Un autre regard sur la danse #2 : Corentin, ingénieur statisticien et fan de danse contemporaine.

Illustration Sylvain Luce

Ingénieur statisticien, c’est a priori quelqu’un qui est plus fan d’équations que d’entrechats. Et pourtant… c’est bien ce qu’on s’évertue à vous dire sur CCCD : la danse, c’est pour tout-le-monde.

Alors comme ca, on est « ingé » et on aime la danse? Tu ne ferais pas mieux de jouer au légos, comme tout les ingénieurs?

(Rires) Pourquoi tant de préjugés sur les ingénieurs ? Les chiffres ne sont pas toute ma vie. Depuis tout petit, j’aime avoir une activité artistique à côté. Je ne suis pas le seul : mon ancienne chef, elle aussi statisticienne, avait un abonnement au théâtre de Chaillot, comme moi. On en discutait beaucoup.

Est-ce que ça surprend tes collègues ingénieurs que tu aimes la danse ? Arrives-tu à les traîner voir un spectacle ?

Même pas ! Tous mes collègues vont voir des concerts, des pièces de théâtre, des ballets. A l’ENSAE, l’école d’ingé que j’ai faite, il y avait un “Club Spectacles”, grâce auquel on pouvait aller voir des concerts, des pièces, ou des spectacles. Nous les ingénieurs nous ne sommes pas que des gens monomaniaques. On a conscience qu’il existe d’autres choses dans la vie que les maths !

De nombreux chorégraphes ont été fascinés par les mathématiques, et vice-versa. Rudolf Von Laban, par exemple, a été un grand théoricien du corps « géométrisé ». Es-tu sensible à cette vidéo, sur l’analyse géométrique du mouvement et du corps dans l’espace, théorisée par Laban ?

En fait… ça ne me parle pas trop. Quand je vais voir de la danse, je cherche plutôt à m’évader de ce que je fais au boulot. Voir la danse comme une étude géométrique, j’ai l’impression que c’est plus « bidon » qu’autre chose.

Et celle-là ?


Pour moi, dans cet extrait, les corps se jouent de la géométrie, des éléments carrés comme la table. On y voit vraiment les potentialités du corps. J’ai le sentiment que ce genre de mouvements est beaucoup plus libre que la danse classique par exemple. La danse classique, ça me plait moins. J’ai vu Giselle et Cendrillon, ça ne me parle pas du tout.

Donc au contraire, la danse te plait parce qu’elle envoie précisément ton esprit loin des mathématiques statistiques ? Saurais-tu mettre des mots sur les émotions que la danse te procure ?

Exactement, je ne m’intéresse pas à l’analyse géométrique de l’exploitation de l’espace, c’est ce que je ressens, ce qui m’éloigne de ma vie quotidienne, qui me plait dans la danse.
Les deux spectacles qui m’ont vraiment marqués sont Impressing the Czar, de William Forsythe  et Le Sacre du Printemps, de Pina Bausch : pour moi le point commun entre ces deux spectacles, c’est que j’y vois quelque chose de violent, une expression basique et brutale d’énergie vitale.

Quand as-tu commencé à t’intéresser à la danse ?

J’ai commencé à m’intéresser à la danse quand j’ai commencé à m’intéresser un peu plus à l’entretien de mon corps. J’ai commencé à faire du yoga, courir, et en parallèle, j’ai porté ma curiosité sur la danse, j’aimais de plus en plus aller voir des spectacles. Je ne pense pas que le lien entre les deux soit fortuit : si la danse m’a touchée à ce moment là, c’est parce que ça répondait à un intérêt renouvelé pour le corps.

Finalement, ça rejoint ton goût pour le côté « violent », quasi « bestial » de la danse : tu t’éloignes des mathématiques pour rejoindre l’animal qui est en toi !

Oui, c’est amusant d’ailleurs parce que je vais courir, je fais du yoga : ce sont des sports qui défoulent. Je ressens un peu ça quand je vais voir de la danse, je me défoule, c’est une sensation physique autant qu’esthétique.

Et toi, tu danses?

Non ! J’aurais l’air ridicule ! Je préfère chanter.

Illustration : Sylvain Augé

Epilogue : CCCD a finalement réussi à convaincre Corentin de nous accompagner à un cours de danse. On vous tiendra au courant !

Retrouvez l’épisode #1 de notre série “Un autre regard sur la danse” : Béatrice, 3 ans et demi, hésite entre une carrière de princesse et une carrière d’étoile.

Illustrations : Sylvain Augé

 

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