Film « Desert Dancer » – La danse comme acte politique

Iran, 2009, l’élection présidentielle approche et les activistes du mouvement vert, la jeunesse en ligne de front, rêve de liberté.

Afshin Ghaffarian jeune étudiant à l’Université de Téhéran, initié très jeunes aux arts au Saba Art and Cultural Institute de Téhéran découvre la danse. Au détour de vidéos glanées à ses risques et périls sur un youtube interdit, Afshin se gave de danse. Mais dans un régime où l’art du corps considéré trop charnel, est banni, Afshin risque tout pour accomplir son rêve de danser.

Reece Ritchie dans le rôle d'Afshin
Reece Ritchie dans le rôle d’Afshin

Avec youtube comme Maître à danser, Afshin apprend, reproduit et crée. Il décide avec quelques amis proche de fonder un groupe de danse, clandestin. Le groupe se réunit régulièrement en secret dans une cave, s’entraîne, aidée par une nouvelle venue, la talentueuse Elaheh (l’actrice Freida Pinto). Enivrés par ce qu’ils vivent ensemble dans cette fenêtre de liberté, ils décident de partager cette expérience et organisent une performance loin des milices Basij, des manifestations et des regards de la censure, au coeur  du désert.

Point d’orgue du film : cette danse constituera un acte libérateur qui inspire autant ses acteurs que ses spectateurs en leur offrant un avant gout des libertés fondamentales auxquelles ils aspirent tous.

Afshin et Elaheh (Freida Pinto)
Afshin et Elaheh (Freida Pinto)

Mais Afshin, engagé dans le soulèvement post-électoral du mouvement vert se fait arrêter. Libéré de justesse, l’opportunité s’ouvre à lui de quitter le pays pour jouer dans une pièce de théâtre en Europe. Avec l’aide de ses amis, Afshin part et ne retournera pas en Iran. En France, il demandera le droit d’asile.

C’est cette incroyable histoire que retrace le film Desert Dancer.

Une histoire vraie, sans doute un peu romancée, mais fascinante et extrêmement riche de sens et de leçons. Rarement peut-on saisir avec autant de vérité l’affirmation à travers le geste artistique, d’un individu et de son besoin de liberté.

C’est en découvrant l’histoire d’Afshin dans le Times Online en 2010 que le réalisateur Richard Raymond est immédiatement captivé :

« J’étais conscient que la République Islamique d’Iran restreint certaines libertés, mais je n’imaginais pas du tout que quelque chose d’aussi naturel que la danse puisse être illégal. C’était à la fois choquant et fascinant. Le fait que le régime iranien restreigne réellement une simple expression du corps humain m’a semblé pertinent, à la fois en tant que conteur et en tant que réalisateur » (…). Bannir la danse est quelque chose de très révélateur en soi, cela m’a ému et m’a déterminé à partager l’histoire d’Afshin avec le plus grand nombre. »

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Richard Raymond part alors à la rencontre d’Afshin et lui propose de traduire son histoire en film.

 « je voulais faire un film grâce auquel les gens, partout dans le monde prendraient consciences de cette histoire et de la possibilité d’utiliser la danse comme un moyen de protestation. Je crois que cette prise de consciences peut provoquer des changements positifs ».

Si le film se teinte parfois de naïveté, ou dépeint sans doute de façon trop simpliste la situation politique du pays à l’aube des révoltes, l’ambiance d’une jeunesse qui trompe l’oppression en rêvant de soulèvements, de transgressions, s’enivrant dans les boîtes underground entre deux bouffées d’opium est très bien rendue. Alors qu’en contraste au joug perceptible du régime ressortent les scènes de danse, nombreuses et brillamment exécutées – soulignons ici le travail des acteurs, Freida Pinto, Reece Ritchie, Tom Cullen, tous entraînés pour les besoins du film, sans doublure – et chorégraphiées par un maître : Akram Khan.

Sans aucun doute, sa patte apporte au film un autre relief.

Pour tenter d’être au plus proche d’Afshin, le chorégraphe a « adapté certains mouvements du vrai Afshin dans le style du film. Afshin se bat pour sa liberté à travers son corps, à travers la danse et à travers la liberté de danser. C’est un concept incroyable ».

Autre défi du film pour Akram Kahn: faire danser des acteurs, non danseur.

« Ils se sont très bien adaptés, je trouve que Reece et Freida surtout ont fait un boulot extraordinaire. L’un des dangers que je vois parfois chez les comédiens était qu’ils jouent le danseur… Mais pour moi être danseur quelle qu’en soit la signification, est d’une grande complexité et la seule manière d’expérimenter cela c’est en étant vraiment un danseur. (…) Ils ont travaillé avec une intensité telle, c’était incroyable, je les admire vraiment. « 

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« Une autre chose que j’ai trouvé extraordinaire c’est la capacité des acteurs à nous émouvoir, à accéder à une énergie émotionnelle. Ce qui était intéressant, à la fois pour Richard (R.Raymond réalisateur, ndlr) et pour moi c’était de relier énergie physique et énergie émotionnelle. L’énergie émotionnelle provenait donc de l’énergie physique plutôt que l’inverse. »

L’acmé du film, la danse du désert, illustre parfaitement ses propos.

Trop rare pour qu’on se passe de le découvrir et touchant à un sujet si singulier, l’art comme arme politique et acte libérateur. Desert Dancer parvient à transmettre une émotion vitale, l’histoire d’une transcendance vers la liberté.

Quand?

Sortie nationale du film le 6 janvier 2016.

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En savoir plus

Afshin Ghaffarian a fondé en France sa compagnie de danse : Réformances

Il a récemment co-signé un livre, avec Baptiste Pizinat, préfacé par Alain Platel : Le Café des Réformances.

En savoir plus sur son parcours

Image de Une : Affiche de « Desert Dancer »

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