Parcours de chorégraphe : Fouad Boussouf, Cie Massala

 

Fouad Boussouf, chorégraphe de la compagnie Massala a été sélectionné pour présenter sa dernière création Le Moulin du Diable lors du prochain concours chorégraphique [re]connaissance, il nous parle ici de son parcours et de sa démarche de chorégraphe.

 

Portrait de Fouad Boussouf ©Karo Cottier
Portrait de Fouad Boussouf ©Karo Cottier

Qu’est-ce qui dans votre  parcours a été déterminant pour faire de vous le chorégraphe que vous êtes aujourd’hui ?

Tout est une histoire de rencontre, je suis arrivé en France enfant en 1983, j’ai découvert la danse en 1987, dans une petite ville de l’Aube Romilly-sur-seine. J’ai pris mes premiers cours et mes premiers stages à cette époque. J’ai tâtonné un peu pour comprendre de quoi j’étais fait. Depuis mon arrivée en France, j’ai lutté contre une sorte de fatalité liée à mon origine sociale voire culturelle qui m’a d’abord conduit vers un parcours professionnel dès le lycée mais j’ai toujours repoussé les limites en me disant, non, ce n’est pas ce que je veux faire. C’est en venant à Paris pour mes études universitaires et en passant mes premières auditons, chez Pierre Doussaint et Farid Berki que j’ai compris que ce serait mon métier. Il s’agissait de convaincre ma famille et le reste du monde que c’était mon futur, moi j’en étais plus que convaincu. Au delà de mon parcours de danse (danse jazz, hip hop, contemporain..) je ne me suis jamais satisfait de la technique ou de l’esthétique. Il y a quelque chose de plus profond et plus sensible dans ce choix de chorégraphier, il y a une pensée, une idée, des émotions…

 

Le Moulin du Diable, cie Massala©Sylvain Lefeuvre.
Le Moulin du Diable, cie Massala©Sylvain Lefeuvre.

Pourquoi ce medium de la danse

La danse a été pour moi le moyen d’équilibrer mon corps, j’étais très sportif et la danse m’a permis d’équilibrer les forces, de trouver une sorte d’harmonie musculaire et articulaire et au-delà du corps d’équilibrer le mental. Pour moi, il y a toujours une réflexion à mener sur le mouvement d’où il vient où il va et comment, et la danse c’est cet aller-retour permanent entre le corps et l’esprit, avoir la conscience du geste. J’ai donc trouvé là, une forme d’équilibre, une nourriture à la fois mentale et physique qui m’a immédiatement plu.

 

Lorsqu’on regarde les différentes créations mises au jour depuis 2006, on a une impression de diversité dans les propositions, travail de plateau ou d’extérieur, solo ou pièce de groupe, qu’est-ce qui selon vous donne une signature chorégraphique à l’ensemble ou un fil conducteur ?

Je suis curieux et je constate qu’il est toujours plus enrichissant de sortir de sa zone de confort, en se confrontant à la difficulté apparente. En matière de création chorégraphique je ne crois pas à l’idée de se limiter à une simple technique ou un simple espace c’est pour cela que j’ai pu me confronter à des créations en intérieur ou extérieur, sur une péniche, une voiture…J’ai la chance de pouvoir exercer un métier où je peux encore choisir mon terrain de jeu.

Ma signature chorégraphique, je ne peux la définir pour le moment…

 

Vous êtes extrêmement honnête en disant cela, voulez-vous dire que vous êtes encore dans une recherche, une exploration de votre vocabulaire chorégraphique ?

Oui, c’est aussi la façon dont je travaille avec les danseurs qui est toujours très ouverte, ça ferme et ça se fixe très tardivement parce que j’estime qu’il ne faut rien laisser passer. Je suis toujours en quête d’exploration, je suis un curieux de nature, j’aime toucher à tout y compris à la régie technique, à la musique, à la photo…peut-être que ma signature est là dans cette gourmandise, je suis gourmand des différentes saveurs que l’on peut trouver dans l’acte de création. Bien sûr, il y a des choses récurrentes, je propose une danse physique mais que ce soit dans l’esthétique ou dans une écriture chorégraphique proprement dite je crois que je cherche encore.

 

Le Moulin du Diable, Cie Massala©Sylvain Lefeuvre.
Le Moulin du Diable, Cie Massala©Sylvain Lefeuvre.

