter leur chance lors des rattrapages, sachant qu’il vous faut absolument valider les trois U.V. pour passer l’examen final. Profitez bien de l’été pour recharger les batteries car vous allez user beaucoup d’énergie en deuxième année !

 

2. Deuxième année

La deuxième année est une année magnifique mais aussi difficile à cause des remises en questions permanentes qu’elle demande. Vous aurez presque tous les jours des mises en situation, devant vos profs, vos camarades ou d’autres élèves. C’est une source de beaucoup de stress, même si c’est un passage obligé pour progresser et avancer !

 

Durant cette année vous aurez des cours d’Analyse fonctionnelle du corps dans le mouvement dansé (AFCMD), des cours de pédagogie où vous apprendrez à construire, transmettre un exercice/ un cours sous un schéma très précis : transmission rapide et efficace, doser les informations, savoir expliquer le chemin du mouvement de manière anatomique mais aussi allégorique et dynamique, apprendre à regarder et corriger les élèves.

Les exercices devront répondre à un thème et un objectif pédagogique murement réfléchis auparavant et destiné à un niveau précis : début, milieu ou fin de cycle 1, 2 ou 3 (les niveaux utilisés sont les niveaux du conservatoire).

Vous aurez aussi à effectuer une ou deux période de tutorat, avec un compte-rendu de tutorat à réaliser et également pour certains d’entre vous un mémoire que vous soutiendrez durant l’année.

Des cours complémentaire peuvent s’ajouter, comme la psychologie de l’enfant, de l’adolescent.

Vous interviendrez régulièrement dans des cours pour vous préparer à l’examen, auprès d’élèves, qui sont souvent des premières années, mais aussi auprès de jeunes élèves d’éveil/ initiation (souvent issus d’écoles maternelles ou primaires du quartier).

La belle Marilyn aussi est passée par là !

 

Cette année passe à toute vitesse car vous êtes absorbés par le travail. On vous demandera de vous investir à 100% et de ne surtout pas compter vos heures! Sortir, manger un Mc Do, comme dans le bon vieux temps, devient tellement rare que vous en aurez des larmes aux yeux dès que vos lèvres effleureront votre Big Mac!

 

L’épreuve finale se compose de trois parties.

 

Pendant la première, vous donnerez un cours à des élèves d’éveil 1 ou d’éveil 2 ou initiation 1 ou initiation 2. Vous ne connaitrez le niveau de vos élèves que 30 min avant votre passage, ce qui signifie évidemment de vous être préparé pour toutes les éventualités.

Celui-ci se déroule sur 30 min devant le jury. Vous aurez un musicien en tant qu’accompagnateur : vous lui ferez les demandes d’instruments, de rythmes que vous souhaitez, pour accompagner vos exercices.

Votre cours doit se composer d’un échauffement, de plusieurs phases exploratoires et d’une phrase de fin. Si vous avez le temps, il est recommandé également de faire  un « retour au calme ».

Une fois de plus vous devez avoir un thème et un objectif précis pour vos élèves.

 

Dans un deuxième temps, vous devrez présenter un cours de niveau moyen ou avancé en 40 min.

Les conditions sont les mêmes : vous avez un musicien pour vous accompagner et vous découvrez le niveau de vos élèves peu de temps avant votre passage.

Encore une fois vous devez avoir un thème précis.

 

Enfin, la journée se conclut par un entretien où le jury reviendra sur votre cours. Il gardera certainement un élève pour que vous puissiez le corriger ou lui faire retravailler certains éléments de votre cours. Ils jugeront alors de vos qualités de pédagogues. Vous devez être prêt à pouvoir vous adapter à chaque demande. Le jury peut très bien vous demander de créer un nouvel exercice sur tel ou tel thème et ceci peut aussi s’envisager en direct durant votre cours. Il vous faudra  donc rebondir au plus vite afin de prouver votre capacité d’adaptation et pour ne pas perdre de temps sur les 40min qui sont déjà très justes.

Durant l’entretien des questions d’ordre très général peuvent être posées : sur votre projet pédagogique, sur votre cours, sur l’AFCMD etc.

 

Les heureux élus recevront leur diplôme quelques semaines plus tard dans leur boîte aux lettres et gouteront à la joie incommensurable d’aller acheter un magnifique cadre chez IKEA, histoire de le protéger à jamais de tout ce que la vie pourrait lui réserver : séismes, tornades, ruptures, inondations ou crachats de bébés !

 

Laura Lambert

 

Pour aller plus loin :

Le témoignage d’une danseuse qui raconte son DE

La liste des établissements pouvant vous préparer au diplôme d’état 

 

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