Cross and Share – Julie Dossavi

La création de Julie Dossavi, présentée au Tarmac du 3 au 7 juin intrigue par sa proposition : une chorégraphie partagée…  Pour nous mettre sur la piste, il y a le titre Cross and Share, un partage, un croisement, certainement un dépassement. Des idées qui se rassemblent et se répondent parfaitement tout au long des soixante minutes du projet et que nous observons, vivons avec elle. L’ambition de la rencontre, avec nous, avec l’autre. Cet autre est au cœur de la proposition, de la demande atypique d’une chorégraphe interprète à trois autres chorégraphes Hamid Ben MahiSerge Aimé Coulibaly et Thomas Lebrun d’écrire « avec et pour elle ». 

Une manière pour elle de sortir de ses habitudes et de se dépasser. D’être nourrie ou de jouer des confrontations, aux autres, mais surtout à elle-même à travers ces « miroirs ». « Je les ai choisis pour leurs techniques différentes, leurs cultures différentes, leurs parcours différents… et quelque part aussi car ils n’avaient rien à voir avec moi-même, même si au fond ils ont quelque chose à voir avec moi. » Un solo succédant à l’autre, tour à tour l’esprit des chorégraphes s’emparent à leur manière du corps de la danseuse. Dans l’incompréhension, la douleur, l’humour ou encore la communion. Tout cela elle nous le dit, elle nous le montre, sans mentir.

Julie Dossavi - Cross and Share

« Passer d’un état à un autre, c’est le genre de grande performance qui me plaît. »

Le spectacle bâti sur quatre soli, affiné et nourrit par l’oeil de l’artiste Michel Schweizer, est une création dansée, délicatement théâtralisée et musicale. Enveloppée, voire développée par les compositions électro-acoustiques d’Yvan Talbot et du pianiste Olivier Olivier, qui avec la chanteuse Moïra accompagnent la chorégraphe sur le plateau. Jouent avec elle. Car oui dans Cross and Share, un solo ça se fait à plusieurs et ça n’est pas la seule originalité.

Le plateau se partage en trois, voire en sept, car à chaque proposition apparaissent, projetés sur un grand écran, la photo du chorégraphe complice. Leur corps près d’elle quand elle danse, presque à taille humaine. Une absence/présence qui saisit parfaitement l’échange entre le créateur et son interprète, l’acte commun rendu sur le plateau.

Julie Dossavi nous prévient, ici, on parle de présent. Son temps, sa voix, son projet, elle se raconte. Et pour nous atteindre, elle nous met à l’aise, fait le « clown », jouant des adresses au public et de la complicité avec ses partenaires sur le plateau. Elle crée une intimité entre la salle et la scène et nous emmène dans son imaginaire, bien au-delà du perceptible. Dans son identité, son corps, son art, les espaces où elle se débat ou encore son ancrage dans le sol, son désir de rencontre avec l’autre. Le visage caché dans un long châle pour sa composition, empruntant les techniques hip hop de Hamid Ben Mahi, plaisantant avec la voix enregistrée de Serge Aimé Coulibaly et dansant sur du disco ou encore sous une perruque blonde voulue par Thomas Lebrun qui l’emmène loin dans les perceptions de la féminité, elle se métamorphose.

Dans l’ampleur, avec des gestes longs et gracieux ou bien réduits, saccadés, minimalistes, elle nous saisit par tant d’aisance à changer de peau. Elle plonge entièrement dans le regard de l’autre tout en accédant à travers ces masques à une intensité bouleversante, son unicité. Son visage danse, comme ses mains, ses jambes et ses fesses dont on lui disait qu’elles ressemblaient à celles d’un cheval.

Et dans le regard solide qu’elle pose sur nous, son expression, une densité superbe se dévoile.

Cross & Share (2012 production) /trailer 4’02 from Cie Julie Dossavi on Vimeo.

« On peut dire que c’est moi. »

Au fur et à mesure de la pièce, au-delà des mots, peut être même au-delà de la danse, ce que l’on voit c’est Julie Dossavi, l’interprète superbe, la danseuse, la femme. Et l’on comprend tout à fait pourquoi trois chorégraphes ont eu envie de la faire danser.

Les chemins de cette pièce tout en simplicité, surprennent pourtant, étonnent, aussi mieux vaut ne pas trop les dévoiler. Ce que l’on peut dire, c’est qu’elle fait sens, ouvre une autre voie, oblige à un porter un nouveau regard.

Ce que l’on regrette c’est de ne pas la voir danser davantage, les soli courts parfois retenus nous laissent sur notre faim. Ce que l’on aime c’est la collaboration, plus que réussie, avec Thomas Lebrun, merveilleuse apothéose sublimant son corps, la danse et le féminin dans sa dimension non idéalisée, au son du non moins envoutant Lonlon (boléro de Ravel) d’Angélique Kidjo.

Ce que l’on aime encore c’est sa générosité, la beauté de son abandon, d’un esthétisme loin de la préciosité et de la perfection. Pour finir nous partageons avec vous les mots d’encouragement que Thomas Lebrun lui donnait pendant leur travail : « Si tu veux un arc en ciel, Julie, tu dois supporter la pluie ». L’avantage pour vous c’est que vous n’aurez qu’à l’admirer.

En savoir plus

Sur Julie Dossavi : Le site de la compagnie Julie Dossavi

Sur Cross and Share

Infos pratiques

Spectacle à voir au Tarmac jusqu’au 7 juin 20€ tarif plein / 15€ tarif réduit / 5€ le Mini prix du jeudi après midi réservations sur internet www.letarmac.fr / par téléphone : 01 43 64 80 80 ou sur place du mardi au vendredi de 13h à 19h et les samedis de spectacle dès 14h.

La Cie Julie Dossavi sera présente du 26 au 30 août 2014 à la Tanzmesse à Düsseldorf (Allemagne), stand L17

Image de Une : Photos Grégory Brandel tous droits réservés.

Chroniqueuse curieuse et passionnée de danse, à la recherche de nouveaux langages

Be first to comment