Le Moulin du Diable votre dernière création est centrée autour du temps, pourquoi ce thème ? S’agit-il pour vous d’une préoccupation qui vient avec une certaine maturité dans votre parcours ou est-ce une façon d’explorer une nouvelle écriture gestuelle, travailler davantage la lenteur par exemple ou cela fait-il écho avec d’autres thèmes que vous avez précédemment abordés, la métamorphose dans Transe qui est aussi une forme de rapport au temps …

J’ai l’impression de manquer de temps pour tout, le sentiment de négocier sans cesse avec les impératifs. Il y a aussi comme un déphasage entre le trop lent ou le trop rapide, cela est assez déstabilisant dans notre façon d’appréhender notre rythme de vie et affecte à mon sens notre rapport au corps.  Le temps est un concept fascinant, à la fois saison et horloge, il régit notre métabolisme et nos humeurs de manière continue. Le Moulin du Diable est aussi lié à un parcours puisqu’il fait suite à Transe, la pièce précédente, où il était question de transformation des corps et de révolutions, au sens propre et figuré. La place du circulaire et du rond a d’ailleurs pris une place importante dans mes créations depuis quelques années.

 

Transe, Cie Massala©Sylvain Lefeuvre.
Transe, Cie Massala©Sylvain Lefeuvre.

Pensez-vous que cette place du circulaire est liée à quelque chose qui est en train de s’annoncer dans votre parcours, quelque chose de plus profond que vous auriez envie de travailler davantage …

Dans mon travail, il n’y a jamais rien de calculé par rapport à demain mais il est vrai que le circulaire symbolise aussi l’existence de cycles, qui se passent dans la vie, des choses qui se ferment ou qui reviennent. Et cette figure du cercle, cette rondeur me plaît dans la douceur qu’elle peut évoquer ou dans l’idée de la proximité qu’elle crée ; avec les danseurs on se retrouvent souvent dans un cercle pour travailler, échanger. Je ressens cela peut-être plus fortement parce que je viens du hip hop, où le rapport au cercle est très présent y compris dans l’énergie ou dans certaines figures, et sans doute aussi est-ce lié à la culture africaine, où l’on ne se présente pas en ligne mais en rond, il y a peut-être des choses qui ressurgissent de plus loin… Quoi qu’il en soit, je me nourris des interprètes, de leurs qualités techniques et humaines et il s’agit d’un débat chorégraphique permanent, d’un aller-retour entre ce qu’ils proposent et ce que je demande, cela permet des jaillissements et c’est comme cela que j’écris mes pièces.

 

Votre cadre reste ouvert même si vous avez une thématique de départ…

Oui, j’ai choisi ce métier pour ça, l’acte artistique pour moi est un vaste terrain d’exploration, de liberté et d’expression. Cela dit, je cherche toujours le pourquoi lorsque je suis en création, le comment peut venir ensuite. Pour le Moulin du Diable, j’avais envie de travailler sur la thématique du temps, je me suis nourri de différentes lectures et rencontres mais la réflexion se poursuit encore. Cette pièce parle du temps de nos vies emplies d’impératifs, de bruits, d’images sans nous laisser le loisir de nous poser et d’échanger vraiment, or c’est sans doute ce qui manque à notre humanité.

 

Le Moulin du Diable, Cie Massala ©Sylvain Lefeuvre.
Le Moulin du Diable, Cie Massala ©Sylvain Lefeuvre.

Les créations de la Cie Massala

Tournée 2015

Le 6 Novembre à 20h00, Le Moulin du Diable, Théâtre Jean Vilar, Vitry-sur-Seine
Le 7 Novembre à 19h00, Le Moulin du Diable, Théâtre Jean Vilar, Vitry-sur-Seine

Le 19 Novembre à 19h00, Le Moulin du Diable (extrait), Festival Kalypso, MAC, Créteil
Le 21 Novembre à 20H00Le Moulin du Diable (extrait), [re]connaissance, L’Hexagone, Meylan

Le 24 Novembre à 20H30, Transe, Le Rive Gauche, Saint Etienne du Rouvray
Le 26 Novembre à 20H30,  Le Moulin du Diable, Salle Jacques Brel, Fontenay-sous-Bois

Le 11 Décembre à 20H30, Le Moulin du Diable, Théâtre de Chevilly Larue
Le 12 Décembre à 14H00, Esperluette, Théâtre Jean Vilar, Vitry-sur-Seine
Le 13 Décembre à 16H00, Esperluette, Théâtre Jean Vilar, Vitry-sur-Seine

Tournée 2016

Le 22 Janvier à 21H00, Le Moulin du Diable, Le Prisme, Elancourt

Le 23 Janvier, Esperluette, La Filature, Mulhouse

Les 05 et 06 Avril à 15H00, Esperluette, Salle Jacques Tati, Orsay

Le 20 Mai à 20H30, Transe, Agora, Bonneville

Le 22 Mai à 15H30, Esperluette, Théâtre Jacques Carat, Cachan

 

Pour en savoir plus sur la compagnie Massala

Image de Une, Le Moulin du Diable, Cie Massala crédit photo Sylvain Lefeuvre.

 

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