Locked space in, première création de la cie AJT

Dans le cadre de Presk’Iles la MC2 de Grenoble programme de jeunes compagnies qui proposent au public un état de leur travail de création. La présentation est suivie d’un échange entre artistes et public. C’est dans ce cadre que l’on a découvert Locked space in la création de la toute jeune compagnie AJT composée de quatre danseurs-chorégraphes : Aymeric Bichon, Jim Couturier, Aurore Godfroy, Thalia Ziliotis.

Rencontre avec Thalia Ziliotis une des fondatrices d’AJT.

Comment s’est créée votre compagnie ?

Nous sommes tous entrés au conservatoire supérieur de Paris en même temps mais nous en sommes sortis à des périodes différentes en fonction des cursus suivis : Aurore et moi, sommes sorties les premières en 2010, Aymeric Bichon est sorti en 2011 et Jim Couturier en 2012. Nous nous sommes d’abord connus en tant qu’amis et au cours de notre formation nous avons pu apprécier et reconnaître des proximités artistiques et esthétiques qui nous ont donné envie de travailler ensemble. Ce projet a muri de 2009 à 2011 d’abord à trois Aurore, Jim et moi, Aymeric nous rejoignant en mai 2012 lorsque nous avons créé la compagnie.

Formation parisienne et compagnie libournaise…

Ce choix s’explique par l’origine de l’une d’entre nous qui est de Libourne et aussi parce qu’on voulait fuir le réseau de la capitale ou des métropoles régionales et que l’on souhaitait s’implanter dans une région qui selon nous a besoin de culture, et a une demande pour la jeune chorégraphie. S’implanter dans cette région  nous permettait aussi d’avoir le soutien du réseau familial et local de l’une d’entre nous et d’être notamment programmé dans le cadre du Fest’Arts de Libourne l’an dernier.

Locked Space in, compagnie AJT, photo fournie par la cie, tous droits réservés.

Le sujet de votre pièce est assez sombre pourquoi avoir choisi ce thème de la contrainte et de l’enfermement ?

Certes, mais ce thème a surgi naturellement lors de notre première session de travail parce qu’il exprimait certainement une souffrance commune ressentie à travers l’anonymat de la grande ville. Vivre à Paris dans ce paradoxe d’une promiscuité subie au quotidien, notamment dans les transports en commun et le constat de l’incapacité à communiquer. Cette situation nous rend assez pessimistes dans la mesure où le contact même visuel est souvent perçu comme une forme d’agression et on s’est posé la question du pourquoi qui a été notre base de travail.

Le livre d’Edward T.Hall, La dimension cachée nous a beaucoup inspirée notamment l’articulation espace intime/espace public, le lien avec l’animalité qui nous a conduit à nous intéresser aux expériences faites sur les colonies de rats et pour finir le film Le Scaphandre et le papillon qui soulève la question de l’enfermement dans notre propre corps, y compris lorsqu’il est sain. La question du « pourquoi on en arrive là » se reposait de façon aigüe notamment lorsqu’on compare cette situation avec d’autres cultures où il semble qu’il soit plus facile d’échanger. Ce dysfonctionnement sociétal nous questionne profondément.

Votre utilisation de l’espace montre un fonctionnement de groupe qui est celui décrit dans la plupart des contre-utopies, trajectoires obligées, espace contraint, bulle d’enfermement, etc.

La façon dont se déroulent les déplacements à Paris nous a beaucoup inspiré : les mouvements de foule sont souvent guidés par la nécessité d’avancer un peu comme lorsqu’on dit « marche ou crève », pas de compassion, pas d’entraide, l’indifférence et l’obligation de tracer sa route quoi qu’il arrive. On voulait montrer cette notion de contrainte sur le plateau notamment dans la première partie, où les choix sont imposés et ne correspondent pas à une volonté propre et individuelle.

Il y a cependant une évolution qui se dessine dans votre pièce

La deuxième partie s’interroge sur la possibilité du choix personnel de faire sauter ces limites d’espace extérieur ou intérieur. De ce point de vue c’est aussi intéressant de se confronter à différents espaces scéniques.

On sent que vous êtes encore dans une phase d’ajustement par rapport à l’espace et à la matière de votre pièce, pensez-vous la faire évoluer ?

Oui, la pièce a été créée pour l’extérieur, pour des festivals de rue donc un espace très ouvert où il est nécessaire de capter en permanence l’attention du public sous peine de le voir se détourner du spectacle, c’est la raison pour laquelle il n’y a aucun temps mort et beaucoup de matière qu’elle soit corporelle ou sonore. Cette densité ou abondance nous a été un peu reprochée lorsqu’on a donné la pièce en lieu clos et on réfléchit à une version plateau beaucoup plus épurée qui permettra des respirations à la fois pour les danseurs et les spectateurs.

« Locked-Space-In » Compagnie A.J.T. par Aurore_Godfroy

Vos projets : nouvelle création ou nouvelle version de Locked space in

Nous n’avons pas envie d’une nouvelle création pour l’instant, nous avons consacré deux étés à cette pièce et aujourd’hui notre envie est de la danser le plus possible, par contre nous travaillons sur une version plateau plus allégée. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que nous sommes des danseurs professionnels qui travaillons chacun dans des compagnies différentes. Ce sont d’abord nos travaux d’interprètes qui nous nourrissent, le temps nous est donc compté pour le travail de création. Par contre nous proposons déjà des versions modulables de notre spectacle puisqu’il se décline en solo/trio et solo-trio- quatuor selon la taille de la version présentée avec un budget modulable lui aussi, on espère séduire les programmateurs et surtout toucher un public le plus large possible d’où nos propositions de jouer dans des lieux très différents : extérieur, musées, théâtres, hôpitaux, écoles, prisons.

Pour suivre le travail de la compagnie ou prendre contact : Compagnie AJT 

Image de Une, Locked space in, photo gracieusement fournie par la Cie AJT, tous droits réservés.

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