Parcours d’artiste : Aurélien Kairo, l’intelligence de la culture populaire

Aurélien Kairo est un artiste, attachant, convaincu et engagé à travers une œuvre dont les deux axes créatifs résument son parcours, son histoire en tant que danseur, interprète, chorégraphe et formateur. Une culture dansée qui prend ses racines aux origines du Rap (il cite volontiers Public enemy, Africa Bambaata) et du hip hop. En partie formé par le groupe de Vénissieux Traction avant et notamment Samir Hachichi, Aurélien devient professionnel comme interprète pour Kader Attou et Eric Mézino membres fondateurs du collectif Accrorap, puis il rejoint le Béjart Ballet de Lausanne, travaille comme assistant-chorégraphe pour Mourad Merzouki sur Le chêne et le roseau, travaille aussi un temps pour la Cie Malka avant de rejoindre celle de Marie-Claude Pietragalla et plus récemment s’associe avec Patrice Thibaud (Franito) pour un spectacle entre danse théâtre et mime.

Portrait d’Aurélien Kairo, Cie De Fakto, RV tous droits réservés.

Aurélien aime à dire que son travail s’articule autour de trois préoccupations : la création artistique, le vivre ensemble et l’éducation populaire. Et c’est bien ce qui transparaît à travers les créations  de la Cie De Fakto qu’il crée en 2002. Deux axes créatifs y sont clairement à l’œuvre. Un travail marqué par la légèreté à travers des solis ou des pièces créées pour l’espace public qui s’ancrent dans une culture populaire revisitée, parmi lesquels : J’arrive ! solo de danse hip hop poético burlesque soutenue par des standards de Jacques Brel, La Belle affaire spectacle de rue en collaboration avec la Famille Burattini (Cie foraine), le duo avec sa compagne danseuse et chorégraphe Karla Pollux, Un petit pas de deux sur ses pas qui rend hommage à Bourvil de façon délicate et poétique.

Petit pas de deux..., Karla Pollux, Aurélien Kairo, Cie De Fakto tous droits réservés.

Parallèlement, Aurélien Kairo engage un travail plus intellectuel avec des œuvres qui s’appuient sur la vie où la pensée d’autres artistes. En 2010, il devient le premier artiste chorégraphique issu de la culture hip hop à obtenir le titre d’artiste associé à la Maison de la Culture de Nevers, dans ce cadre, pour l’année du Mexique en France, il crée La Nina de la casa Azul. Un spectacle dédié à la vie et aux œuvres picturales de Frida Kahlo, en 2012 il crée N, l’étoile dansante, solo conçu comme la première partie d’un dytique consacré à Nietzsche, dont le second opus, Corpus, verra le jour fin 2015 sous la forme d’un trio.

Ayant eu la chance de voir à la fois Aurélien interprétant J’arrive ! et comme chorégraphe du beau trio Corpus, j’ai pu mesurer son implication et son talent à travers ces deux œuvres qui témoignent de la diversité de son parcours. J’arrive ! vu lors du dernier festival Hip hop don’t stop de Saint Martin d’hères, nous avait séduit par sa légèreté, l’intelligence de son humour et la capacité de son interprète à incarner de façon sensible l’univers si particulier de Brel, le transformant subtilement, poétiquement sans le caricaturer.

J’arrive, Aurélien Kairo, Cie De Fakto, Espace Malraux / 2007 © C. Aquilina

Corpus (inspiré de la pensée de Nietzsche) entraine le spectateur dans un voyage bien différent, plus exigeant. La présence au plateau de trois corps en partie dénudés ou revêtus de manteaux qui évoquent tour à tour la robe de bure des moines, la jupe des derviches tourneurs ou les longs pardessus  associés aux figures inquiétantes de l’autorité ou du pouvoir prennent chair et sang (j’ajouterai sens) à travers trois corporéïtés bien distinctes. Trois beaux corps d’hommes et pourtant si différents, trois comme dans la Trinité, comme pour incarner les Rois mages ou pour témoigner de la diversité des corps et des cultures.

