MASS, ou le réalisme poétique de Pierre Pontvianne

En création à RAMDAM, UN CENTRE D’ART, Pierre Pontvianne m’invite à assister à une répétition. Une occasion de découvrir ce lieu de résidence d’artistes porté par plusieurs compagnies et artistes partenaires (cie Maguy Marin, La Katet compagnie, cie PARC, Florence Girardon) à Ste-Foy-lès-Lyon, lieu dont il faut trouver le chemin mais qui vous récompense par son accueil quasi bucolique à 10 minutes du cœur de Lyon.

C’est toujours avec une certaine émotion que je regarde une communauté d’artistes à l’œuvre, la façon dont les interprètes, le chorégraphe et ici, un raconteur (l’auteur David Mambouch) trouve une économie commune au service de ce qui se crée, en dit long sur leur capacité d’écoute et de réponse. Malgré la chaleur et la fatigue de fin de journée, les présences au plateau sont entières et tendues vers les demandes du chorégraphe. Pierre Pontvianne intervient avec délicatesse, sans élever la voix, se déplaçant au plus près des interprètes comme pour leur confier de nouveaux chemins à emprunter, rectifier une trajectoire, préciser une position, délier un mouvement, tout cela proposé d’une voix de conversation entre soi. Il y a une connivence entre les interprètes qui ne gomme en rien leurs singularités. Interprètes choisis par le chorégraphe parce qu’il s’agit de gens dont il connaît les forces particulières, 6 individus dansants (quatre femmes et deux hommes) dont l’âge s’échelonne de 24 à plus de 55 ans, le chorégraphe dit aimer ce déploiement du corps dans le temps visible sur le plateau à travers un panel humain riche d’expériences ou de fraicheur, de jeu et de sagesse, d’impétuosité et de patience, chacun doit trouver sa place pour se fondre dans l’organicité du groupe. Pierre Pontvianne aime cette hétérogénéité des corps au plateau, les histoires qu’elle raconte et comment, lui, doit composer avec les différentes matières offertes pour trouver un commun.

La répétition de MASS auquel j’assiste me conforte dans ce que je sais de l’univers créatif de Pierre Pontvianne. Il décline, déploie un motif non jusqu’à l’épuisement mais en le renouvelant sans cesse par un savant jeu de léger déphasage, par une minutie spatiale et rythmique dont la trame s’orne d’entrelacs surprenants. Beaux textes de David Mambouch portés par sa voix, sarabande classique et bruits de foule captés lors d’une manifestation forme un ruban sonore que le chorégraphe déroule et découpe à l’envie. Une linéarité que l’on retrouve dans la chorégraphie qui se décline et se déploie visuellement comme une fresque dansée, dans une répétition quasi hypnotique de certains motifs, utilisant le thème et ses variations comme matière de base.

Comme toujours le chorégraphe part du réel et s’en inspire, ici les manifestations de contestation au printemps, formant des sous masses éphémères dans le courant principal, la perturbant, la disloquant partiellement avant qu’elle ne digère à nouveau le groupe perturbateur ou l’évince. MASS est la réaction artistique du chorégraphe face à ce réel, une transposition dansée qui incorpore poétiquement la brutalité du monde. Cette posture de créer en réaction au réel habite Pierre Pontvianne comme un courant sous-terrain, qui, d’une pièce à l’autre, lui sert de guide essentiel. Traverser la réalité du monde en une sarabande imaginaire dont l’écriture se nourrit d’un chaos fractal, d’élans structurés, d’échappements et du surgissement de points de vue surprenants.

On est frappé par la délicatesse des gestes et la rigueur toute mathématique de la partition, par l’engagement et la justesse des corps dans l’espace, par les vibrations entre…Entre les corps, faites de faufilements, de frôlements, de silences et de points de rencontre, vibrations/résonnances entre les mots, les sons et les corps. Pour le spectateur il y a comme une collision des sens, comment choisir entre l’appel du texte, celui des corps, la présence des sons et le motif musical, on a l’impression de se trouver au cœur d’une tapisserie complexe aux motifs entrelacés, au fil changeant de couleur. Une linéarité comme un fil tendu dont le chorégraphe inscrit les silences, les ruptures, les ouvertures comme autant de possibles.

MASS, se construit encore, d’une masse informe de matière, Pierre Pontvianne, dissèque, restructure, tisse, agrémente, enlève comme un artisan patient, il fait dialoguer les corps et les mots, les corps et le temps, les pleins et les vides, les sons et le silence. L’artiste transpose un événement banal, en une fresque dansée opposant à la brutalité des faits l’irruption du sensible et du poétique. Une belle forme de résistance dont on pourra voir les avant premières dès la fin septembre à RAMDAM, UN CENTRE D’ART dont la compagnie PARC de Pierre Pontvianne est partenaire depuis 2014.

MASS création 2018

Chorégraphie Pierre Pontvianne. Interprétation Jazz Barbé, Laura Frigato, Florence Girardon, Mathieu Heyraud, Catherine Jodoin, David Mambouch, Marie-Lise Naud. Conception sonore Pierre Pontvianne. Matière texte David Mambouch. Lumière Valérie Colas. Décor Pierre Treille.

Où et quand ?

28, 29 septembre à 20h, RAMDAM, UN CENTRE D’ART / Sainte-Foy-Lès-Lyon (69) Avant-premières

17 et 18 octobre à 20h30 , Atelier de Paris / CDCN / Paris (75) , Première

8 novembre à 20h, Dôme Théâtre d’Albertville – Scène conventionnée pour la Danse / Albertville (73) 16 janvier 2019 à 20h30, Théâtre du Vellein – Scène conventionnée / Villefontaine (38)

30 et 31 janvier 2019 à 20h, La Comédie de St-Etienne – CDN / Saint-Etienne (42)

Vous pourrez aussi découvrir ou revoir le solo Janet on the roof diffusé lors de la plateforme européenne – Focus de la Biennale de la Danse de Lyon le 21 septembre 2018 à 14h.

En savoir plus sur le travail de Pierre Pontvianne c’est ici !

Image de Une, visuel de MASS, 2018©cieparc.

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