Nos désirs font désordre, 2ème volet de Desire’series par SINE QUA NON ART

Nos désirs font désordres …c’est sous ce titre que le deuxième volet de Desire’series interpelle le public, on vous avait parlé ici, de ce magnifique solo taillé sur mesure pour Christophe Béranger et chorégraphié par Jonathan Pranlas-Descours avec la collaboration de l’artiste brésilien Fabio Da Motta, artiste visuel, qui pratique shibari (technique japonaise de bondage)  et ikebana (art floral japonais). Après avoir transmis sa technique de bondage à Jonathan et avec l’aide de la fleuriste Dorothée Sullam, pourvoyeuse de fleurs fraîches, la même équipe s’est adjoint, pour ce deuxième volet, la dramaturge grecque Georgina Kakoudaki.

Nos désirs font désordres, Cie SINE QUA NON ART (c) Xavier Léoty.

Les désirs des deux chorégraphes de la compagnie SINE QUA NON ART font d’autant plus désordre dans cette période de pandémie mondiale que, fidèles à leur ouverture de cœur et d’espace, ils recrutent une partie de leurs danseurs à l’international, de même, on l’a vu, qu’une partie de l’équipe de création. Désir aussi de passer d’une forme intimiste, le solo, à une pièce de groupe puisque ce n’est pas moins de onze interprètes qui sont au plateau dont Jonathan Pranlas-Descours. Un deuxième volet conçu comme une large fresque, une épopée dramatique, dont l’important travail de conception s’est construit en amont pendant le premier confinement et à distance via Skype avec les autres membres de l’équipe de création notamment Fabio Da Motta qui n’a pu obtenir de visa pour rejoindre la France, il a donc transmis son savoir et sa vision par écran interposé.

Nos désirs font désordres, Cie SINE QUA NON ART (c) Xavier Léoty..

S’est ensuite posée la question des résidences de création bouleversée par le deuxième confinement, finalement une résidence de 3 semaines (1 au Malandain Ballet Biarritz et les 2 dernières à La Coursive de la Rochelle) va permettre de faire advenir la pièce dans les corps. Une concentration de lieu et de temps qui a fait surgir le meilleur de chacun, l’idée aussi pour rendre Fabio Da Motta présent de créer un rituel avant chaque filage, chaque danseur apprend à fixer les attaches de la tête puis du corps, Dorothée Sullam fixe les dernières attaches ainsi que les fleurs sur chaque danseur. Un temps de préparation d’une heure et quart pour un temps de présence en scène d’une heure vingt environ, soit pour les interprètes presque deux heures et demi de travail sous la contrainte des cordes qui enserrent les corps.

Nos désirs font désordres, Cie SINE QUA NON ART (c) Xavier Léoty.

Les chorégraphes insistent sur l’incroyable communion qui s’est développée autour du projet et qui a animé les danseurs au cours de ces 3 semaines de résidence, Christophe Béranger dit l’admiration profonde qu’il éprouve pour ses interprètes qui viennent de techniques différentes et qui tous ont pleinement adhéré au projet malgré les difficultés techniques de mise en oeuvre et l’engagement physique demandé. Il apprécie la singularité et la diversité des corps qui donnent l’image voulue d’une humanité riche de ses différences.

Au final, on voit naître un collectif tribal partageant des rituels, une humanité qui se construit, se déconstruit, qui se fabrique avec la colère mais aussi l’énergie de la résistance à l’ordre, à la norme, jusqu’au lâcher prise qui crée un espace possible de liberté. 

Nos désirs font désordres, Cie SINE QUA NON ART (c) Marie Monteiro.

Le visionnage des teasers rend une idée partielle de la pièce, et pourtant on en retire la puissance des corps malgré les entraves, la beauté de certains tableaux. Face aux corps apparemment soumis les regards restent vifs, la chorégraphie ne cède à aucune facilité, portés tendres ou vigoureux, ruades de cavales traversant l’espace, transes des corps et rondes tribales, comme si l’humanité tentait de conjurer un sort funeste, les esclaves soumis deviennent des oiseaux de paradis, des dieux et des déesses païens, revêtus de costumes parures vivants, fleurs offertes comme des offrandes. Lorsque la libération arrive enfin, c’est une fête jubilatoire, ou l’espace du jeu prend tout son sens subversif. Glissades, gestes erratiques échappant à tout contrôle, simplement guidés par le désir d’exprimer la joie de se sentir libres. 

Nos désirs font désordres, Cie SINE QUA NON ART (c) Marie Monteiro.

Une pièce qui résonne profondément avec les contraintes que nous vivons depuis plus de 9 mois et qui emprisonnent nos corps et nos esprits dans la peur de la contamination, l’incertitude de l’avenir, la montée du repli sur soi avec la fermeture des frontières. Un monde triste qu’on nous impose sans proposer d’autre alternative que le contrôle et la répression. 

Nos désirs font désordres, Cie SINE QUA NON ART (c) Xavier Léoty.

La pièce dit tout cela, mais plus encore, elle propose une autre voie, celle de l’embellissement du monde, la jouissance de la liberté retrouvée une fois les entraves déliées, et une possible communion avec le vivant, la nature par la présence des fleurs. Comme le dit Christophe Béranger, la possibilité de se créer un eden, un paradis qui nous sauve de l’absurdité et de l’injustice, qui nous console de la perte du sens de nos vies, qui agit comme une forme de résilience, parce que nos désirs sont aussi des ordres, des exigences de beauté, de création pour réenchanter le monde.

Nos désirs font désordre création 2020 SINE QUA NON ART

Concept – Chorégraphie : Christophe Béranger, Jonathan Pranlas-Descours. Avec : Lucille Mansas (Fr), Sarah Deppe (Fr), Yohann Baran (Fr), Alexander Miles Standard (Uk), Yasminee Lepe (Chl), Hea Min Jung (Kr), Colas Lucat (Fr), Marius Moguiba (RCI), Vincent Clavaguera (Fr), Inés Hernández (Es), Jonathan Pranlas-Descours(Fr).

Création Art Visuel : Fabio Da Motta (Br). Création Art Floral : Dorothée Sullam – Chez Marguerite. Création lumière : Olivier Bauer. Dramaturgie : Georgina Kakoudaki (Gr). Musique : Andy Stott, Archive, Led Zeppelin. Arrangements musicaux : Julia Suero (Arg). Production: SINE QUA NON ART. Coproduction : Chaillot – Théâtre National de la Danse – Paris, La Coursive-Scène Nationale de la Rochelle, Centre chorégraphique national de Rillieux-la-Pape-direction Yuval PICK – dans le cadre du dispositif Accueil-Studio, Centre Chorégraphique National d’Aquitaine en Pyrénées-Atlantiques – Malandain Ballet Biarritz – Accueil Studio saison 2020-2021, O.A.R.A – Office Artistique de la Région Nouvelle- Aquitaine. Partenaires : Espace Malraux Scène Nationale de Chambéry, partenaire Floral : Chez Marguerite-La Rochelle.

Nos désirs font désordres, Cie SINE QUA NON ART (c) Marie Monteiro.

Tournée 2021 Nos désirs font désordres

8 janvier,  Première, La Coursive-Scène nationale, La Rochelle

9 janvier, La Coursive-Scène nationale, La Rochelle

7 et 8 avril, Espace Malraux-Scène nationale, Chambéry

Image de Une, visuel de Nos désirs font désordre crédit photo Xavier Léoty.

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