« La danse est plus diversifiée que ce qu’on veut nous faire croire »

PORTRAIT d'Olivia Granville_MARC_DOMAGE

Olivia Grandville débute sa carrière en se formant à l’Opéra de Paris, de 1981 à 1988, avant de s’orienter vers la danse contemporaine. Elle rejoint la compagnie de Dominique Bagouet. À la mort de celui-ci en 1992, elle co-fonde avec plusieurs interprètes de la compagnie Les Carnets Bagouet pour conserver et transmettre l’héritage du chorégraphe. À partir de 2011, Olivia Grandville s’installe à Nantes et devient artiste associée du Lieu unique, de 2017 à 2022. Le 3 janvier 2022, elle prend la direction du Centre chorégraphique national (CCN) de La Rochelle, rebaptisé Mille Plateaux-CCN La Rochelle, à la suite de Kader Attou. La chorégraphe déborde de projets et souhaite montrer la multiplicité de formats de représentation de la danse. Entretien.

Vous succédez à Kader Attou, après treize ans de hip-hop. Pourquoi avoir postulé à la direction du CCN de La Rochelle ?

Après mon expérience à Nantes, je me sentais prête à postuler à un CCN. C’était le bon moment pour moi d’investir un lieu et de porter un projet. Et La Rochelle est un lieu historique, avec Brigitte Lefèvre et Jacques Garnier ou encore Régine Chopinot, figure de la danse des années 80. Je souhaite en faire un lieu d’art contemporain.

Que souhaitez-vous transmettre ?

Je souhaite montrer que la danse contemporaine n’est pas une technique, c’est une manière de voir le monde et cela peut être plein de choses. Il y a des liens, historiques notamment, entre les danses savantes et les danses populaires. De nombreuses techniques ont nourri la danse contemporaine. Je souhaite me départir de l’académique.

Vous proposez plusieurs rendez-vous aux danseurs professionnels et amateurs.

Oui, il y a trois propositions régulières. Il y a les Lundis (1). Il s’agit d’ateliers pratiques et techniques, plutôt orientés vers les professionnels, sur les fondamentaux de la danse tels que le temps, l’espace, la musicalité… Les Chaufferies, le mardi soir, où le plateau de la chapelle Fromentin est mis à la disposition des danseurs pour s’entraîner. 

Et enfin L’Invité mystère (2), le dimanche matin où le public va à la rencontre d’une pratique corporelle. C’est ouvert à toutes les techniques, tout m’intéresse. Si je rencontrais un rugbyman, je serais intéressée par une initiation à la mêlée [rires]. Cela peut être des arts martiaux, une pratique de la voix – très présente sur les plateaux de danse contemporaine -, le mime… Il n’y a pas d’échelle de valeur. Ce qui est intéressant, c’est la manière dont les gens transmettent. Les personnes qui vont assister à ce type d’ateliers vont ensuite faire le pont entre toutes les choses qu’elles ont vues. Et c’est ça qui m’intéresse. Il y a des liens entre les différentes pratiques corporelles. Il y a des choses dans la danse classique qui proviennent de la danse basque par exemple.

Comment l’idée vous est-elle venue ?

À Nantes, il y a quelques années, j’avais travaillé sur le projet “Potlatch”, inspiré de la culture amérindienne, un troc de danses où des danseurs transmettent leur danse et apprennent celles des autres. Chacun devient alors l’amateur de l’autre.

Quels sont vos projets pour ce lieu, rebaptisé Mille Plateaux ?

Je veux accompagner les artistes chorégraphes. Nous avons d’ailleurs obtenu l’enveloppe artiste associé qui nous permet d’accueillir au studio des compagnies pendant trois ans. Il s’agira du Collectif ÈS de Lyon et de La Tierce de Bordeaux.

Que voulez-vous apporter à travers ce lieu ?

Je veux impliquer les gens et leur transmettre quelque chose au niveau culturel, qu’ils affinent leur regard. La danse est plus diversifiée que ce qu’on veut nous faire croire. Non, le hip-hop n’est pas réservé aux garçons et la danse classique aux filles. L’objectif est également de lutter contre une culture de masse qui diffuse une vision binaire et réductrice de la danse, comme une sorte de remise à niveau. La danse, c’est plus vaste que ça.

Débandade, Olivia Granville, création 2021 (c) Marc Domage.

Pendant le confinement, tout le monde a dansé. Sur TikTok, dans son salon, tout le monde se filmait. Mais c’est comme si la danse dans les théâtres, c’était une autre danse, pas faite pour tout le monde. Or tous les corps ont le droit de danser. Car danser, ce n’est pas seulement danser ; c’est aussi partager un espace avec les autres, aller à la rencontre de l’autre, par le corps, de manière non-violente.

Site Internet : www.milleplateauxlarochelle.com

  1. Les Lundis : 28 mars, Matthieu Patarozzi ; 4 avril, Catherine Legrand ; 11 avril, Loïc Touzé ; 25 avril, Yvann Alexandre ; 2 mai, Annabelle Pulcini.

(2) L’Invité mystère : dimanches 27 mars, 3 et 10 avril.

Image de Une, portrait d’Olivia Grandville crédit photo Marc Domage.

Entretien réalisé par notre contributrice en région Jenny Delrieux.

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