Danse VS Genre

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Et si la danse était un moyen d’échapper, l’espace d’un instant, aux assignations de genre ? C’est la thèse d’Hélène Marquié, chorégraphe, danseuse, et chercheure. Jeudi 14 mars, elle était l’une des intervenantes de la Queer week, la semaine de conférences sur le genre et les sexualités organisée par Sciences Po.

 

Pour elle, la question du genre a toujours été présente dans la danse. La danse comme spectacle codifié remonte à la naissance du ballet de Cour, né au XVIème siècle à la Cour de France. Dès lors, la danse devient un art pratiqué par les nobles et les courtisans, dont les femmes sont exclues : impossible de les imaginer sauter, les jupes en vrac. En 1830, on change à la fois de régime politique et de paradigme concernant la danse. Alors que naît le ballet romantique, la pratique de cet art devient interdite aux hommes, qui doivent maintenant se conformer à des impératifs de virilité et de masculinité que la danse ne sert pas. Ces stéréotypes transmis dans la danse sont restés vivaces aujourd’hui.

 

Le Ballet comique de la Reine, 1582 – Source : Gallica

Qu’elles soient classique, moderne ou contemporaine, les pratiques de danse plus récentes viendront bousculer ces idées. Pour Hélène Marquié, « une pratique de danse transforme le corps qui devient acculturé, donc moins genré ». Alors que, d’un point de vue anthropologique, la maîtrise de l’espace est réservée aux hommes – dans la plupart des cultures, les femmes prennent moins de place, leur corps est tourné vers lui-même, comme refermé. Sur la scène, au sein de la salle de danse, ces dernières acquièrent la capacité à se projeter, le droit de sauter, l’amplitude du mouvement, etc. « Toute danse comporte une marge d’interprétation. Cet espace de liberté permet de prendre conscience du mouvement et de ses composantes : le poids, l’énergie, le rythme ». En permettant à l’interprète de devenir Autre et, au passage, d’échapper aux conventions sociales, en laissant libre cours à son imagination, il (et elle) peut s’imaginer faire des mouvements jusqu’alors interdits. Alors sous forme de mise en garde, Hélène Marquié poursuit : « fais attention à ce que tu danses, parce que ce que tu danses, tu le deviens ».

Pour démontrer que la danse permet de dépasser les assignations de genre, la chercheuse cite un extrait d’un spectacle de Richard Move où le danseur incarne la célèbre Martha Graham, épouse sa gestuelle si aisément que le spectateur oublie qu’il s’agit d’un homme.

 

Et vous, avez-vous déjà eu cette impression que la danse vous permettait d’échapper aux injonctions à la féminité ou à la masculinité ? Avez-vous déjà assisté à des représentations mettant en scène cet effacement des conventions sociales ?

 

Léa Lejeune

 

Photo de Une : Cie Hélène Marquié

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