Liliane Schaus : directrice du Centre de développement chorégraphique Uzès danse

Dans un article précédent nous avons présenté le festival Uzès danse nous profitons de son déroulement pour questionner Liliane Schaus sur cet événement et le travail qui est mené au CDC d’Uzès qu’elle dirige.

Un festival pour éclairer le travail du CDC et promouvoir la création chorégraphique

Uzès est un des 10 Centres de développement chorégraphiques labellisés par le ministère de la culture et de la communication et à ce titre a des missions à remplir, l’une d’elle est la transmission de la danse auprès du public, la seconde est d’accompagner les artistes au niveau de la création, de la production et de la diffusion, la troisième est de mettre en place des réseaux nationaux et européens dans lesquels on participe à la diffusion de la danse et pour finir d’être un lieu ressources et de références par rapport à son territoire d’implantation.

Un dernier aspect est celui de la formation, tant de professeurs de danse que de futurs danseurs ou chorégraphes mais ce dernier volet n’est pas développé de la même façon selon les CDC, certains proposent un simple entrainement régulier du danseur d’autres vont beaucoup plus loin en proposant des cursus qui adjoignent à la pratique de la théorie comme au CDC de Toulouse.

Pour ce qui nous concerne à Uzès, le travail que nous faisons sur l’année avec le public et l’accompagnement des artistes est à un moment donné mis en lumière par le festival, il y a donc une connexion nécessaire et évidente entre le travail du CDC et le festival Uzès danse.

D'un goût exquis, Fabrice Ramalingom, crédit photo Franck Boulanger.
D’un goût exquis, Fabrice Ramalingom, crédit photo Franck Boulanger.

D’où l’importance donné au travail de Fabrice Ramalingom qui est votre artiste en résidence

Tout à fait, à partir du moment où l’on fait un compagnonnage avec un artiste qui dure au moins trois ans, il y a un véritable travail de collaboration qui se développe et Fabrice Ramalingom est aussi notre lien avec le public parce qu’il est présent sur le territoire tout au long de l’année et pas seulement lors du festival. Il propose des ateliers dans les écoles, à l’hôpital psychiatrique, il rencontre les habitants et le festival est le moment qui rend visible tout le travail effectué pendant l’année.

Pour nous il est important de montrer son travail qu’il s’agisse de son répertoire, de ses créations ou d’étapes de celles-ci. Pour cette édition, il est aussi présent en tant qu’interprète dans la pièce Mauvais genre que nous donnons en hommage à Alain Buffard.

Fabrice Ramalingom, animant un atelier, CDC Uzès  tous droits réservés.
Fabrice Ramalingom, animant un atelier,photo CDC  d’Uzès tous droits réservés.

Parmi les actions que vous menez l’une d’elle s’intitule Culture à l’hôpital en partenariat avec l’hôpital psychiatrique local, pourquoi ce choix ?

Il y avait la volonté de rencontrer des publics à différents endroits et pas forcément dans les lieux attendus, et puis nous avons utilisé les données qui existent sur un territoire. À Uzès il y a un hôpital psychiatrique dont le directeur et les équipes soignantes étaient prêts à s’ouvrir à la culture, donc nos deux envies se sont rencontrées.

Ainsi quand le programme Culture à l’hôpital a été lancé sur co-financement des ministères de la culture et de la communication et de la santé, nous nous sommes retrouvés pour proposer un projet et nous sommes soutenus dans ce cadre depuis 2003. C’est un partenariat d’une extrême richesse même si les choses sont parfois compliquées parce qu’évoluant dans des univers très différents nous ne nous comprenons pas toujours sur nos modes de fonctionnement mais c’est une rencontre passionnante.

C’est là aussi que la présence d’un artiste en résidence fait sens et lien dans ce type de partenariat car il est important que les personnes volontaires qui viennent aux ateliers aient un référent stable, réciproquement cette stabilité est utile pour l’artiste qui intègre dans son processus de création les personnes participantes aux ateliers et  travaille la matière chorégraphique avec eux.

Atelier chorégraphique mené dans le cadre de Culture à l'hôpital, photo CDC d'Uzès tous droits réservés.
Atelier chorégraphique mené dans le cadre de Culture à l’hôpital, photo CDC d’Uzès tous droits réservés.

Double regard dans la programmation du festival, jeunes pousses et devoir de mémoire…

Il me semble très important d’inviter de jeunes chorégraphes en début de parcours à la fois pour les diffuser et leur permettre de voir des œuvres de leurs aînés dont certaines font partie de l’histoire de la danse et ont parfois été des points de départ sur d’autres cheminements chorégraphiques.

L’an dernier on avait programmé Parades & Changes d’Anna Halprin recréé par Anne Collod qui se situe début de la performance et a inspiré un grand nombre de chorégraphes. Mauvais Genre  et Good boy d’Alain Buffard ont marqué l’histoire de la danse à travers le rapport à l’art contemporain et une réflexion sur le corps touché par la maladie et comment il peut se reconstruire à travers la danse. Good boy repose aussi la question du solo, et il me semble important que les jeunes chorégraphes s’interrogent aussi sur cette forme à travers des pièces qui appartiennent à l’histoire de la danse.

Pour toutes ses raisons j’essaie lors du festival de programmer au moins une pièce qui fait partie de l’histoire de la danse, dans ce cadre rendre hommage à  Alain Buffard me semblait une évidence, nous l’avons beaucoup invité à Uzès et il fait partie de ces grands chorégraphes des années quatre-vingt. Il possédait un regard très ouvert sur l’art contemporain, ses pièces étaient pleines de références à d’autres champs artistiques et en ce sens, je trouve très pertinent que de jeunes chorégraphes prennent connaissance de son travail.

Mauvais Genre en hommage Alain Buffard crédit photo Marc Domage.
Mauvais Genre en hommage Alain Buffard crédit photo Marc Domage.

Votre programmation est un aller-retour entre expérimentation et œuvres reconnues un peu comme si vous vous donniez la mission d’être un passeur de la culture chorégraphique…

Oui, le mot est juste, je me positionne comme passeur, je n’aime pas tellement le mot de médiateur mais passeur j’aime beaucoup parce que c’est un engagement et une vocation, je crois que je suis là pour ça, pour passer, pour faire ce lien entre l’œuvre de l’artiste et le public, pour que les deux se rencontrent, se rejoignent et se comprennent à un moment donné. Il s’agit aussi d’être passeur entre les artistes, accompagner la jeune génération,  leur donner des outils pour qu’ils continuent au mieux à réfléchir,  avancer et  à nous donner des œuvres qui nous accrochent.

 

Image de Une:  Le Coeur du Son de Maguelone Vidal & Fabrice Ramalingom © Olivier Grafikarts

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