Week-end danse à Royaumont

Dans le cadre du festival de Royaumont démarré le 21 août dernier et qui se poursuit jusqu’au 3 octobre prochain, un weekend de danse est proposé sous la houlette d’Hervé Robbe.

Au programme 

Samedi 18 septembre 

15h – Nach Cellule

Cellule, Nach © Raphael Stora.

Une jeune danseuse dresse son autoportrait en s’appuyant sur le krump, une gestuelle explosive née à Los Angeles. Intensément expressive, la danse de Nach captive. Est-ce un hasard si cette jeune femme a un jour rencontré le krump, une gestuelle née à Los Angeles ? Comme le montrent le film Rize de David Lachapelle et la mise en scène des Indes galantes par Clément Cogitore, tout y est aussi explosif qu’elle. Après s’être longuement entraînée dans la rue, après s’être régulièrement livrée à des joutes chorégraphiques, la danseuse a pourtant pris ses distances. Buste frémissant, nuque sous tension, brusques arrêts… Tout le vocabulaire du krump lui est resté mais elle a choisi d’en compléter la grammaire en s’initiant au flamenco, au kathakali indien ou au butô japonais. Au fil des rencontres, elle a appris avec avidité, comme si elle était impatiente de vivre d’autres vies, comme si elle avait cherché à s’évader d’une cellule. Sur les murs de la sienne, justement, des faisceaux de lumière projettent d’autres corps en mouvement. Puissamment androgyne, Nach est tous les êtres et tous les gestes à la fois. « Jour après jour, je m’invente, je découvre, j’ose, je ne fléchis pas. Je suis seule dans mon identité en suspension », déclame-t-elle, avant d’asséner : « Je suis Nach. Un monstre perdu dans les mythes et les cultures ».

Distribution : Nach* chorégraphie, interprétation, textes et images, Emmanuel Tussore scénographie, conception lumière et vidéo Vincent Hoppe directeur technique, conception son Boris Munger et Jean-Alain Van construction décor. * Artiste en résidence de co-production (2021)

17h30 – Antoine Arbeit Système

Système, Antoine Arbeit (c) Stéphane Bahic.

Alors que la conquête spatiale reprend, Antoine Arbeit s’inspire de la course des astres pour écrire la danse des hommes. Les planètes chantent. La Nasa a publié les enregistrements réalisés par les sondes Voyager I et II lors de leur traversée du système solaire. Chaque astre a sa propre signature électromagnétique, son empreinte à la fois nébuleuse, harmonieuse et énigmatique. Système s’en inspire, comme il s’inspire des trajectoires des planètes autour du soleil. La course des astres devient alors danse des hommes. Ce jeu infini entre les quatre interprètes, ce déploiement de mouvements au sein d’un cycle de déplacements répétitif se rythme de rencontres, de séparations, d’unissons et de décalages. Sa matière gestuelle fait écho aux Radial Courses (1976) de la chorégraphe états-unienne Lucinda Childs, une pièce minimaliste basée sur un motif circulaire, mais, ici, les corps s’échappent dans le vide, s’évadent parmi les résonances stellaires.

Distribution : Lucie Gemon, Gaspard Charon, Pierre Lison, Elie Tremblay danse, Antoine Arbeit* chorégraphie.Œuvre chorégraphique d’Antoine Arbeit, sur NASA Voyager Recordings, Symphonies of the Planets.*Artiste en résidence Parcours création – jeune talent (2021)

20h45 – Hervé Robbe Sollicitudes

Sollicitudes, Hervé Robbe (c) Hervé Robbe danse.

Vêtues de sculptures vestimentaires de Jeanne Vicerial, six figures d’interprètes chorégraphiques et musicaux sont invitées par Hervé Robbe et Jérôme Combier à partager de nouveaux paysages mémoriels et poétiques. Le danseur se double toujours d’un créateur. Là où s’écrit sa présence transparaît aussi son vécu, son imaginaire, sa singularité… Cette incarnation – qu’il nomme « l’épaisseur de l’être » – passionne le chorégraphe Hervé Robbe, l’actuel directeur artistique du Pôle Création chorégraphique de Royaumont. Pour cette nouvelle proposition, il invite des interprètes qui ont à plusieurs reprises croisé sa route à remonter sur scène. Catherine Legrand, Jean-Christophe Paré,Yann Cardin et Vera Gorbatcheva : quatre tempéraments et autant de parcours, du Ballet de l’Opéra national de Paris à la « nouvelle danse française », des camps de réfugiés de Cisjordanie à la Russie… Chacun est le coauteur du solo qu’il danse, chacun retrouve en lui des gestes qu’il a projetés ou qui l’ont traversés. Ces signes se répondent et dessinent de nouvelles partitions éphémères, dans un environnement sonore qui conjugue le romantisme des lieder de Schubert et la frappante corporalité des thèmes de Jérôme Combier. Les costumes en forme d’exosquelette conçus par la designer textile Jeanne Vicerial soulignent encore la dimension tribale de cette rencontre. À l’issue d’une période d’isolement, les matières et les corps se retrouvent au sein d’un espace spectaculaire que le chorégraphe a réinventé avec attention, constance et bienveillance.

