Foisonnantes contorsions de Constanza

La 27ème édition du festival de danse contemporaine Tanz im August s’est déroulée du 13 août au 4 septembre à Berlin. Du côté nord-américain, Lucinda Childs, qui ne semble pas souffrir de l’épreuve du temps, a ressuscité son œuvre-jalon Available Light, quand la Québécoise Marie Chouinard a évoqué d’étonnantes silhouettes et séquences gestuelles, entre dessins et surréalisme. Le festival berlinois a également mis en lumière la danse contemporaine asiatique, riche de traditions et d’innovations, en invitant huit chorégraphes dont la compagnie SIGA et la Korea National Contemporary Dance Company. Coup de cœur pour les Australiens Antony Hamilton et Alisdair Macindoe et leur récital robotique, minutieusement planifié. Tanz im August s’est clôt avec The Ghosts, la toute dernière création de Constanza Macras

La chorégraphe argentine a toujours soif de mise en scène ! Installée depuis 1995 à Berlin, cette artiste prolixe, résidente à la Schaubühne, suscite souvent la controverse en scrutant la vie propre du mouvement pour en dégager, spontanément et sans complaisance, toutes les émotions, toutes les critiques sociales. Des œuvres qui parlent de nous, de travail, d’immigration, de la vie, etc. Inspirée par la philosophie de l’Empire du Milieu, sa nouvelle création se concentre sur des artistes circassiens retraités. Ces anciens acrobates, dignes représentants d’un art vieux de plus de 2 000 ans et reconnu comme « Art révolutionnaire » sous Mao Zedong, vivent désormais au ban de la société, qui les a oubliés. Tels les « esprits affamés » de la mythologie chinoise, ils errent l’âme en peine. Leur destin, inéluctable, évoque invariablement celui de tous ces autres laissés pour compte d’un pays démesuré et peu sujet à la compassion.

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The Ghosts, Constanza Macras(c)Thomas Aurin.

Constanza Macras observe à la loupe ces artistes aux mille mimiques corporelles, impassibles d’expression. Elle sculpte le mouvement avec beaucoup de liant, attire les corps vers le sol. Riche d’un grand talent d’inventions, elle les fait évoluer dans tout l’espace et dans tous les genres, à un rythme effréné : pauses contorsionnées, danse du ventre langoureuse, numéro avec patins à roulettes, art martial aérien, récits poétiques (peut-être trop longs), chansons imagées, musique traditionnelle… Affublés de costumes flashy, aussi loufoques que froufroutés, les cinq acrobates (dont une charmante toute jeune fille d’une quinzaine d’années) et les danseurs de la compagnie DorkyPark, poignants de technicité, joignent leur force. Emmêlés, enroulés, enchevêtrés, recroquevillés, mais ensemble. On retiendra le solo ébahissant de la danseuse Daisy Phillips dont la souplesse, explorée jusqu’à son paroxysme, fait naître une gestuelle inégalée, comme possédée, hantée par une pulsation primitive. La danseuse, proche de la transe, chercherait-elle à exorciser des démons ?

Trailer de The Ghosts, Schaubühne, Berlin.

Les tableaux défilent, un duo d’équilibristes descend du ciel, nage dans les airs. The Ghosts fait virevolter les assiettes et les tables, les corps et les têtes. Une pièce sagement délirante, tout en métaphores, pour une évasion emplie de fatalité. Cinglante de vérité.

A noter :  Constanza Macras donne la première de son nouveau spectacle, On Fire le 29 septembre  au Maxim Gorki Theater :

Léa Chalmont-Faedo

Image de Une, The Ghosts, Constanza Macras (c)Thomas Aurin.

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