Danse et nouvelles technologies #1 – Forsythe et sa Motion Bank, la notation du mouvement 2.0

Comment sauver la danse de l’oubli ? Cette question existentielle hante les théoriciens et créateurs depuis suffisamment longtemps pour qu’on ait vu fleurir les écrits et les formes de notation du mouvement pendant des siècles. Depuis l’Orchéosographie ou la notation Feuillet, jusqu’aux notations Laban et Benesh ou au système créé par Myriam Gourfink pour ses besoins créatifs, la danse attend impatiemment sa partition.

Logo © Association Notation pour le Mouvement

 On a pourtant bien cru que l’avènement de la vidéo constituerait une solution satisfaisante au besoin d’archiver et de documenter la création chorégraphique, mais ce médium souffre d’une insuffisance majeure en terme de transmission des qualités de mouvement qu’il gomme toujours trop aux yeux de nombreux chorégraphes.

C’est pourquoi William Forsythe s’est lancé dans l’aventure Motion Bank qui vise à exploiter les plus récentes études en matière de représentation graphique de la qualité de mouvement pour proposer des partitions chorégraphiques plus sensibles.

L’idée essentielle de Motion Bank est d’utiliser un mécanisme perceptif, nommé transfert amodal, qui nous permet de créer des interactions entre nos différents sens. Dans le cas présent il s’agit de susciter une réaction kinesthésique à partir de la variation d’éléments graphiques numériques. Le projet de recherche mené par Forsythe consiste alors à trouver des liens entre des variations graphiques et la perception de différentes qualités de mouvement afin de proposer des partitions chorégraphiques qui les prennent en compte.

C’est ce que nous explique ici en image le chorégraphe.

En définitive, les partitions créées apparaissent quelques peu opaques à toute lecture en l’état, et la grande réussite du projet semble plutôt se trouver dans les créations graphiques qui ont été réalisées. William Forsythe s’émerveille d’ailleurs de constater combien les éléments graphiques semblent danser de manière sensible et en corrélation avec les qualités de mouvement auxquels ils sont censés correspondre. C’est donc en spectacle que nous pourrions voir les résultats de ces recherches appliqués le plus rapidement, et peut-être au sein de la Random Dance de Wayne McGregor puisque son directeur de recherche, Scott DeLahunta, était très impliqué dans le projet Motion Bank.

Toujours pour les anglophones une présentation de Scott DeLahunta et Joannes Birringer en fin d’année dernière concernant un des points du projet Motion Bank, les Choreographic Objects.

 

Patientons donc avant de nous prononcer sur la réussite du projet en matière d’archivage car le projet s’achèvera à la fin de l’année 2013 et certaines partitions, résultantes de ces recherches, seront alors disponibles à l’étude sur le site Motion Bank.

Reste à savoir si c’est là la genèse d’une forme de transmission nouvelle pour la danse, totalement dématérialisée, ou si la transmission d’interprète à interprète a encore de beaux jours devant elle.

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Une version béta 1 de la partition de Deborah Hay vient d’être proposée http://scores.motionbank.org/dh/
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