Tanz im August, deuxième semaine

La 31e édition du festival Tanz im August a débuté le 9 août. Jusqu’au 31 d’un mois bien rempli, le spectacteur berlinois devrait en prendre plein les mirettes et même les non-voyants auront cette année la possibilité de percevoir l’invisible danse, un art qui à Tanz im August se rapproche encore et toujours plus de la performance. Retour sur deux temps forts de la seconde semaine du festival : Anne Nguyen et Oona Doherty.

Compagnie par Terre, Anne Nguyen, KATA © Homard Payette

La Compagnie par Terre était déjà venue à Tanz im August avec Yonder Woman en 2011. Cette fois c’est avec Kata qu’elle foule les planches du Radialsystem V, l’antre de Sasha Waltz en bord de Spree. Une salle archi comble, avec beaucoup d’enfants enthousiastes à l’idée de voir du hip hop. Huit danseurs/ninja dont une femme s’engagent dans une danse combative, aux allures d’art martial. Les mouvements, d’un contrôle inouï, transpirent une énergie vitale. Anne Nguyen décompose et recompose des lignes, d’une manière diaboliquement géométrique : le cercle des duels vient côtoyer d’autres formes comme ces diagonales qui vont et viennent de cours à jardin, nourrissant perpétuellement l’espace. Ajoutez à cela une musique percutante signée Sébastien Lété et des jeux de lumières modulantes de Ydir Acef, et Kata se révèle être un moment chorégraphique réussi, délicatement nuancé, surtout dans la poésie de ses duos, plus marqués dans la gestuelle, plus légers et plus doux aussi. Le vocabulaire mécanique voire frénétique se répète toutefois un peu et la faible dramaturgie laisse un ensemble un peu trop lisse à mon goût : on quitte la salle en ayant la fâcheuse impression de n’avoir eu que des amuse-gueules à se mettre sous la dent alors que de gros gibiers nous sont passés sous le nez…

Repassons à l’ouest de Berlin, au HAU1, pour (re)découvrir Oona Doherty, l’enfant terrible de la performance made in Belfast. Une danseuse dont le solo Hope Hunt avait en 2016 scotché grand nombre de nos confrères critiques en quête de chorégraphes inspirés et d’un vocabulaire poignant. Il est vrai que Oona, aussi politique que poétique, a la faculté de transcrire ses états d’âme en états de corps. Le premier solo de Hard To Be Soft – A Belfast Prayer, „Lazarus & the birds of Paradise“, est-il un écho à l’épisode biblique ? Allez savoir, mais il prouve encore une fois combien la chorégraphe est douée à explorer les réalités sociales d’une ville meurtrie. Entre grâce et vulgarité, elle s’approprie les attitudes triviales et expressions intimes de ses habitants, prisonniers de leur condition, au sens propre comme figuré comme le souligne le décor-cage composé de barres verticales qui encadrent le tapis de danse. S’en suivent trois autres épisodes, reflétant genre et classe, rythmés par David Holmes (compositeur de musiques de films, notamment de Steven Soderbergh) mais aussi par des partitions de musique sacrée ou encore des cris et des pleurs, des bagarres et des discussions de comptoir.

Oona Doherty, Hard To Be Soft © Dajana Lothert

L’épisode n°2, „Sugar Army“, est interprété par de jeunes danseuses hip hop locales qui se prêtent avec plus ou moins d’aisance au jeu. Oona s’est inspirée de sa propre jeunesse dans une école non-mixte pour créer cet ensemble de midinettes rattrapées par leur devenir de fille-mères mineures, comme le martèle le texte en arrière-fond. C’est charmarré dans les anoraks de sport et frais dans le mouvement, mais cela n’a pas grand intérêt. L’épisode n°3, „Meat Kaleidoscope“, nous propose un duo d’hommes (d’aucun dirait corpulents, je préfère dire flasques…) torses nus qui oscillent entre attirance et répugnance. Un clair-obscur qui met toutefois en lumière moult non-dits d’une société conservatrice et puritaine. L’épisode n°4, „Helium“ (originellement créé pour le danseur Ryan O’Neill), laisse réapparaître une Oona Doherty qui renaît comme pour mieux s’offrir au monde extérieur…

Avec cette pièce, Oona Doherty, éloquente, confirme son goût pour une danse qui souligne le contexte violent qui l’entoure. Viscéral et expressif, son travail incite au frémissement et, avant tout, à regarder autrement. Est-il cependant nécéssaire de regarder d’autres corps, plus jeunes, plus vieux, manquant indéniablement d’adresse, pour percevoir la différence ?

OÙ ET QUAND ?
Hebbel am Ufer et diverses salles berlinoises, du 9 au 31 août 2019

Crédits Image de Une : Oona Doherty, Hard To Be Soft © Dajana Lothert

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