Corpus, Cie De Fakto tous droits réservés.

Un corpus à l’œuvre, en mouvement sur des musiques sacrées et profanes qui tissent un lien entre spirituel et trivial. Une violence exprimée et toujours mise à distance par une scénographie qui réfère aux tableaux classiques (pieta, histoire des apôtres, etc.) par des arrêts sur image qui utilisent aussi le vocabulaire gestuel de la rue. Une scénographie inscrite au sol et sculptée par la lumière qui accompagne l’engagement physique des danseurs, dont le vocabulaire chorégraphique largement tiré du hip hop devient plus contemporain plus universel aussi.

Corpus, Cie De Fakto tous droits réservés.

On lit dans cette pièce une forme de tribut ou de citation, même inconsciente, au passage du chorégraphe chez Béjart ou Piétragalla à travers un lyrisme mesuré mais néanmoins présent et qui augmente la communion qui s’accomplit parfois entre spectateur et danseurs notamment dans les moments de quasi transe que l’on peut observer et ressentir. Un spectacle qui montre si l’en est besoin la qualité d’artistes des danseurs et/ou chorégraphes issus du hip hop.

Cette compétence, Aurélien Kairo la met au service de jeunes danseurs dans la formation qu’il a crée avec Karla Pollux, I.D (interprète danseur) Formation dispensée par la compagnie De Fakto et d’autres intervenants reconnus. Cette formation propose à de jeunes danseurs hip hop (mais pas que !) d’entrer après audition dans un programme de formation professionnalisant de plus de 900 heures.

Portrait d’Aurélien Kairo réalisé par Eric Boudet.

 

La promotion 2017/2018 compte 14 jeunes danseurs qui auront l’opportunité lors et à l’issue de leur formation d’être mis en relation directe avec de futurs employeurs, de créer une chorégraphie qui sera diffusée chez les partenaires du projet pour une dizaine de représentations. Une offre que l’on aimerait voire au moins soutenue par les CCN ou les CDCN dont un volet formation fait partie du cahier de charges mais qui se décline depuis quelque temps …en peau de chagrin.

Fort de tout ce travail, Aurélien Kairo a aussi développé un nouveau projet artistique personnel en s’alliant la compétence de metteur en scène de Patrice Thibaud, connu notamment pour avoir créé avec le danseur de flamenco Fran Espinosa, l’incroyable duo Franito.

Affiche du spectacle Petite Fleur, Hugo Stephan.

Ce projet, c’est Petite fleur, présenté comme du théâtre visuel et burlesque créé autour d’un vocabulaire prenant sa source dans le hip hop. Un travail qui répond à l’envie du chorégraphe d’écrire des scénarios, d’approfondir la dramaturgie des spectacles. Petite Fleur dont les premières ont été donné les 25 et 26 juillet 2017 dans le In du festival International Mimos de Perrigueux sera présent dans le off d’Avignon cet été, une gageure pour la compagnie qui a d’ailleurs lancé un appel à contribution sur la plateforme Ulule que vous pouvez rejoindre ici !

Petite fleur, s’inspire du cinéma muet, du mime, du théâtre dansé pour décrire un amour imaginaire aussi fort qu’impossible, un exercice solo qui engage le corps du danseur dans une vérité comme le dit Aurélien : « Plus qu’un exercice de style, le solo est, selon moi, la plus singulière des propositions artistiques. Avec le corps, on ne triche pas. C’est toujours une partie de sa propre histoire que l’on associe au personnage ».

Pour en savoir plus sur la cie De Fakto et Aurélien Kairo c’est ici !

Spectacles de la compagnie en tournée

Un petit pas de deux sur ses pas

Le 1er juin 2018 à Germigny l’Exempt (18)

Petite fleur

Festival Off d’Avignon 2018 du 06 au 29 juillet 2018 : Collège de la Salle tous les jours à 13h30, sauf lundi jour de relâche.

Image de Une, visuel de J’arrive, Aurélien Kairo, Cie De Fakto, Espace Malraux / 2007 © C. Aquilina.

 

 

 

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