Distribution : Catherine Legrand, Jean-Christophe Paré, Yann Cardin, Vera Gorbatcheva danse et chorégraphie, Fanny Vicens  accordéon, Alexa Ciciretti violoncelle, Jeanne Vicerial design et réalisation costumes, Hervé Robbe conception chorégraphique, Jérôme Combier musique originale. Création chorégraphique de Hervé Robbe, sur des musiques de Franz Schubert et Jérôme Combier.

Dimanche 19 septembre 

11h30 et 14h30 – Sébastien Laurent, Annabelle RosenowVictorine (jeune public)

Victorine, Sébastien Laurent et Annabelle Rosenow () Vincent Curdy.

Une évocation fantaisiste de la destinée de la jeune femme qui a servi de modèle au Déjeuner sur l’herbe de Manet. Victorine ? C’est Victorine Meurant, la jeune femme qui a servi de modèle à Edouard Manet, pour sa célèbre toile de 1862, Le déjeuner sur l’herbe. Elle est également l’héroïne d’un album pour enfants de Claire Cantais, Votez Victorine. En détournant plusieurs tableaux présentés au musée d’Orsay, l’illustratrice y narre l’histoire d’une jeune femme qui, à la suite d’une mauvaise plaisanterie, se retrouve nue mais finit, après de nombreux rebondissements, par être élue Présidente de la République. Sébastien Laurent a décidé d’en tirer un spectacle ludique et instructif. La danseuse et comédienne Annabelle Rosenow incarne une Victorine en quête de liberté ; le chorégraphe joue les personnages qui tentent de la brider. Leurs amusantes interactions permettent de remettre en perspective l’évolution de la condition féminine, de se moquer des rapports entre genre et statut social ou encore d’évoquer la place trop marginale des femmes dans la sphère artistique. Sur des musiques de Domenico Scarlatti, la lecture dansée d’un beau livre devient ainsi le prétexte d’un jeu avec les corps, les costumes, l’histoire de la peinture et l’histoire tout court, doublé d’un pertinent questionnement adressé aux enfants et aux adolescents…

Distribution : Sébastien Laurent* chorégraphie et danse, Annabelle Rosenow danse, sur des musiques de Scarlatti. * Artiste en résidence Parcours création – jeune public (2021). 

 15h30 – Nach – Cellule (reprise)

17h – Hervé Robbe – Sollicitude (reprise)

[Hors-les-murs] – Antoine ArbeitThe river (reprise)

3 séances hors-les-murs :

Représentation à 14h sur le parvis du musée Archea, à Louvres (95)

Représentation à 15h30 sur le site archéologique d’Orville, chemin d’Orville à Louvres (95)

Représentation à 17h sur le site archéologique d’Orville, chemin d’Orville à Louvres (95)

The river

Attachés l’un à l’autre, des danseurs déséquilibrés recréent le lien inaltérable d’Orphée avec sa femme, Eurydice. Orphée peut-il vivre seul ? Dans les Métamorphoses d’Ovide, le poète grec descend aux enfers pour en faire sortir sa femme, Eurydice. The River évoque leur remontée commune mais surtout la mort du héros, tué parce qu’il refusait d’oublier la défunte, puis jeté dans un fleuve. Pour matérialiser ce lien inaltérable, le jeune chorégraphe Antoine Arbeit a eu l’idée d’attacher ses deux danseurs à une même corde. Les corps en alternance, s’allègent ou se contractent, oscillent entre la prise en charge de l’autre et l’abandon de leur propre poids. En naît une danse délicate et instable qui serpente à travers le récit du poète latin, à la manière d’une rivière qui accueillerait le spectateur sur ses rives imaginaires. La chorégraphe Trisha Brown avait déjà suspendu un danseur à un fil dans son Man Walking Down the Side of a Building (1970). Chez Antoine Arbeit, au fil des déplacements et des accidents, c’est à deux que l’histoire s’écrit. Ses personnages déséquilibrés – à la fois danseurs, acrobates et funambules – retiennent notre souffle et nous interrogent sur nos liens avec nos proches, nos dépendances affectives. Après tout, qui peut affirmer qu’il souhaiterait vivre seul ?

Distribution : Antoine Arbeit* chorégraphie, Lucie Gemon et Gaspard Charon danse. *Artiste en résidence Parcours création – jeune talent (2021)

Où et quand ?

Festival de Royaumont, du 21 août au 3 octobre à l’Abbaye de Royaumont  et hors les murs, weekend danse les 18 et 19 septembre 2021. Tout savoir sur le festival c’est ici !

Image de Une, visuel du festival de Royaumont 2021, crédit photo Agnès Mellon.

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