Parcours d’artiste : Marco D’Agostin, entre accumulation, traces et mémoire

J’ai découvert Marco D’Agostin sur les vidéos d’Aerowaves 2016 et j’étais curieuse de le voir sur le plateau du concours chorégraphique (Re)connaissance 2017, dont il a remporté le deuxième prix avec sa pièce Everything is ok. Le propos du jeune chorégraphe italien était alors de s’interroger sur ce que l’on peut recevoir quand il y a excès. Excès de mots, de gestes, et comment retenir quelque chose dans les flux ininterrompus. Quelle trace garder de son solo ? Comment la mémoire agit-elle quand il y a trop de choses à percevoir, à filtrer ? Je vous en avais parlé ici !

Cette question de la trace et de la mémoire semble toujours être le fil conducteur du parcours créatif de Marco D’Agostin qui continue de creuser ce sillon dans sa prochaine pièce Avalanche dont la première mondiale sera donnée en juin prochain lors des Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-St-Denis. Bien que la pièce soit encore en processus de création il a accepté d’en parler.

Avalanche, Marco D’Agostin (c) Alice Brazzit.

Il revendique la diversité de ses propositions, qui vont de la performance solo à la pièce de groupe, en considérant que cette diversité est un reflet de sa formation pour le moins éclectique. Venant du ski de fond à un niveau professionnel, il s’oriente vers la danse et la performance plutôt tardivement selon les critères habituels. Il se forme dès lors auprès de chorégraphes aux techniques, approches et univers très différents (Yasmeen Godder, Nigel Charnock, Rosemary Butcher, Wendy Houston/DV8, Emio Greco), cette diversité qui le nourrit lui pose aussi difficulté : comment parler du langage du corps ? Quelle trace, quelle mémoire en garder ou pas d’un chorégraphe à l’autre, d’une pièce à l’autre ? D’autant que pour Marco D’Agostin la danse se pense et se vit comme un tout dans une avalanche de mots et de mouvements. Parmi ces sons le travail de William Basinski The Disintegration loops est cité par le chorégraphe comme une de ses principales sources d’inspiration et/ou d’accompagnement créatif. Ces courtes boucles enregistrées par Basinski entre août et septembre 2001 se télescope doublement avec la mémoire, d’une part les enregistrements sont basés sur de vieilles bandes magnétiques dont la qualité se dégrade et c’est en tentant de sauver ces enregistrements sur un support numérique alors qu’il est à New York le 11 septembre 2001, que Basinski saisit sa caméra et filme de loin la fumée des tours du World Trade Center en écoutant The disintegration loops. Télescopage qui résonne avec la question qui hante le chorégraphe : qu’est-ce qui reste quand tout disparaît ? La fin après la fin et comment la danser ? Avalanche se veut une réponse à cette question.

Avalanche, Marco D’Agostin (c) Alice Brazzit.

Marco D’Agostin la fabrique sous forme d’un duo homme/femme, il ajoute que c’est l’image qui a surgit comme le titre de la pièce a surgit d’un lieu visité lors d’une résidence dans le nord de l’Italie où existe un chaos de pierres issu d’une avalanche, reste tangible d’un état passé. Le chorégraphe s’est aussi livré à un gros travail de lecture, s’intéressant aux capsules temporelles, aux traces mémorielles ou autres empreintes de dinosaures, autant de témoignages d’un passé révolu. Avalanche est aussi un conte fictionnel, les deux personnages de l’histoire étant observés par l’œil d’un cyclope comme les géologues observent les poussières et les résidus organiques restés prisonniers dans la glace. Témoins d’un autre monde, ils cherchent à danser comme seule issue possible à ce qui n’est plus.

Pas de formes préétablies ici mais une cohérence dans la construction qui s’appuie sur des systèmes complexes de mots, de pensées et de sons qui doivent être réalisés en synergie.

Pour décrire l’état d’avancement de la pièce, le chorégraphe la décrit comme recouverte de sable, une existence encore cachée et qui se cherche dans un travail d’apparition/disparition. Un travail de sédimentation dont on gage que les différentes couches se livreront au plateau prenant le public à témoin !

Avalanche, Marco D’Agostin (c) Alice Brazzit.

Avalanche

Conception, choréographie Marco D’Agostin, interprètes Marco D’Agostin, Teresa Silva. Son Pablo Esbert Lilienfeld. Lumières Abigail Fowler. Vocal coach Melanie Pappenheim, movement coach Marta Ciappina. Regard extérieur Chiara Bersani, Tabea Martin. Direction technique. Paolo Tizianel. Promotion Marco Villari. Co-production Rencontres Choréographiques de Sein-Saint-Denis, VAN, Marche Teatro, CCN de Nantes.

Où et quand ?

Avalanche, Marco D’Agostin (c) Alice Brazzit.

Juin 2018

5/6, Avalanche – world première, Festival Rencontres Internationales de Seine Saint Denis,  Théâtre Berthelot, Paris (FR)

23, Avalanche – Italian première, inTeatro Festival, Polverigi (IT)

Juillet 2018

17, Avalanche, Kilowatt Festival, Sansepolcro (IT)

25, Avalanche, Drodesera, Dro (IT)

En savoir plus sur Marco D’Agostin et son travail c’est ici !

Image de Une, visuel d’Avalanche, Marco D’Agostincrédit photo Roberta Segata, Courtesy Centrale Fies.

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