SPLIT – Les Soirées Partagées

Ça commence un 12 janvier dans la petite salle du Point Ephémère à Paris avec 3 chorégraphes invités : Antonin Rioche, Dorine Aguilar et Axel Loubette. C’est complet et si on n’a pas pu s’y présenter on en entend que des retours superlatifs. Puis ça se poursuit un 10 Février et du coup on y est, avec cette fois Scarlet, Robin Lamothe et Smail Kanouté, et on a la bonne surprise de constater que les superlatifs n’étaient pas volés. Est-ce qu’on aurait enfin une plateforme de diffusion pour les jeunes chorégraphes sur Paris ? Est-ce qu’en plus cette plateforme aurait choisi de fonder sa ligne artistique non pas sur un style, un milieu ou une thématique mais sur un mantra simple mais joyeusement à rebours des institutions : privilégier des projets chorégraphiques qui travaillent la danse en studio plus que sur papier ? Est-ce enfin le retour de la « danse qui danse », expression tristement tautologique qu’un pan entier du paysage contemporain nous a malheureusement imposé de produire ?

Pas impossible, du coup on a vite interviewé Laura Arend et Lola Mino qui sont à l’initiative du projet !

 

Benjamin Behrends dans “Oh boy!“ ; Chorégraphie: Antonin Rioche ; SPLIT#1 ©Lola Mino

 

SPLIT, mais pourquoi donc ?

On a toutes les deux vécu et dansé en Israël. Là-bas les soirées partagées sont assez communes pour présenter des pièces finies ou en chantiers. Mais de retour sur Paris il nous a semblé impossible de présenter son travail hors du circuit de résidences. Or ce circuit est tellement cloisonné aujourd’hui que beaucoup de projets peinent à rentrer dans les cases et se retrouvent dans un désert de soutien institutionnel.

On a aussi remarqué que ces circuits favorisent trop l’entre-soi. Les chorégraphes qui y évoluent se connaissent presque tous entre eux, viennent des mêmes formations, des mêmes horizons. Quand ils collaborent c’est entre eux. Ils occupent ainsi tout l’espace, mais laissent peu de place à ceux qui ne font pas parti du gotha.

Enfin, les événements qui existent nous ont semblé trop ponctuels et mal adaptés à la création. Dans le rythme qui va du dépôt de dossier pour arriver un jour sur scène il y a une injonction des temps de travail qui fait qu’on travaille finalement rarement la danse en studio au moment où on est le plus imprégné de son projet. On se retrouve aussi à devoir présenter son travail à des moments de vulnérabilité qui ne lui font pas du bien publiquement. (La rédaction de CCCDanse note que le réseau DanseDense a probablement entendu ce décalage entre rythmes de création et rythmes institutionnels en proposant une nouvelle formule « mobile » à ses Danses en Chantiers)

C’est pour ça qu’on a créé SPLIT.

Du coup vous sélectionnez sur quels critères ?

Un premier point important c’est que les gens sont libres de candidater quand ils le souhaitent, quand ils jugent leur projet mûr pour une présentation publique. C’est dans cet esprit qu’on a décidé de ne pas produire d’appels à projets thématiques. Les artistes créent de leur côté en suivant leur propre agenda, ils ne créent pas pour être présenté à SPLIT, ils créent puis la plateforme est là et peut leur offrir régulièrement un espace de diffusion.

Mais on voit où tu veux en venir… On sélectionne sur la base de ce qu’on nous envoie, et ça implique de la vidéo pour nous, plutôt qu’un dossier écrit de plusieurs dizaines de pages. On ne peut pas juger un projet qui existe uniquement sur papier même si ça apporte des éclairages. Ensuite, on essaie de mettre nos goûts personnels de côté quoi qu’il en soit. D’un côté on a envie de contrecarrer le snobisme encore trop présent dans la danse contemporaine qui fait qu’aujourd’hui l’image de cette danse dans l’esprit populaire ça reste le cliché de films expérimentaux des années 70 qui passent tardivement sur Arte… Mais il ne s’agit pas de produire du divertissement non plus. On se sent surtout un devoir vis à vis du public, en lui proposant des pièces de qualité tout en lui donnant l’occasion d’être surpris. On essaie d’avoir des propositions qui s’équilibrent sur chaque soirée pour que la multiplicité qui existe en danse contemporaine soit représentée.

 

Chloé Zamboni et Baptiste Menard dans « Mémoire d’un Oubli » ; Chorégraphie : Robin Lamothe ; Cie Collective/less ; SPLIT#2 ©Lola Mino

 

La salle du Point Ephémère n’est pas très grande et les possibilités techniques sont restreintes, c’est un choix ?

Bien sûr on aimerait donner accès à un grand plateau et des moyens techniques plus importants. Mais en fait c’est peut-être pas l’objectif non plus. Cet accueil technique minimal ça influe sur ce qu’on peut proposer dans le sens où c’est le travail de la danse qui prime dans nos choix puisque c’est le seul travail qu’on pourra mettre en oeuvre et donner à voir in situ.

Est-ce qu’il n’y a que des professionnels ?

Oui essentiellement, à l’exception de quelques étudiants qui nous sollicitent. Et il faut avouer qu’on dédie la plateforme à des projets professionnels, à des artistes qui sont dans une démarche de développement possiblement à long terme en tant que chorégraphe et qui ont besoin de ce genre de dispositifs pour leur donner un coup de pouce. On ne méprise absolument pas le milieu amateur, mais ce n’est pas l’objectif de la plateforme, ça n’est juste pas le sujet ici.

Comment espérez vous faire évoluer le projet ?

Pour l’instant honnêtement l’objectif c’est déjà de le pérenniser. Pour ça on est très heureuses du soutient que nous offre le Point Ephémère jusqu’à la fin de la saison. Mais pour poursuivre il nous faut des candidatures, et des candidatures vraiment qualitatives parce que sinon le public ne suivra pas et sans public il n’y a pas lieu de diffuser quoi que ce soit.

Si la plateforme devient suffisamment une référence de qualité on pourra peut-être en plus d’un espace de diffusion en faire un véritable espace de promotion pour les chorégraphes émergents.

Ensuite on réfléchit à développer le projet sous forme de journées complètes qui laisseront plus de places aux échanges avec les artistes que seulement des soirées, à peut-être ouvrir la plateforme à des collaborations extra-chorégraphiques… Mais pour l’instant l’important c’est vraiment de pouvoir continuer déjà sous cette forme. D’ailleurs on est à l’écoute de toute suggestion pour communiquer sur l’existence de la plateforme, la diffuser. On essaie évidemment d’utiliser nos propres réseaux pour solliciter des professionnels du milieu mais il s’agit aussi de sortir de notre réseau pour pouvoir proposer des projets inattendus.

Bref, la plateforme est là, maintenant c’est les candidatures qui doivent la faire vivre ! Le programme de la prochaine édition du 29 Mars est déjà complet mais on vous invite à proposer vos travaux dès à présent pour les suivantes les 20 Avril et 18 Mai sur : splitparis2017@gmail.com

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